Réfléchir et dire… un peu

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18 mai 2018

La cruche fêlée

Classé dans : contes et légendes,mon livre,VIVRE ENSEMBLE — linouunblogfr @ 13 h 16 min

 

Un beau conte, connu, répété et même utilisé dans mon livre : croire en son utilité envers et contre tous les vents contraires :

 

Dans le train qui me remontait vers Paris, une voisine de siège, de hasard m’a fait retrouver un conte que j’avais entendu ou lu avec des circonstances, des personnages différents, mais qui en tous ses avatars portait toujours la même force.

Pour ce jour, c’est en Chine qu’elle m’a transportée, près d’une vieille paysanne dont la fonction depuis très longtemps était d’alimenter le hameau en eau.

Plusieurs fois par jour, son balancier en équilibre sur ses épaules, elle portait ses cruches vides jusqu’à la source éloignée et les rapportait pleines et fraîches.

Seulement, l’une des cruches, récente, solide, rapportait toute son eau, sans en perdre une goutte alors que l’autre plus âgée, usée, fêlée suintait tout le long du chemin et arrivait à moitié vide au village.

Évidemment la belle grosse cruche se moquait de la pauvre cruche fissurée qui en souffrait  beaucoup.

Un jour, elle n’y tint plus et osa parler à la vieille Chinoise :

- Tu dois me jeter ! Je suis usée, je perds de l’eau et ne rapporte presque plus rien au village. Je suis lourde et tu te fatigues pour peu de résultats… Abandonne-moi ce sera beaucoup mieux !

- Pas question ! s’exclama la porteuse d’eau. As-tu déjà fait attention au chemin que nous parcourons depuis tant de jours ?

- Oui, il est long pour toi !

- Mais non, bécasse ! Regarde bien sur ton côté, lorsque nous allons à la fontaine tout est sec, caillouteux triste… De l’autre côté, celui que tu suis, lorsque je t’ai bien remplie, poussent des fleurs splendides, toutes espèces de fleurs, de toutes formes, toutes tailles, toutes couleurs, tous parfums. Elles sont là grâce à toi.

Sur ce bord de notre chemin habituel, j’ai semé des graines, il y a longtemps, et toi tu les arroses, doucement plusieurs fois dans une journée à chaque retour… Si je peux embellir ma maison, celle de mes amis du village, nos fêtes c’est grâce à toi. Tu es usée, tu fuis, la belle affaire ! Ce que tu appelles tes défauts pour moi, pour nous, ce sont des richesses et nous y tenons…

La jeune cruche avait bien compris le beau travail de sa compagne et demanda à la vieille dame de la remplir encore plus pour remplacer un peu la cruche fêlée…

 

14 janvier 2018

Parrainage civil et laïc de nos enfants

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 20 h 51 min

Parrainage civil et laïc de nos enfants

(Extrait de la cérémonie)

 En 1989, l’Organisation des Nations Unies adopte la «DECLARATION DES DROITS DE L’ENFANT »

L’Enfant est considéré comme une personne, avec des droits et leurs corollaires des devoirs.

A cet engagement de la communauté universelle, s’ajoutent d’autres engagements :

- Celui des parents vis-à-vis de leurs Enfants

- Celui aussi des parrains et marraines, sollicités par les parents afin de les aider dans l’accomplissement de leurs devoirs envers les Enfants.

- Celui de la Société de leur procurer les moyens de leur instruction et de leur éducation.

Le Maire :

Selon vos idéaux, de tolérance, de liberté, de fraternité et de responsabilité, vous marquez l’entrée de l’Enfant dans la vie et l’insertion dans notre société.

Vous lui assurerez une éducation active, prenant en compte ses besoins et ses attentes. Vous lui montrerez la limite de toutes choses, pour que l’Enfant se construise, dans le respect des autres et de lui-même, qu’il apprenne la solidarité.

 

Le père et/ ou la mère :

Enfant, nous ne voulons rien t’imposer, mais nous prenons l’engagement de t’offrir, le meilleur de nous-mêmes et la liberté : liberté de choisir ta voie, de construire ta pensée en dehors de tout dogmatisme, de vérité préconçue, en développant en particulier ton esprit critique.

Tout au long de notre vie, nous serons présents pour t’ouvrir toutes les routes, afin que, le moment venu, tu puisses choisir librement, sereinement, celle que tu emprunteras.

Le Maire:

 

Chacun de nous peut être empêché de remplir ses devoirs à l’égard de l’Enfant. Conscients de cela, les parents choisissent un parrain et une marraine qui s’efforceront alors de les remplacer.

Vous deviendrez parrain et marraine de L’Enfant.

Nous comptons sur vous tous pour donner à l’Enfant, l’éducation qui le conduira sur la route de la réussite et du bonheur, dans un esprit de tolérance, en le soutenant dans les doutes et les épreuves, hélas inévitables.

Expliquez-lui ses devoirs d’être humain envers les autres et envers lui-même.

La marraine et le parrain :

 

Nous nous engageons à faire en sorte que l’Enfant soit élevé, selon les lois de la morale universelle, dans le respect des règles de la démocratie et des principes d’égalité et de fraternité, à veiller également à ce qu’il ne manque de rien sur le plan affectif moral ou matériel.

Le Maire:

 

« Que cet instant ne s‘efface jamais de votre mémoire ! »

13 janvier 2018

c’est la fin et c’est l’essentiel…

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 22 h 11 min

L’ESSENTIEL pour que l’École renaisse de ses cendres… n’est-ce qu’un rêve…

 

DISCOURS PRONONCE AU NOM DE L’ASSEMBLEE DES DELEGUES POUR L’ECOLE

 

Notre Ecole

 

Mes amis délégués m’ont demandé de conclure cette formidable période pendant laquelle, depuis le 31 janvier, depuis qu’Emmanuel nous a réveillés, partout en France, en métropole, outre-mer, chez nos compatriotes émigrés, nous avons rêvé l’Ecole, pensé à sa renaissance et fouillé, notre conscience collective pour lui donner un nouvel essor.

 

Il sera facile de dire que nous avons enfoncé beaucoup de portes ouvertes mais pourquoi alors n’avaient-elles pas été vraiment franchies et dépassées ?

 

Qu’est-ce qui a changé ? Tout et pas grand chose…

 

Tout, parce que lorsque vous avez labouré le sol, bien aéré, mis de l’engrais, vous pouvez croire en de plus belles récoltes !

En toute lucidité, sans ignorer les orages possibles mais avec l’assurance que nous serons assez attentifs et assez forts, ensemble, pour les dépasser…

‘’Il est paraît-il des terres brûlées donnant plus de blé qu’un meilleur avril’’ chantait le grand Jacques…

Nous avons la prétention de croire que le champ de l’Ecole, bien travaillé, par nos efforts intelligents, bien chauffés par nos espoirs plausibles, verra naître, peu à peu, de lourds épis. Nous en tirerons les meilleures farines, les pains les plus nourrissants, pour alimenter notre civilisation dans sa marche perpétuelle.

Pas grand chose, car, éduquer, transmettre connaissances, savoir-faire, rites, codes, par l’exemple, la mémoire perpétuée, l’envie d’améliorer, progresser simplement, sont les grands actes éternels de notre phylogénèse, le propre du développement de l’humanité, et de… Allons jusqu’au bout, de la répétition de chaque ontogénèse, l’incontournable élan vital pour le développement de chacun d’entre nous

Pas grand chose, parce que la transmission des savoirs a connu de belles formes, a rencontré de magnifiques initiatives, parce que notre Ecole est le terrain où ont fleuri des réussites plus ou moins longues.

Les idées existaient mais si fragiles, soumises au rabot des textes officiels, noyées dans les vagues des mesurettes démagogiques et des coupes budgétaires aveugles.

Partagé entre l’incompréhension, le tumulte des réformes successives, jamais menées à leur terme et le souvenir, souvent lointain, brouillé mais idéalisé de ’’l’Ecole d’Autrefois’’, il n’était pas facile de se déterminer. Il a fallu ce dramatique détonateur pour que s’ouvrent, se libèrent les esprits.

 

Nous espérons, que le postulat suivant, bien posé par cet énorme réveil, restera ancré dans notre évidence collective:

« Eduquer est la responsabilité, le devoir, la chance de tous, même non parents, pour que demain soit le fruit amélioré d’hier et d’aujourd’hui. »

 

Encore faut-il que ces fruits ne soient pas calibrés aux normes d’une oligarchie de technocrates mais à celles de la communauté consciente et vigilante.

Deux autres évidences, décidément nous nageons dans les lieux communs, l’Instruction et le Savoir-faire sont les finalités de l’Enseignement ; déclinés à tous les niveaux de la Connaissance vers son Infini…

 

Leur manufacture, c’est l’Ecole !

 

Une Ecole acceptée dans sa diversité et gérée en fonction de cette diversité grâce à son projet, son équipe, son animation et des moyens adaptés aux circonstances, tout simplement.

« L’enfant est le père de l’homme », Dr Alfred Adler, souvenirs de délégués versés en psycho, pas les miens. La formule, ancienne, n’était pas de lui, auparavant, déjà la responsabilité de l’enfance, potentielle du futur, était admise.

Faut-il rappeler, qu’avant d’être autonome, mature, un être humain parcourt des étapes qui ont chacune leur spécificité et devraient, toutes, s’accomplir pleinement et se coordonner harmonieusement.

 

L’élève est la matière première de l’Ecole, mais pas une matière brute. Il a déjà un vécu, des acquis, une personnalité individuelle, familiale sociale, qui sont sa richesse, ses diversités, ses faiblesses…

Jamais une classe ne sera une entité mais, toujours, il devrait être possible d’en faire une belle collectivité, animée par la même finalité : apprendre

Oui, les différences d’aptitudes existent et ne permettent pas à tous d’avoir les mêmes buts professionnels

Oui, les différences sociales sont aussi éliminatoires et là, l’Ecole ne jouait pas toujours son rôle et menaçait de le jouer encore moins avec les orientations officielles.

Nous admirons ces jeunes gens qui, avec volonté, affirment leurs compétences et arrivent dans les grandes écoles, mais nous admirons encore plus leurs familles qui, souvent, les ont portés avec force et sacrifices.

