Réfléchir et dire… un peu

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10 novembre 2018

« J’ai tué pour que vive mon beau pays… »

Classé dans : être — linouunblogfr @ 21 h 44 min

                 Ecrit par Louis BUTON, notre grand-père, soldat dans les tranchées de Verdun, résistant en 1943, déporté jusqu’en mai 1945

 

                  « Sur les bancs de mon école, j’avais appris à aimer la France on m’avait dit que la vie était un bien précieux auquel on ne doit pas attenter, que tuer était une lâcheté, un crime qu’il ne fallait pas commettre.

                  «La vie d’un homme est sacrée, nous devons la respecter » me disait mon bon vieil instituteur. Je m’étais donc engagé dans cette existence avec Ces principes acquis en classe.

 

              Je haïssais les querelles et parfois m’interposais en conciliateur dans bien des heurts… en un mot j’étais pacifiste.

 

                 Aussi, quel ne fut pas mon émoi lorsqu’éclata la guerre de 1914 ! Quel désarroi et quelle lutte je dus livrer ! J’aimais la paix mais j’aimais la France. Cette dernière attaquée, il fallait la défendre. Comment concilier les deux ?

 

                La deuxième voix l’emporta. Je partis ! Je fis mon devoir ! J’ai combattu, j’ai souffert. J’ai tué pour que vive mon beau pays

 

             Quelle ne fut pas ma joie de pouvoir après la tourmente dès 1919, reprendre la route que je m’étais tracée vers la liberté pacifique. J’ai lutté dans la mesure de mes faibles