Nous déplorons la mise à l’écart des ces autres jeunes que leurs familles n’ont pu aider et encourager… Ces jeunes que la société et ses freins ont découragés…Des Mozart assassinés peut-être ?

 

Un jeune de Polytechnique l’a dit lors d’une émission dans son établissement avant que Manu nous réveille :

« La chance commence à l’école maternelle et élémentaire… C’est vrai, la grande force de rattrapage des inégalités originelles, c’est l’Ecole et là, désolé, mais on supprime cette chance. C’est un autre débat mais c’est aussi le début de tout.

Aujourd’hui, vous prenez le problème à mi-chemin, voire au bout en déplorant les laissés sur les côtés, mais sans vouloir comprendre pourquoi on ne les a pas pris en compte avant… »

Voilà ce que nous avons retenu de ce beau coup de gueule… Il n’était pas unique, oh non ! Mais venant de l’un de ces nantis du système tels que l’on voyait ces Grands Elèves, c’était assez fort…

Nous avons pu entendre également un jeune scolarisé à l’étranger où s’étaient établis ses parents, s’étonner de la prise en charge de leurs frais de scolarité par l’Etat :

« Nos familles ne sont pas démunies, loin de là, souvent les entreprises qui emploient nos parents prennent en charge ces dépenses. Alors, disait-il, je pense que c’est injuste pour ceux qui en France galèrent beaucoup plus que nous ! »

Nous avons apprécié ces déclarations !

Respect à leurs auteurs !

Nous n’insisterons pas sur la mise en place de programmes incohérents, « fondamentaux », mais dénués de rattachement avec des activités qui les justifient pour les élèves.

Par exemple, l’ajout de temps d’E.P.S, de langues étrangères, mais la diminution des heures de cours… Des murs de connaissances ont été bâtis sur le sable des hétérogénéités mal compensées, des savoir-être fragilisés…

L’enseignement doit accorder une grande part aux fondamentaux, c’est évident, et s’efforcer de les mettre en priorité dans toutes les activités scolaires, transversales, par le langage notamment …

L’enseignement doit accorder une grande part aux savoir-faire, à la prise de confiance, à la prise de responsabilités, au développement intellectuel et sensori-moteur.

Les programmes doivent être réalistes, logiques, cohérents, basiques et pourtant ambitieux.

Les bilans, les remédiations doivent en marquer les étapes pour une progression selon des acquisitions confirmées et non un catalogue d’objectifs.

Les transitions entre cycles, de la maternelle au lycée doivent être bien marquées.

Le cursus des apprentissages d’un enfant, d’un jeune doit s’inscrire dans une continuité sous–jacente, constante, cohérente, de la crèche à la fac et à l’entrée dans le monde du travail.

Les choix d’orientations doivent être étudiés, valorisés selon les aptitudes et les souhaits de l’élève, confrontés à la réalité du marché de l’emploi.

Dans ce cursus, le redoublement n’est pas refusé par principe, mais il nécessite un regard très précis sur les difficultés de l’enfant, sur les erreurs d’orientations et établir nettement le profit escompté de cette proposition. Il faut souvent l’accompagner d’une aide complémentaire particularisée.

Il nécessite toujours un projet individualisé, véritable contrat entre le jeune, sa famille et l’Ecole..

 

La formation scolaire de chaque personne, doit pouvoir être continuée ou reprise aisément en des institutions ouvertes à tous.

Des passerelles souples doivent être rendues possibles, à tous niveaux y compris pour les apprentissages abandonnés puis repris, pour les enseignements partiellement lacunaires et pour les remises à niveau comme pour les enseignements complémentaires nouveaux

 

Un regard très pointu a été porté sur la maternelle.

Des attaques éhontées l’ont assaillie. Nous la considérons comme l’essentiel des bases de chance pour enfants : elle commence avec l’intelligence de gens de métiers, d’enseignants formés, l’égalisation citoyenne, la construction de la langue, la mise en place des savoir-faire, des gestes adaptés aux besoins, de la confiance en l’adulte…

Le travail, dès la petite section, est formidable car capital. Sans vouloir m’étendre sur la compensation sociale si utile, je souligne celle de l’harmonisation des pratiques sensori-motrices, des mises en situation des apprentissages gestuels, du soin, de la prise de confiance… et surtout du langage, si inégal d’un enfant à l’autre. Le rôle de diagnostic et de préparation des élèves avant les apprentissages plus « scolaires » n’est pas contestable.

Les témoignages admiratifs du travail effectué dans ces premières étapes de la scolarité abondent.

Comment ignorer les psychopédagogues qui nous enseignent que les six premières années sont fondamentales pour la formation de l’intelligence ?

 

Apprendre et enseigner, cette dualité repose, pour le maître, pour l’élève, sur la volonté d’obtenir. Elle s’appuie sur la réflexion, sur la réalisation, sur la correction, sur la répétition évoluée, sur la mémorisation, sur l’évaluation du chemin parcouru à bref terme, le temps d’une leçon, à long terme, le temps d’une année scolaire par exemple…

L’élève doit vivre ses apprentissages plutôt que les subir. Truisme encore, non, non, ce n’est, n’était, je l’espère, pas du tout évident selon les conditions d’enseignement…

Sans dispersion, mais sans restriction, laissons les équipes, les enseignants proposer des activités spécifiques pour enrichir les connaissances, les savoir-faire, trouver des motifs à utiliser, à perfectionner « les bases fondamentales ».

Les activités intergénérationnelles réelles, par exemple, sont très valorisantes pour tous et riches en connaissances pour nos jeunes.

Nos établissements ont fourmillé d’initiatives originales, motivantes, certaines, beaucoup étaient, sont discrètes, d’autres se sont révélées dans des revues pédagogiques ou de vulgarisation. Elles doivent nous inspirer.

Nous voulons que, dans notre Ecole, l’enseignement se base sur la pédagogie différenciée, sans dissocier une classe hétérogène.

Sur un fonds commun, les exercices préparatoires sont adaptés, les réflexions et recherches, aidées, guidées individuellement ou par petits groupes. La leçon est collective, mais les exercices d’entraînement sont progressifs selon les difficultés et les corrections conduisent à de vraies répétitions, voire remédiations…

Ainsi se revalorise une véritable pédagogie de cycle.

Même les non professionnels de la pédagogie ont appris ce qui était possible, souhaitable, en écoutant, questionnant tous ceux dont le métier est d’enseigner.

 

Nous avons insisté sur la nécessité, à chaque étape des acquisitions, de bilans non pas discriminatoires mais, témoins personnalisés des progrès, des retards, de la mosaïque des apprentissages réels. Des bilans qui aident à établir le devenir à long terme de tous les élèves

Des bilans qui précisent aussi la démarche et l’impact du travail pédagogique de l’enseignant, de l’équipe de cycle, de l’équipe d’école…

Aucune progression ne doit être envisagée sans un bilan réaliste, comparée à la Norme Nationale et à la réalité des cas.

Pas de bilan sans que soient prévues les remédiations adéquates non plus.

Il est essentiel, Messieurs, Mesdames les comptables, que les effectifs permettent cette pédagogie différenciée et ce suivi individuel.

Nous demandons que les prescriptions de carte scolaire soient souples. Le maintien d’une école dans chaque commune, dans chaque quartier est souhaitable mais ne doit pas tomber dans l’absurdité dans les deux sens,

Une classe unique, de moins de 12 inscrits effectifs, est une réalité difficilement défendable et il est judicieux d’étudier les propositions pour des regroupements par niveaux entre villages voisins, si on veut garder une vie scolaire dans l’agglomération.

Nous évoluons dans le cas par cas, sans généralisation.

De même, le couperet aveugle des normes chiffrées doit être émoussé, nuancé à quelques unités près pour les fermetures comme pour les ouvertures.

L’avenir de l’évolution démographique ne peut pas être occulté non plus.

 

Le dossier scolaire ou les registres d’inscription permettent de retracer le cursus d’un élève, cela suffit ! Les identifiants personnalisés sont à retirer. Seules les archives informatisées, ou non, doivent garder la trace du passage de l’enfant dans l’école et uniquement pour ses résultats et son orientation.

Elles ne doivent permettre aucun pronostic comportemental, aucune appréciation qui d’ailleurs ne pourrait être que circonstancielle, en aucun cas elles ne doivent être préjudiciables à l’avenir de l’enfant.

L’hétérogénéité de nos populations enfantines oblige à une attention envers chacun. L’égalisation des chances suppose vouloir atteindre des objectifs communs mais doit, justement, tenir compte des départs des aptitudes divers.

Il ne faut pas omettre que la précocité aussi peut être perturbatrice et qu’elle doit être prise en compte comme tout ce qui différencie les enfants.

Le dépistage, la prise en considération, le soutien des élèves en difficulté seront menés, en étroite collaboration avec l’équipe pédagogique, avec l’enseignant, avec la famille, par des intervenants spécialisés.

L’instauration d’heures supplémentaires pour les enfants « volontaires » en difficulté est cautère sur jambe de bois. Sans s’étendre sur leur caractère ségrégatif vite ressenti par les élèves déjà marginalisés par l’échec.

Comment pouvait-on assurer deux heures de soutien, en fait, pour être précis, de compensation des deux heures retirées le samedi matin ?

Peu d’horaires sont positifs !

La plupart des équipes, encore mobilisées arrivent à une seule proposition : cours de soutien le samedi matin !  Réponse des autorités, pas question car contraire à la réformette.

Alors que choisir ? Le temps d’interclasse : ½ h avant ou après le repas de midi ! Imaginez la motivation de tous, élèves et enseignants, chaque jour pour arriver à combler ces 2 h supprimées. Le soir, après la journée de classe : 1 h le lundi par exemple :  ¼ h au moins de récré après la journée de classe, installation, rangement, sortie… dans le meilleur des cas ½ h à 3/4 h de cours qu’il faudrait personnaliser pour plus d’efficacité.

Alors, prends l’argent et tais-toi … Est-ce là, la solution ?

Non ! Il existait les temps d’études dirigées, on aurait pu les adapter, c’est toujours possible à condition que le rythme de la journée soit bien revu.

 

Nous avons évoqué la pédagogie différenciée, il faut penser les effectifs qui en permettent le plein exercice.

Reste le samedi matin, reste le mercredi matin et la question du rythme hebdomadaire et du temps de l’enfant en général.

 

Le réseau d’aide doit retrouver et amplifier son action pour les difficultés spécifiques. Sa suppression est un non-sens qui rejette l’enfant vers la capacité culturelle, financière des parents à se retourner vers les aléas du privé.

Le soutien doit se concevoir pour tous. L’aide aux enfants naturellement, mais aussi, aux familles, aux enseignants en difficulté.

 

C’est très souvent le directeur qui fait office, sans formation spécifique, de premier intervenant, de conseiller. Ce n’est pas ignoré par l’administration puisque dans l’entretien de candidature, des questions envisagent ces situations ainsi que les problèmes relationnels…

Ce n’est pas un administratif itinérant qui pourra répondre aux imprévus, aux urgences fréquentes de la journée scolaire…

 

Les cas particuliers d’enfants défavorisés par une acculturation, par une langue différente, par de la fatigabilité… peuvent faire l’objet d’un protocole pour un accueil à temps partiel avec un soutien particularisé.

L’inscription d’enfants sévèrement handicapés doit être raisonnée, précisément adaptée avec la prise en considération de tous les paramètres utiles : composition du groupe classe, intégration dans la vie de toute l’école, aménagements des locaux parfois… préparation des enseignants, interventions spécifiques… Pas de rejet mais un projet bien construit.

Les postes, les classes, les institutions qui spécifient ces aides, aléatoires ou à longue échéance, font partie des obligations pragmatiques de notre société envers tous ses enfants.

Que ce soit par des services de l’Education Nationale, par l’intermédiaire de mutuelles, d’associations reconnues et subventionnées, par le truchement des communications modernes, l’instruction, l’éducation doivent être apportées aux enfants immobilisés à leur domicile, en milieux hospitaliers ou en centres de détention.

 

Dans un établissement scolaire, l’éducation est reconnue comme étant l’affaire de tous depuis la famille jusqu’à la personne d’entretien

Le personnel enseignant auquel est confiée la plus grande richesse de notre pays, ses enfants, a besoin de la confiance éclairée, soutenue de la société.

 

Casser les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres est une erreur qu’il faut réparer. Ces centres préparatoires étaient certes déficients, déconnectés de la réalité en général, tourné vers la pédagogie peu vers l’Education, déficients mais améliorables ; un cursus centré sur l’acquisition de diplômes essentiellement universitaires… est un leurre même avec des stages.

L’ancienne Ecole Normale, très liée aux écoles, peut inspirer quelques réflexions positives…

Nous souhaitons une formation approfondie des enseignants au niveau de la licence avec alternance étroite entre I.U.F.M. et écoles, collèges, lycées, universités… en accentuant sur les méthodes, le travail d’équipe et ses aspects relationnels, la psychologie et la sociologie.

Le futur professeur doit acquérir une connaissance précise de tous les partenaires, les familles, les partenaires locaux, officiels, associatifs utiles. Il doit posséder une compréhension cohérente, claire de tout le cursus scolaire.

Une formation continuée est nécessaire en circonscription pour le premier degré au niveau académique ou rectoral pour les niveaux supérieurs…pour briser l’isolement, se concerter, assimiler les apports nouveaux

La formation de chaque enseignant, pour le rendre compétent dans sa classe n’est pas remise en cause, mais elle devrait intégrer une véritable préparation au travail en équipe, une connaissance réelle et pratique des réflexions et solutions débattues en conseil des maîtres, conseil de cycle, conseil d’établissement ou d’école.

 

Le personnel complémentaire, depuis la mise en place des emplois jeunes et de leurs variantes, a démontré que son rôle n’était pas négligeable. Il faut pérenniser ces postes, mieux les officialiser et préparer leurs postulants à leurs tâches.

 

La sécurité est un élément global qui implique la protection contre tous dangers mais surtout une vigilance véritable pour éviter toutes occasions, toutes formes de conflit, d’agressivité et toutes prises de risques. Le nombre des adultes responsabilisés autour de l’enfant doit être judicieux. Il est aussi nécessaire que l’implication, la préparation des élèves à éviter, réagir aux situations à risques..

 

Il a été émis une suggestion qui va faire grincer des dents et pourtant une aide transitoire, aléatoire… est possible.

Il existe une réserve de personnes qualifiées, qui peut aider à dépasser temporairement, le problème des remplacements très courts, quasi-imprévisibles, sans que les enseignants soient conduits à ajouter des heures aux heures : c’est le recours, volontaire bien sûr, dans chaque Académie, à des retraités. Une liste étoffée, tenant compte des domiciles, des temps disponibles, pourrait être établie. Cela n’ira pas sans une levée de boucliers, mais qu’en penseraient les actuels retraités et les nombreux futurs retraités des années prochaines ?

Ces mêmes retraités, actifs, représentent une mine d’expériences dont chaque Académie, chaque établissement, peuvent s’entourer dans des moments de réflexion, pour des bilans autant que des actions nouvelles…

Nous savons qu’aux niveaux universitaires, par exemple, ce recours existe, dans des groupes de travail aussi, alors pourquoi pas à d’autres strates ?

 

Les conclusions des groupes de travail, les analyses par les Comités à propos des établissements, nous font refuser leur autonomie de principe. :

Elle ne conduirait qu’à accentuer la seule capacité des écoles à se débrouiller et donc à multiplier les différences entre prises en charge des élèves.

 

En revanche, une adaptation au secteur reste essentielle, mais elle doit s’accompagner de compensations pour que chaque collectivité puisse accomplir toutes ses obligations.

Il faut donner à chaque école les moyens qui compensent la faiblesse des ressources locales et qui prennent bien en compte la spécificité de sa population scolaire.

Nos régions ou les agglomérations de communes, dans le cadre de la décentralisation, pourraient aider les municipalités et parvenir à cette égalité des moyens pour une égalité des chances.

Certains Comités ont suggéré la création d’un fonds de Ressources, une banque de l’Ecole, alimentée par des subventions, des opérations médiatiques, une part des jeux d’argent qui s’en trouveraient moralisés un peu…

Cette institution permettrait d’ajuster au mieux les besoins et de les compenser sans que l’établissement devienne lui-même un solliciteur plus ou moins heureux selon ses contacts, son environnement ou son habileté à mendier…

Le budget de base des établissements, pour chaque catégorie, doit être identique au prorata du nombre d’élèves pour toutes les écoles publiques.

L’aide à la collectivité tutrice défavorisée doit garantir cette similitude.

Le financement des projets étudiés et retenus par le Conseil d’Etablissement et l’autorité académique sera l’objet d’aides spéciales attribuées par l’Education Nationale, par la collectivité adéquate soutenue par le fonds de Ressources éventuellement.

 

L’Etat, en ce service régalien, en plein respect de la Constitution et des lois régissant l’Enseignement public, prend en charge la formation et la rétribution de tout le personnel pédagogique…

Les collectivités territoriales assurent les conditions matérielles et fournissent le personnel nécessaire à tous les services qui accompagnent la scolarité, toujours avec une compensation pour pallier les inégalités de ressources.

Nous demandons que chaque école, chaque établissement soit conforté dans ses composantes, encouragé dans ses échanges avec son environnement, adaptée à sa population spécifique, soutenu dans ses initiatives mobilisatrices et motivantes

L’enseignant doit pouvoir connaître et utiliser toutes les opportunités culturelles, associatives, de son environnement, aussi bien officielles qu’officieuses. Il est important que les collectivités locales veillent à leur multiplication..

 

Et les établissements privés ?

Privé ou public, le choix est libre, mais nous estimons que les fonds publics sont réservés au financement de l’école publique, sauf en ce qui concerne les établissements spécialisés et conventionnés.

 

Les associations assurant l’aide à la scolarité des élèves, des collégiens, lycéens et étudiants sont à soutenir.

 

Le rythme de la journée scolaire est un paramètre incontournable du temps de l’enfant. Il  commande tous les autres découpages : semaine, trimestre, année… Une journée bien construite, depuis l’accueil jusqu’au départ est une journée qui évite les ruptures, ménage les temps d’éveil, d’apprentissages intenses, forts, les pauses, les répétitions, les moments notoirement peu propices à la mémorisation et les fausses mobilisations cachant la fatigue par la motivation.

Le contact suivi du samedi matin entre écoles et familles en élémentaire a disparu. Cette semaine peau de chagrin, pour bon nombre de familles laisse les enfants devant la télé, dans la rue pour la plupart, dans les grands magasins ou dans des garderies municipales… Est-ce un mieux ?

Supprimer le samedi matin, c’est réduire les rencontres informelles et sympathiques, hors crise, entre familles et enseignants. Finie aussi l’occasion d’entretien direct avec le parent qui n’a pas la garde de l’enfant du divorce…

Terminés les spectacles, les fêtes, les réunions diverses avec participation active de tous… Ne leur restent plus, souvent, pour ceux qui ne baissent pas totalement les bras, que les soirées, après le travail.

Pourtant, les fêtes d’école peuvent être des opportunités importantes d’activités ensemble pour tous les acteurs et partenaires pourvu qu’elles illustrent un travail continu, un projet et non une corvée.

L’espace scolaire est sacré, protégé, il est ouvert sur la connaissance de son environnement, mais clos aux incursions perturbatrices.

Il est important que le cadre soit agréable, grâce à la volonté et l’action de tous dans et autour de l’école.

L’implantation de l’école dans un environnement constant crée des liens, des repères indispensables avec la géographie et la  population de son secteur.

Exploser la carte scolaire, disperser les enfants, défaire les liens entre le secteur et son seul pôle de calme, souvent, l’école, c’est renoncer à l’adaptation, à l’intégration de l’école dans son environnement, à la connaissance à moyen terme des familles, des fratries…

Cela peut éviter de payer, d’organiser des moyens réellement adaptés à sa population spécifiques, en brisant les concentrations, mais qui profitera de cette liberté de choisir son établissement ? Qui empêchera que se constituent de nouveaux ghettos ? Quel cadre donner à notre école dans un environnement flou ?  Est-ce une véritable amélioration ?

Pour une équipe enseignante, bien connaître les familles, les paramètres et les ressources de son secteur est important, elle peut établir des liens devenus impossibles après dissociation entre lieu de vie et lieu de scolarisation.

Tout en préservant la sérénité du microcosme scolaire, il faut pourtant encourager ses échanges avec son environnement.

Le service Education Nationale est sous-tendu par la trame des circonscriptions, des Académies. Chacune d’entre elles doit être étoffée pour conseiller, apprécier, aider, suivre, voire corriger les actions mises en œuvre dans les établissements..

Le rôle de l’Inspecteur et de son équipe permet l’harmonisation dans tout le secteur; il favorise les échanges les plus divers,

 

Nous nous sommes prononcés contre l’éclatement de la carte scolaire mais des transferts éventuels, exceptionnels, bien motivés, toujours dans le seul intérêt des enfants peuvent être proposés grâce à cette connaissance mutuelle de tous les établissements du même secteur, animé et orchestré par son responsable.

 

Nos établissements dépendent, pour leur financement, des responsables territoriaux dispensateurs des budgets pour que, bâtiments, mobiliers, matériels, fournitures leur permettent d’accomplir leur mission.

Des initiatives de ces tuteurs dépend aussi, que l’accès aux ressources culturelles et sportives, en implantations comme en personnes, soit à la hauteur des besoins.

Les liens avec les associations et services hors établissement ne sont pas à négliger, non plus..

Toutes ces communications, toutes ces possibilités doivent être des aides éventuelles pour les enseignants pour mieux connaître l’enfant, mais ne pas compliquer la vie scolaire.

 

Pour les associations péri et postscolaires, appauvries par la suppression des détachements, la diminution des subventions, une analyse honnête doit établir quels organismes apportent une véritable aide à l’enfance, à la famille et à l’Ecole.

Peut-être ne faut-il pas rétablir les détachements supprimés, mais instaurer des postes de permanents formés pour stabiliser et aider les bénévoles…

 

Le monde du travail et les mouvements de la société ne sont pas des univers inconnus pour les enfants et l’Ecole ne peut les ignorer, mais sans insistance et en restant très ouverte sur tous les métiers.

Le chômage, les troubles sociaux, les conflits de l’immigration, la délinquance, les sectes, l’environnement en danger sont parfois sujets à interrogations de la part des enfants. Sans entrer dans des débats complexes, toujours hasardeux, il ne faut pas en gommer la réalité ou s’appesantir, en charger les enfants. Des enfants citoyens en devenir, certes, mais à leur niveau de maturité, pas plus !

Ils n’ont pas à s’imprégner non plus de la culpabilité collective, si vite banalisée.

Impliquer les jeunes, progressivement dans la vie collective, les initier aux responsabilités grâce à des coopératives scolaires réelles, bien organisées, suivies et animées, grâce à la participation judicieuse à des Conseils Municipaux de Jeunes sont des voies magnifiques.

De nombreuses associations invitent également leurs adhérents encore scolarisés à s’ouvrir à la gestion de leurs œuvres…

Vous l’avez compris, nous avons dessiné, avec les couleurs de vos volontés et de vos engagements, un véritable système scolaire, clair, solide, respectueux de tous ses acteurs. Il ne naîtra pas, ne grandira pas, ne deviendra pas fort sans que chacun y soit associé, pas à pas.

Cette volonté obstinée, cette vigilance, ses alertes sont les seules garanties pour que, sans gabegie ni inconséquence, dans le rejet de toutes considérations partisanes, nous donnions sa chance à l’école, sa chance au futur…

Etre dans un établissement, c’est vivre ensemble. La vie coopérative implique tous les acteurs de l’école et suppose de vraies concertations mais n’exclut pas le rôle majeur de l’adulte, la tutelle, l’arbitrage…

Règlement et sanctions sont établis et reconnus par tous.

L’école n’a pas d’exclu. La vie en collectivité doit générer la convivialité et éviter les perturbations pour tous. Les manquements à ces règles ne doivent pas être banalisés.

L’Ecole ne doit admettre aucune discrimination, ni robotisation, ni formalisation.

Il ressort de façon insistante que les réussites d’école sont avant tout le fait d’une équipe. Le mieux-être, le mieux travailler des enseignants passent d’abord par la cohérence d’une équipe  adaptée à son environnement

Il est nécessaire que chaque équipe soit dirigée par un animateur compétent, que son projet et  son bilan soient évalués avec tous les enseignant et l’inspection de circonscription ou de secteur concerné, oui !

Nos travaux en font une évidence, mais il ne semble pas que jusqu’alors notre système éducatif se soit vraiment attaché à valoriser ce point essentiel. Nous demandons une véritable équipe, bien préparée, responsabilisée autour du projet d’école et animée par un directeur compétent.

Il faut œuvrer pour que chaque école, chaque établissement possède une équipe solide ; en préalable à toute autre transformation du monde scolaire, c’est une base impérative, incontournable !

Une réflexion positive, instruite par une enquête sérieuse, essentiellement orientée vers la reconnaissance et le renforcement de l’équipe pédagogique, de l’équipe éducative sera un premier pas vers la reconnaissance des problèmes essentiels et vers un projet enfin constructif.

Une école, c’est d’abord une équipe. Il ne s’agit pas de s’aimer les uns les autres, mais de se compléter,  d’être mobilisé par la même volonté d’éduquer et d’instruire. Elle doit soulager l’enseignant d’une responsabilité solitaire dans sa classe.

Ses membres n’ont pas toujours fait le choix de l’école ou de la classe. Certains débutent, d’autres ont une grande expérience, tous sont confrontés à une même population, au même potentiel de ressources, en principe.

 

Le projet d’école est revalorisé et il est le véritable outil de cohérence et d’engagements adaptés aux besoins de motivation, de mobilisation et de mise en œuvre des acquisitions pour atteindre les objectifs programmés.

Fruit de la réflexion de tous, le Projet d’Etablissement dresse l’état des lieux. Il traduit la somme des propositions étudiées, retenues pour que naissent les actions propres à répondre aux spécificités de l’établissement. Il garantit la logique des enseignements, privilégie les contextes motivants et harmonise la vie collective…

Son suivi, son bilan, comme l’a été sa conception sont menés par tous, soutenu et avalisé par le responsable de la circonscription ou de l’Académie pour le second degré.

Il pose des questions essentielles sur le long terme, comme sur le quotidien.

Par exemple, à propos du temps de l’enfant :

Comment chaque établissement propose-t-il de rendre optimale la demi-heure du matin, transition entre famille/récré/mise au travail ? Comment tenir compte des moments notoirement propices à l’effort, à l’attention, et de ceux, au contraire, moins soutenus?

Pour les méthodes face à un groupe classe hétérogène : Comment arriver à une véritable pédagogie différenciée ? Seul ou par des échanges, des dégroupements ?

Lorsque les apprentissages sont lacunaires ou mal assurés, comment bâtir de vraies remédiations ?

 

En permanence, les Projets d’Ecole veillent, réfléchissent, adaptent les progressions pour une réelle et permanente cohérence dans le cursus global.

L’équipe d’établissement est unie par son Projet.

L’échange permanent d’initiatives, d’expériences, de services, de coordination entre les établissements, participe de la fonction de l’Inspection.

 

Une équipe a besoin d’être animée avec compétence. Ses décisions ont besoin d’être consolidées, leur mise en œuvre doit être suivie. Le liant de cette vie scolaire, pensée et fructueuse, en est son responsable, directeur, principal ou proviseur.

Reconnaître l’importance de la direction d’école, c’est lui donner les moyens de ses tâches, de ses responsabilités, en faire une promotion véritable pour susciter les candidatures.

Jamais plus un enseignant ne doit se sentir isolé, jamais plus une équipe ne doit se sentir abandonnée

 

L’intégration d’écoles dans des regroupements dirigés par un responsable « administratif » et des inspecteurs pédagogiques donc est une erreur. Elle entraîne une distanciation  trop grande entre l’établissement et sa réalité locale.

Il me semble que ces derniers mois, nous avons démontré que l’Ecole est l’affaire de tous et je l’ai affirmé à nouveau en commençant ce long récapitulatif. C’est donc sans vouloir bousculer les enseignants et leur administration que nous revendiquons notre place dans la vie des établissements.

Pas seulement comme parents d’élèves, pas seulement comme recours, pour des activités, pas seulement pour apporter des ressources mais aussi, pour entendre, comprendre, apporter nos suggestions, aider à la vie de chaque école.

 

Dans l’ensemble, nos comités sont favorables à une évaluation globale et précise du travail de toute l’équipe de l’établissement par les équipes d’inspections, sur des critères nets, tenant compte des conditions spécifiques de chaque secteur scolaire.

L’évaluation individuelle par un inspecteur qualifié n’est pas une aberration mais, qui rendra compte de l’implication d’un enseignant dans et autour de sa classe ? Qui rendra compte des progrès personnels du jeune prof timide? Qui tiendra compte de la lassitude, du découragement et de l’abandon de celui qui fut enthousiaste et compétent ?

Certains inspecteurs, dans le 1erdegré notamment, sont de vrais animateurs dans leur circonscription et connaissent, suivent, aident leurs enseignants. Mieux, ils font de leur secteur de véritables bains de réflexion. D’autres, malheureusement sont météoriques, à la poursuite d’une carrière plus que d’une efficacité…

 

Le Conseil d’Etablissement, le Conseil d’Ecole reste le moteur généré par la réflexion, les échanges, les initiatives de tous les partenaires officiels de l’école. Il respecte la spécificité, la confidentialité de toutes les structures internes, Conseils des Maîtres, de Cycles, Conseils Educatifs, Conseils de Discipline, Conseils Coopératifs…

Il s’intéresse, en particulier, au Projet d’Ecole qui lui a été présenté, il s’intéresse à la progression des activités qui en émanent

Disons le nettement au risque de heurter, le mystère gardé sur les pratiques pédagogiques est une absurdité, nous ne sommes pas en présence de formules secrètes et comprendre le choix d’une méthode, d’une progression, d’un thème mobilisateur ne peut que faciliter la transparence entre les parents et les professeurs et sans doute même les encourager à soutenir les initiatives éducatives. Seul l’enfant doit être l’objet de la discrétion, de la réserve de ceux qui en ont la responsabilité.

 

Nous n’avons pas négligé le temps autour de l’école.

Celui de la famille avec tout son pouvoir affectif est évidemment le plus marquant, tout ce que la société peut faire pour aider à son harmonie est une pierre solidifiée pour la construction de l’enfant.

Il n’est pourtant pas le plus important en durée. La scolarité, les activités extérieures, les copains, les garderies parfois, additionnent bien des heures hors de la maison.

Les associations reconnues pour leurs activités épanouissantes consacrées à la jeunesse sont à privilégier. Les centres de loisirs, avec ou sans hébergement, devraient être des occasions de véritables convivialités et de vie citoyenne.

Il a été suggéré de créer des centres de vacances avec accueil des familles qui travaillent en fin de semaine, pourquoi pas ?

Ce qui est certain, c’est que nous souhaitons qu’aucun enfant ne reste dans la rue pendant les vacances.

Notre mouvement a voulu non pas une école nouvelle, mais une Ecole reconstruite dans un contexte éducatif attentif à l‘enfant.

Nous l’avons étudiée puis proposée aux pouvoirs législatifs.

C’est à nous de veiller sur elle maintenant.

 

Aidons, dès aujourd’hui, à faire de l’Ecole une institution où l’apprentissage des fondamentaux soit assuré grâce à des supports mobilisateurs, capables de faire aimer à apprendre et où l’appétit, la personnalité s’épanouissent en des disciplines d’éveil à part entière : l’école de la diversité, l’école de la chance pour tous, l’école de la chance de demain.

 

Cet exposé a été long et pourtant insuffisant en regard de la somme de travail amassé par tant et tant de personnes, de groupes, de comités.

J’espère que nous avons bien traduit l’esprit qui doit animer notre vigilance éducative désormais.

J’espère que nous n’avons trahi aucune orientation et si nous en avons oubliées, nous savons que dans et autour de chaque établissement, elles se réaffirmeront..

 

Nous avons souhaité terminer par ces deux beaux mots soigneusement cultivés par Manu et ses élèves.

RESPECT et CREDIT

 

 

Respect : Je vous estime pour ce que vous êtes, ce que vous faites en harmonie avec les autres.

Crédit : J’ai foi en toi et je crois en ce que tu dis, en ce que tu fais.

Pour nos enfants, Respect et Crédit à notre Ecole et à tous ceux qui la font.

 

Merci pour votre écoute, et bel avenir à tous !

 

 

 

 

 

 

 

 

Gloire l’ombre et la honte ont cédé au soleil.

Le poids s’est allégé le fardeau s’est fait rire

Gloire le souterrain est devenu sommet.

La misère s’est effacée.

 

Paul Eluard

Extrait du Phénix

9 janvier 2018

– 66 – Les cœurs en fête. suite

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 21 h 20 min

 

             « Dans notre République, liberté de conscience, liberté d’esprit, définies par la loi, nous donnent des droits : celui de choisir, par exemple la nature et la forme des cérémonies qui ponctuent notre vie. » Comité 1905 de l’Ain

Juin s’est achevé par les traditionnelles festivités scolaires, renouvelées en chaleur, confiance et solidarité…

Après bien des échanges, l’unanimité s’était arrêtée sur une Fête de l’Ecole et de l’Avenir, fin septembre. Les textes seraient bien avancés, les établissements auraient trouvé un nouveau souffle.

La rentrée serait achevée, l’année sur ses rails, la fin de l’été à peine attiédi, les esprits pleins de bonnes résolutions. Une belle manifestation d’unanimité autour de notre Ecole ne trouverait pas meilleur moment pour s’exprimer.

Notre réseau allait chauffer ; il ne s’était jamais vraiment refroidi. Au contraire, notre site avait été choisi pour recevoir les expériences diverses, les questions, les demandes et les offres de ressources les plus larges. Nous étions fiers, que hors pédagogie, pour laquelle existaient déjà bien des supports, notre ligne serve à confirmer convivialité et solidarité.

 

En avant goût, nous avons inauguré, en juillet, lorsque la saison touristique a été lancée, la Maison de l’Ecole élaborée par David.

Son enthousiasme avait été tel que la ville qui l’avait sollicité pour la recherche de mobiliers et d’accessoires, lui avait confié la réalisation complète du musée.

Il en était très fier, d’autant plus fier qu’avec l’accord de la municipalité, il avait obtenu une salle supplémentaire dans l’ancien bâtiment scolaire. Il en avait fait, avec mon inventeur de père, une classe « Méga moderne », presque magique, au mobilier fonctionnel mobile pour le travail plénier, en groupe, individuel… à la documentation vidéo, évidemment consacrée à l’Enseignement dans le monde, abondante. Les murs pouvaient devenir écrans ou tableaux numériques. les branchements Internet étaient aisés, guidés, surveillés.

Des coins ateliers élémentaires, comme ceux de peinture, de couture, de petits bricolages dans la classe d’autrefois, à ceux d’écriture, de compositions, de situations problèmes… assistés par des logiciels récents… tout était camouflable, remplaçable par des astuces que n’aurait pas reniées Rob.

Les livrets des écoles Coopératives, les Bibliothèques de Travail abondaient dans l’ancienne classe et l’ouverture vers les ressources presque universelles leur faisait contre-point dans la salle contemporaine voire futuriste.

Le Maire du village au bord de l’Oreuse dans l’Yonne avait été invité et avait vu renaître, avec émotion, le cadre si semblable à celui de son enfance.

Comble de bonheur, Robert et Alice avaient commencé leurs vacances d’été et assistaient au triomphe du Broc

L’assurance que nous irions vivre, tous, tour à tour, avec eux à la Rouviérette, leur donnait assez d’énergie pour envisager un long séjour cévenol. Peut-être même jusqu’à la venue de Sylvain avec lequel ils repartiraient à Paris après la Fête des Écoles.

Nous savions très bien que ces courageuses résolutions seraient difficiles à tenir longtemps à leur âge. La rusticité de leur retraite, améliorée, agrandie certes, mais fragilisée par tous les impondérables de l’isolement, ne leur permettait plus les promenades caillouteuses, les brusques orages, les grosses chaleurs et les fraîcheurs inopinées… Les possibilités de soins, en cas d’urgence, étaient reculées donc un peu inquiétantes…

Heureusement, mes parents, puis David, puis nous, avions prévu, à leur insu, de les accueillir lorsqu’ils faibliraient. Ce ne sont pas les prétextes plausibles qui manqueraient pour présenter leur présence comme nécessaire et ne pas friper leur amour-propre.

Un ensemble de petits espaces verts cernait le bâtiment et la cour de récréation ; elle aurait plu à l’un des correspondants de mon coffre aux trésors : il n’y manquait même pas la corde à nœuds tombant de la grosse branche d’un tilleul.

Une association était née. Elle comptait les coopératives des écoles de la ville parmi ses adhérents. Ils participaient à l’entretien du musée, utilisaient les richesses du passé et celles aujourd’hui. Cultivaient les plates-bandes et le potager… Cela représentait peu de temps par classe mais toutes, même celles de maternelle, y trouvaient régulièrement un coin à leur niveau pour s’investir. Souvent, des anciens les retrouvaient pour mêler jeunesse et expérience…

La Maison de l’Ecole que nous inaugurions, après quelques mois de fonctionnement, promettait de belles journées chaleureuses et éducatives…

  Un ensemble de petits espaces verts cernait le bâtiment et la cour de récréation ; elle aurait plu à l’un des correspondants de mon coffre aux trésors : il n’y manquait même pas la corde à nœuds tombant de la grosse branche d’un tilleul.

Une association était née. Elle comptait les coopératives des écoles de la ville parmi ses adhérents. Ils participaient à l’entretien du musée, utilisaient les richesses du passé et celles aujourd’hui. Cultivaient les plates-bandes et le potager… Cela représentait peu de temps par classe mais toutes, même celles de maternelle, y trouvaient régulièrement un coin à leur niveau pour s’investir. Souvent, des anciens les retrouvaient pour mêler jeunesse et expérience…

La Maison de l’Ecole que nous inaugurions, après quelques mois de fonctionnement, promettait de belles journées chaleureuses et éducatives…

 

- 67 – « J’peux pas, faut que je joue ! »

 

8 janvier 2018

- 65 – La loi ! suite

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 21 h 24 min

 

La loi a été promulguée, comme nous l’avions envisagé, en mai.

Ce fut un beau moment de folie !

Folie heureuse pour de tous ceux qui avaient travaillé à sa proposition, pour ceux qui l’avaient accompagnée de leurs vœux.

Folie furieuse, pour ceux qui avaient estimé, dès le début de notre Mouvement, que privilégier l’attention individualisée, les initiatives et la liberté même raisonnable dans notre Système éducatif était voué à l’échec. Ce dont ils se réjouiraient. Ils jugeaient pernicieuses nos « élucubrations » et capable de grever le sérieux de notre futur…

Folie politique, celle des candidats déjà engagés dans les élections de mai 2012. C’était à qui profiterait des marrons brûlants que nous avions tirés du brasero permanent de l’Education Nationale.

Chaque parti, chaque postulant à la magistrature suprême, insistait pour que soit reconnue son antériorité sur les idées adoptées. A juste titre d’ailleurs, car parmi toutes les pièces du puzzle que nous avions recommandées aux parlementaires, il en était, évidemment, beaucoup, qui dans un passé plus ou moins proche, depuis Jules Ferry, avaient été émises dans des projets, des programmes, des débats ou même dans des propositions législatives.

Certaines avaient même trouvé concrétisation…

Mais, jamais, nous n’avons revendiqué l’originalité de nos suggestions, jamais nous n’avons affirmé leur totale innovation.

Nous nous réjouissons que soient éliminées des initiatives oublieuses de l’enfant pour avantager l’ordre administratif et que ressortent des archives des concepts fondés, trop vite écartés ou remis aux calendes… françaises.

Non seulement la nouvelle Loi d’Education mise sur l’enfant au centre du système, la formule n’est pas notre découverte, mais elle l’intègre à sa société, à son environnement, elle tient compte de son vécu, de son présent et prépare son avenir. Elle reconnaît, encourage, facilite et officialise tous les projets, toutes les réalisations positives des établissements, trop aléatoires, découragés ces dernières années. La loi insiste notamment sur tout ce qui les adapte à l’hétérogénéité de leur population pour la conduire vers l’homogénéité des chances.

Surtout, je me répète, elle tisse, retisse les liens distendus entre l’Education Nationale, ses Institutions et nombre de ses usagers.

Dès la parution au Journal Officiel, il y a eu des réjouissances mais, même si la rentrée prochaine s’est préparée sous l’égide du nouvel Acte, cela a été, comme nous l’avions prévu, avec prudence et vigilance que furent mises en place les commissions qui devaient donner vie à la Loi et aux idées adoptées.

Nous avions demandé à participer à ces groupes de travail, c’était accepté. J’ai pu, à l’occasion de brefs et multiples séjours parisiens, entre ou à l’issue de réunions laborieuses, retrouver Karine, seule cette fois, ainsi que d’autres délégués nationaux.

Evidemment je logeais chez mes horlogers, fabricants d’heures douces. Une fois chez Delphine, Guillaume et Romane, malheureusement un peu excentrés pour mes horaires laborieux.

Sylvain ne participait pas à nos réunions. Il avait repris avec plaisir et intensité, ses pages d’écriture. Nous arrivions à nous donner rendez-vous chez Pierrot pour de formidables conversations, rigolades et nostalgies avec Karine, Marie-Claude et, une fois, Robert et Alice.

Ils étaient devenus des hôtes hebdomadaires, le samedi, plus calme, des restaurateurs. Tous quatre avaient développé, c’était évident, une belle et amicale complicité.

Peu à peu, sortirent arrêtés, décrets et circulaires d’application.

Le pouls de l’Ecole Française battait de plus en plus fort, de plus en plus régulièrement.

6 janvier 2018

- 63 – VISITES. suite

Classé dans : mon livre,Non classé — linouunblogfr @ 23 h 18 min

« … et l’École renaîtra de mes cendres ! ‘

 

Sylvain a repris du service. Cet été, il est venu au village à l’issue de son périple habituel. Il gardera à vie les traces de ses brûlures, mais cela ne nuit pas à son succès car il ne lui a pas fallu beaucoup de temps ni d’efforts pour se trouver une compagne dans le village voisin. Une rencontre de balade le long de notre petite rivière mitoyenne et une ballade charmeuse sans aucun doute.

Il faut dire que selon le terme usité ici :

- Il est charmant ton Sylvain, me confiaient tous ceux qu’il saluait, avec lesquels il s’entretenait dans ses promenades au long des rues du village.

Yann et les enfants l’avaient adopté immédiatement. Sylvain y était allé franco :

- Ton Isabelle m’a tout de suite séduit et j’ai bien essayé de tenter ma chance, c’en est une, si, si… Mais voilà, pas mèche, elle avait déjà fait le plein avec toi.

Moi, je savais que, un certain soir, mes défenses avaient été bien éprouvées.

 

Nous n’avions qu’un café au village. Notre écrivain public a dû faire la conquête des patrons pour suggérer, expliquer et obtenir une table un peu isolée afin d’ouvrir son officine.

Pour ce premier été, il ne s’est octroyé que trois journées bien courtes d’accueil. D’entrée, le succès fut là, curiosité, sympathie, plus que véritable nécessité. Il a décidé que ce lancement était promotionnel et que seuls les frais éventuels de correspondance seraient à compenser.

Il s’est acoquiné avec Alain et les bénévoles de la bibliothèque et les a persuadé qu’il avait un besoin incoercible de connaître le passé, voire le présent, anecdotique du village. Il a proposé une veillée de plein air presque sur le pas de la porte, comme pour les soirées de naguère, d’avant la télé, pour écouter, questionner, noter…

Il a été décidé que début septembre, pendant quinze jours, Sylvain serait régulièrement des nôtres.

Autre grande joie, la venue de Karine, Thibault et Lucas. Eux aussi ont trouvé dans notre commune un accueil formidable.

Comme ils étaient formidables, c’était après tout très naturel.

Elle a sympathisé très vite avec Sonia et Jordane, à m’en rendre jalouse. Non, je rigole, comme conclut souvent ma Juliette.

 

J’aurais aimé revoir tous les acteurs qui ont marqué ces mois de réflexions et de décisions. Mon carnet d’adresses en identifiait beaucoup, mais j’avais en mémoire tous ces intervenants trop passagers qui ont fortement laissé leur empreinte nos esprits.

Delphine, Romane et Guillaume, son mari, annonçaient leur passage pour les congés de Printemps. Je comptais transformer ce passage en séjour plus long.

Une seule ombre ternit ce tableau, elle est énorme. Notre ami Gilbert, le Gendarme qui avait tant appris sur l’enfance, sur l’Education Nationale, dont nous avions tant appris aussi, mon compagnon mandaté avec moi à Montpellier, nous avait quittés.

Il était malade, gravement déjà, lorsqu’il était venu nous rejoindre dans le jardin d’Alain, mais jamais il ne nous avait laissé deviner ses faiblesses et ses douleurs. Il avait obtenu la même discrétion de ses proches. Son hospitalisation, en novembre, puis sa fin, rapide, souhaitée, je crois, c’était bien de lui, nous avait laissés amputés d’une amitié, d’une affection irremplaçables.

N’allez pas me dire que nul n’est irremplaçable ! L’addition de ces pertes dans mes pensées fait que, jamais, ceux qui ont impressionné de lumière et de chaleur ma conscience ne disparaîtront vraiment.

Toujours, ils manqueront. Gilbert nous manque !

 

3 janvier 2018

- 61 – Surprise ! suite

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 20 h 49 min

Mes porteurs étaient pile poil devant la bonne porte. C’est le plus grand qui se saisit de la valise et j’ai eu bien du mal à empêcher Killian de s’emparer de mon sac à main.

Après même pas une semaine de séparation, après des communications quasi-journalières, nous avons manifesté notre joie avec tant de démonstrations que les témoins ont dû imaginer des retrouvailles après une longue coupure dramatique… Il faut bien que l’imagination prépare de quoi broder dans les prochaines conversations…

Nous avons gravi les escaliers, traversé la grande salle pour redescendre vers l’entrée principale.

A moi l’air de Montpellier !

Un tram aux chaudes couleurs de l’été, encore lointain, défilait devant la gare lorsque nous en avons  franchi la grande porte. Yann avait négligé, semblait-il, le vaste parking du niveau supérieur et réussi à s’incruster dans une rue voisine. A moins que l’omnibus nous conduise jusqu’à Saint-Jean.

Peu importe, je me suis laissée pratiquement porter par le grand et envelopper par les petits, « décontrastée » disait Garcimore autrefois. J’aimais bien cette expression !

Pas direction la station mais le square, je suis… Portillon, virage à droite, valise cahotante sur ses roulettes derrière Yann et … surprise !

 

Des banderoles flottaient où s’étalaient en grandes lettres fleuries :

« NOTRE ECOLE », « NOTRE RECUEIL», « NOTRE LOI », « NOTRE ISABELLE »

De la musique !

 

J’ai reconnu mon copain Jacques au hautbois provençal, Jean-Claude à la guitare, Jean-Pierre, le tambourinaire.

La famille Coucaïrous et bien d’autres animaux totémiques d’autres villages … – Comment avaient-ils pu arriver jusqu’ici ?- virevoltaient au bout des bras de jeunes endiablés. Jean-Pierre, vêtu de blanc, foulard rouge et béret bien enfoncé était écartelé de rire !

Quelle foule ! Alain, Sonia, Gilbert, Daniel, Janine, Pierre, Catherine, Monique, Françoise, Bernard…, le premier fonds de nos réunions du village et tous ceux qui nous avaient rejoints, mes co-délégués du Théâtre de Montpellier, Jordane et son P.R.J., Corinne, notre responsable de l’A.L.A.E. les animatrices des garderies, de la crèche, des représentant encharpés de conseils municipaux dont le nôtre… Les actifs membres de nos associations, d’autres voisines ou éloignées aussi, David, Xénia même, Maman, Papa descendus de leurs Cévennes et beaucoup d’autres visages enthousiastes, reconnus, aperçus ou inconnus !

Une petite fête s’est instaurée autour de mon moi symbolique. Une farandole longue de toutes les allées disponibles a sinué dans le jardin public. Je ne suis pas restée longtemps isolée ; mes mains ont vite été saisies et entraînées dans la sarabande.

Je comprenais mieux le laconisme de mes trois correspondants l’avant-veille. Les préparatifs étaient sans doute achevés, les autorisations obtenues car des agents municipaux et des policiers nationaux protégeaient cette liesse.

Il a bien fallu l’interrompre car, peu à peu, des passants, des voyageurs en attente de départ ou juste arrivés, intrigués, puis renseignés, venaient grossir notre rassemblement et bruissaient de leurs applaudissements. Nous devenions encombrants !

Il était certainement des mécontents, dérangés par notre exubérance, opposés à notre mouvement, persuadés de nos erreurs pour l’avenir des enfants… Ils ne se manifestaient pas, ou j’étais trop ivre de joie, de fatigue pour les distinguer.

L’un de nos représentants du Comité de Montpellier, hissé sur un banc, est parvenu par ondes concentriques à calmer musique, cris et danses. Il a remercié l’ensemble des présents de leur démonstration d’allégresse.

Il a souhaité que dans chaque quartier, chaque village, se perpétue la vigilance des groupes constitués afin que jamais l’Ecole renaissante ne se banalise.

Il a émis le vœu que l’idée se développe pour qu’une fête de l’Education, de l’Instruction, anniversaire de l’adoption de la nouvelle Loi, unisse partout les habitants de notre région, de notre pays.

Il a demandé que nous n’oublions pas tous ces enseignants réprimandés, punis sévèrement parfois pour avoir voulu proposer spontanément des aides aux enfants, mieux adaptées que les rattrapages horaires officiels. Sans examen de leur organisation, de leur impact, pour des refus compensés par des initiatives, ils étaient devenus des désobéissants trop visibles. Il était souhaitable que l’étude de notre Proposition de Loi conduise à rendre la Raison supérieure à la Soumission.

Il a proposé, en conclusion, une minute de silence à la mémoire de Manu.

Elle s’est montrée redoutable. La tension de ces derniers jours, le rappel des amitiés nées à Paris, celles des élèves mécaniciens, ont été trop fortes et l’épaule de Yann a recueilli le trop plein de mes yeux.

J’ai appris sur la vaste toile de mes contacts, par notre site national par téléphone souvent que nombreux, très nombreux avaient été les délégués nationaux accueillis par de telles démonstrations.

Pourvu que ça dure !

Sur un dernier merci de notre meneur, sur nos au-revoir et nos promesses de contacts, chacun a regagné son véhicule…

Le nôtre était bien garé près du square.

Killian et Juliette avaient été d’un calme extraordinaire. Même s’ils n’avaient boudé ni les chants, ni les danses, j’avais le sentiment qu’ils ne m’avaient guère quittée des yeux.

Si j’avais pu craindre qu’ils se soient sentis abandonnés pendant toute cette folle période, leur tendresse, leur sérénité, leur large sourire estompaient mes traces de culpabilité. Mon mari, mes enfants comprenaient, approuvaient, mieux, étaient fiers de moi.

Que du bonheur !

-

2 janvier 2018

- 60 – Retour vers le Midi ! suite

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 22 h 37 min

« …et l’École renaîtra de mes cendres ! « 

Le départ de mon train était fixé à 11 h 15. Ma valise était déjà bouclée, je ne comptais pas manger dans le TGV, même si Alice m’avait proposé de me préparer un ‘’petit quelque chose’’. En revanche, j’ai fait honneur au petit déjeuner et me suis prémunie pour n’importe quelle disette ferroviaire.

 

Pas de pluie sur Paris, je quittais l’immeuble rouge sous un beau soleil printanier.

Rob et Licette viendraient dès juin à la Rouviérette ! S’ils le pouvaient, sinon chez moi ou Colette ou David… C’est sur cet engagement que nous nous sommes séparés et sur celui de les appeler dès mon arrivée au village.

 

Sylvain n’avait oublié ni mon numéro de train, ni mon numéro de voiture. Il était déjà au bon endroit alors que j’arrivais, traînant ma valise.

Il restait peu de temps avant la fermeture des portes, juste celui du silence d’un double merci, sans besoin d’explication.

J’ai rappelé à mon ami, tous nos projets, une véritable fiche de travaux : le coup d’œil actif aux Ateliers de Manu, la réunion de Robert, Alice, Pierrot et Marie-Claude, la reprise de ses écritures, mes amitiés à ses anciens, et sa venue dans l’Hérault en fin de parcours, s’il en avait le temps et l’envie.

Le village pourrait devenir un nouveau bureau, peut-être. Il  y penserait…

Il avait encore des pansements mais comme je ne l’avais connu que masqué, je ne pouvais que noter les allègements depuis notre première rencontre. Ses yeux noirs, anthracite, brillaient comme après une ondée, mais leurs griffures se lissaient ou se ridaient selon son humeur et les commissures de sa bouche le trahissaient tout autant.

Sur ce quai, au moment de l’au revoir, Sylvain souriait !

Lui, l’artiste des mots, n’a été ni poète, ni lyrique, il est parvenu à me convaincre sans phrases, qu’il était simplement heureux ; de notre rencontre, de notre complicité, de notre amitié, de ce qui aurait pu être et n’avait pas été.

Pas de remords, même pas d’intention, pas de regret des non faits non plus, seulement le soulagement de compter un nouvel ami et de pouvoir en parler, le présenter l’accueillir, sans ambiguïté.

 

Que du bonheur !

 

C’était l’heure ! Nous nous sommes serrés, sans nous embrasser, Sylvain m’a passé mon bagage et les portes se sont fermées, nous étions les derniers.

J’étais à une place simple, près de la fenêtre, ma voisine n’était pas Delphine mais rien que les mouvements du train m’ont ramenée vers cette belle rencontre. Combien Romane m’aurait aidé à raccourcir ces heures de rien, ces heures entre deux chapitres de vie.

J’ai essayé de lire, en vain…

J’ai appelé Yann. Pas de problème, ils seraient bien à l’arrivée. Il a senti mon flou et m’a passé Juliette.

 

Ma grande m’a replongée dans son quotidien, qui redeviendrait bientôt le mien. Enfin, on bouchait les ravines de notre rue, notre vieille voisine était à l’hôpital après une chute et la fille du Maire attendait un bébé, mais pas un mari… Le train-train… Ah si, mes drôles de copains demandaient si j’allais me décider à rentrer !

Killian était dans le jardin, mais il se laverait avant de venir me chercher…

Livre refermé, téléphone éteint, je me suis dit :

«  Je vais penser à tout ça ! »

Le ‘’ça’’ était assez vaste et imprécis pour me plonger dans un abîme de somnolence inconfortable, peuplé mais qui m’a mené jusqu’à Nîmes.

La voix S.N.C.F. a annoncé l’arrivée pour 14 h 45.

28 décembre 2017

- 58 – Discours de clôture. suite

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 21 h 38 min

« …et l’École renaîtra de mes cendres ! « 

Notre navire avait trouvé sa rampe de lancement. Il avait été accompagné d’un énorme engouement médiatique. Tous les journalistes, reporters, présentateurs qui avaient si bien respecté notre discrétion pendant nos journées laborieuses, se rattrapaient

Seul ou par groupe, tous, nous avons eu droit à un ou plusieurs articles, à une ou plusieurs émissions de radio et de télévision.

Invitée par mon interlocuteur de la conférence de presse, j’ai obtenu de participer à son émission du matin avec Sylvain et Karine.

Pour Sylvain, il lui a été très difficile de se libérer car il était évidemment très sollicité.

A tel point que, ce jour-là, sur le même poste, il s’est trouvé présent à deux émissions successives, incisives, virulentes, mais extrêmement honnêtes dans leur quête d’informations.

Peu d’auditeurs se sont montrés agressifs, sinon pour douter de l’implication de nos politiques. Douter, mais on le sentait bien, espérer…

Par toutes les fenêtres ouvertes, nous entendions, lisions, le contentement, le satisfecit de ces gens de France qui avaient, depuis le début, voulu répondre à l’appel de Manu.

Nous avions décidé de ne pas bouder les demandes des médias et avons tenu parole, même nos timides, même nos bourrus.

Revues, quotidiens, enregistrements, tout a été bon pour que nos familles se montent un épais Press-book.

A travers nos photos, nos paroles, nos écrits, c’est l’Ecole en voie de reconstruction qui était la vedette, alors, à nous de l’honorer.

 

Ce jeudi matin, le Cirque et son atmosphère si particulière, a été également, et évidemment, le cadre où s’est dressé le plateau d’une émission de chaîne publique entièrement consacrée à notre Charte. Aucun d’entre nous n’a manqué !

Nous n’étions plus dans les gradins, mais en piste, sagement rangés devant micros et caméras…

Nos places, les degrés des spectateurs, étaient combles. Il a fallu bien du talent au personnel chargé de canaliser l’agitation du public pour accomplir sa tâche.

Heureusement, la plupart des présents avaient été admis sur notre demande personnalisée et nous leur avions assené force recommandations de calme.

Juste après, mais avec bien des acrobaties pour nous échapper, nous avons réussi à trouver dans les coulisses un espace assez discret pour notre dernière réunion amicale. Ce ne fut ni trop éprouvant ni trop émouvant. Un peu quand même…

La journée n’était pas achevée, d’autres moments allaient nous rassembler, mais plus jamais rien que nous !

 

Nous nous sommes promis que ce n’était qu’un au revoir, que jamais nos liens ne se distendraient et nous avons, lorsque cela n’avait pas été déjà réalisé, échangé adresses, numéros de téléphone, messageries et invitations.

Nous nous sommes embrassés, serré les mains et regardés, en un bref et intense moment de silence spontané.

Qui a plaisanté à propos de notre rendez-vous ministériel, et peut-être présidentiel ? Je ne sais pas, mais il a permis que nous nous remettions en marche sur un immense éclat de rire.

 

Du bonheur !

 

Le nouveau Ministre de l’Education, véritablement Nationale, avait proposé que la Convention se termine par la réunion conviviale de tous les délégués, rue de Grenelle.

La réception était prévue pour midi. Ni le Président de la République, ni le Premier Ministre n’avaient pu se libérer.

Notre hôte nous a fait part de leur intérêt pour nos travaux. Ils nous remerciaient du travail accompli pour les élèves de notre pays.

Bien sûr, ils rejetaient sur les décennies précédentes, sur les illusions généreuses mais incontrôlées d’un certain mai 68, les désordres de notre Ecole.

Ils admettaient que les mesures prises ces dernières années n’avaient pour but que de rétablir l’ordre scolaire et que seul ce souci avait conduit à des incompréhensions ou des maladresses dans leur mise en œuvre.

Ils affirmaient que la finalité de leurs projets, une fois la ‘’Crise’’ dépassée, était que l’enseignement français s’impose comme le plus performant et le plus attentif à tous les enfants. Dans leurs tiroirs, pour l’avenir de nos établissements d’enseignement, ils avaient de véritables, de belles études pour approfondir la solidité de leurs moyens, des pédagogies adaptées et pour leur donner, niveau par niveau, une organisation valorisante.

Pour nos plus hautes autorités gouvernementales, nous avions devancé leurs intentions. Ils nous en félicitaient et nous assuraient de leur volonté pour, dans la mesure du possible, transformer la proposition déposée au Parlement, en une grande loi scolaire, puis en textes d’application conformes à tous les points soulevés…

 

Nous avons décidé, pour l’instant, de ne pas nous attarder sur ce ‘’dans la mesure du possible’’ et d’applaudir la reconnaissance du grand mouvement populaire qui avait répondu à l’invitation de Manu et ouvert la voie à une autre Ecole.

 

Le déjeuner aussi était prévu, pas dans la discrétion.

 

Après avoir évité les établissements officiels, depuis les premières rencontres spontanées, les représentants de tout un peuple qui avaient obtenu le droit et les moyens de croire en leur Ecole, ne pouvaient plus se dérober.

 

Karine, Sylvain et moi n’étions pas à la table d’honneur, mais les journalistes ne s’y trompaient pas.

Dès sa première intervention sur le trottoir, notre Sablaise avait intrigué les journalistes et notre écrivain de bistrot, trop impressionné la pellicule en se précipitant vers Manu. Ils focalisaient les objectifs, aimantaient les micros.

Il semble que je n’étais pas sans attrait non plus puisque je me trouvais associée à cet intérêt !

 

L’accueil du nouveau ministre a été sobre et engagé, avec quelques risques peut-être pour lui,

 

Après nous avoir lu les messages du Président et de son Premier Ministre, il nous a assuré avoir tout écouté de nos entretiens médiatiques, tout parcouru de nos publications et des articles qui avaient accompagné, récemment, la fin de nos travaux

Il nous a donné le sentiment d’être soucieux d’établir la grande diversité des élèves et de la multiplication de moyens adaptés pour en tenir compte. Une juste répartition des aides en fonction de la variété des besoins, des ressources locales, était importante et il  œuvrerait pour la réaliser.

Il estimait que la densité des réflexions, des propositions et la qualité de leur synthèse valaient toutes les concertations nationales officielles. Il promettait, en complément de notre proposition de loi, de consulter et mettre très vite à l’étude l’ensemble des documents que nous voudrions bien lui confier.

Le nouveau patron de l’Ecole de France s’est déclaré convaincu que nombre de points de fonctionnement, mis en valeur par notre Mouvement, devraient pouvoir trouver une validation dans un court terme, avant même la promulgation de la Loi. Ils n’étaient que des améliorations de l’existant.

Nous ne pouvions qu’espérer que rien ne viendrait modérer ces engagements et que cette indépendance, insolite en cette mandature, ne trouverait pas ses limites.

 

Ses paroles nous touchaient car plus vite des signes tangibles du renouveau de l’Ecole se manifesteraient, plus vite la paix scolaire renaîtrait, plus vite notre jeunesse nous ferait confiance.

 

Nous avions le sentiment que notre Mouvement avait remué les murs de la Grande Administration. L’enfant semblait redevenu le centre vital du Mammouth.

L’un de nos Sages, mandaté par notre Assemblée, a pris la parole pour remercier le Ministre de son accueil, de ses promesses et a donné notre accord pour que nos précieux documents de travail, synthèses et analyses détaillées lui soient remis. Il lui a demandé d’associer certains d’entre nous aux commissions qui les étudieraient et de nous faire part de la progression de leurs résultats.

Il lui a promis que, dès ce soir, il serait le premier destinataire, de notre document ‘’ l’Essentiel’’, intitulé définitif pour désigner notre Recueil.

Les discours de grands noms de la littérature, de chercheurs en sciences de l’Education, se sont enchaînés et ont mêlé regrets et accents de victoire.

Notre succès était apprécié, cela se comprend, mais l’amertume régnait. Le sentiment général était que ce conflit aurait pu ne jamais éclater si, il y a trois ans, l’arbitraire, le découragement, la lassitude n’avaient prévalu.

Maintenant, des promesses avaient été prononcées, des voies ouvertes, des actions définies, une liberté constructive, soumise à des principes forts.

La chance de chacun, malgré toutes les différences, l’importance de tous les apprentissages, en dépit des handicaps pour que construire l’avenir soit l’œuvre de tous, existait.

A nous, les citoyens d’aujourd’hui, de demain, de toujours, de veiller à qu’elle se mue en réalités répétées.

En fin d’après midi, le dépôt d’une gerbe était programmé en face du ministère, devant chez Pierrot, à l’endroit où avait péri Manu.

27 décembre 2017

- 57 – Difficile retour. suite »

Classé dans : mon livre,Non classé — linouunblogfr @ 21 h 21 min

« …et l’École renaîtra de mes cendres… »

Nous avons quitté l’établissement avec le cœur chargé d’émotions bariolées, semblables à l’agitation des jours post Manu, avec l’esprit peint en vert espoir, avec un ciel d’avenir blanc-bleu. Un ciel porteur de bons cumulus garants de futures récoltes de tous nos semis. Nous étions euphoriques sans drogues, ivres sans alcool, justifiés !

Cette rencontre aurait justifié aussi tous ceux qui  s’étaient levés depuis trois mois, tous ceux qui s’étaient portés au chevet de l’école malade.

Vous souvenez-vous à ce propos des paroles de cette chanson de Grand Corps Malade, «  l’Education Nationale »

Tout était dit et déjà pour chaque couplet nous aurions pu et l’état aurait dû proposer un amendement, mais en France, si tout finit par des chansons, il est rare qu’elles soient un commencement…

Si, peut-être, pendant les Révolutions !

Je ne résiste pas, tant pis si ma parenthèse est longue, et encore, j’aimerais tout citer!

« …J’m'appelle Moussa, j’ai 10 ans, j’suis en CM2 à Epinay Ville du 93 où j’ai grandi et où j’suis né

… Pourtant ma maîtresse j’l'aime bien elle peut être dure mais elle est patiente

Et si jamais je comprends rien elle me ré explique elle est pas chiante

Elle a toujours plein d’idées et de projets pour les sorties (mais)

… Nous on a que des tapis et des cerceaux et la détresse de nos maîtresses…

Alors si tout s’joue à l’école, il est temps d’entendre le SOS

Ne laissons pas s’creuser l’fossé d’un enseignement à deux vitesses

… L’enseignement en France va mal et personne ne peut nier la vérité

Les zones d’éducation prioritaires ne sont pas des priorités

Au contraire faut rajouter des profs et des autres métiers qui prennent la relève

Dans des quartiers les plus en galère, créer des classes de 15 élèves

Ajouter des postes d’assistants ou d’auxiliaires qui aident aux devoirs

Qui connaissent les parents et accompagnent les enfants les plus en retard

Au contraire qu’avons-nous ?

Quelques réformes à deux balles pour ne pas voir le plus urgent

Un établissement scolaire sans vrais moyens est impuissant

Comment peut on faire des économies sur l’avenir de nos enfants

L’enseignement en France va mal car il ne rend pas les gens égaux…

Y a pas d’éducation nationale, y a que des moyens de survies locaux

… continuons de dire aux p’tits frères que l’école est la solution

Et donnons-leur les bons outils pour leur avenir car attention

La réussite scolaire dans certaines zones pourrait rester un mystère

Et l’égalité des chances un concept de ministère…

Si vous voulez tout lire mais surtout tout entendre, il y a le C.D. et il devrait être subventionné…

Je reprends, mais avais-je vraiment interrompu ?

Tous ceux qui ont apporté leurs mots, leurs idées pour reconstruire l’Ecole, ne l’ont pas fait pour s’apitoyer ou compatir mais pour unir leurs soins et la réanimer. La revitaliser. La bourrer d’énergie. En faire l’artisan compétent, bien outillé, bien entouré, qui redonnera sa chance au futur, celui de nos enfants, le nôtre, celui de tous.

Une chance, vraiment, pour toute notre mosaïque de personnalités, de couleurs, d’origine,  de confessions, de handicaps… Une chance pour les gentils, les agressifs, les naïfs, les roublards…

Tous les potentiels que distribuent la naissance, les hasards et les circonstances seront considérés, pour que, sans perdre leur identité, ils prennent confiance en eux et en les autres…

Ce fut pour nous le retour de tous les dangers.

Ma main dans celle de Sylvain, ma tête sur son épaule, notre communion auraient pu nous mener vers une parenthèse physique, affective que notre état d’esprit, notre tension réclamaient, mais que notre conscience, Jiminy Cricket, interdisait.

Pendant toutes ses journées depuis deux mois, nous avons été habités, comme beaucoup de Français, certains avec une rancœur énorme, d’autres avec une foi profonde, par une présence incontournable, celle de Manu !

 

Sylvain, plus que tous, a vécu chaque minute avec lui, avec ses yeux dans les siens.

Même lorsque sa pensée ne s’y accrochait pas. Je devinais son obsession et je l’ai, bientôt, partagée.

Nous étions imprégnés de ses espoirs, avons perçu sa présence auprès de ses grands, de ses collègues.

Par eux, nous avons compris ses tours d’ivoire et éprouvé, durement, leur effondrement.

Nous avons suivi les pas, vu les gestes du coupeur de courant, écrit avec lui ses avertissements, mesuré la crevasse de son désespoir

Sylvain a partagé ses flammes et moi, je les ai regardées danser dans les yeux de mon ami.

Dans la cire de notre mémoire intelligente, de notre mémoire affective, nous avons, aussi, gravé chaque parole de Manu.

Ce mercredi soir, à l’issue de cette communion, à l’aube d’un renouveau pour les enfants, pour l’Ecole, en quittant le collège, Thierry, ceux qui furent, si profondément, la raison de vivre de Manu : ses élèves, nos voix exprimées, nos voix intérieures, étaient à l’unisson avec ses cris.

Rentrer à mon bercail provisoire a été difficile.

Tendue et amollie, est-ce possible ? Je vous assure que oui !

J’ai communiqué brièvement, par S.M.S. seulement,  avec mes trois villageois, promettant un long compte-rendu pour demain…

Alice m’a enveloppée dans une sortie de bain douillette. Robert m’a imposé un petit verre ventru où il avait chauffé dans ses larges mains un Armagnac aux reflets dorés.

Aucune question… de l’écoute, le partage de tout ce que ces jeunes nous avaient offert et de la tendresse, beaucoup de tendresse pour m’acheminer vers le sommeil…

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Victor Coudesabot |
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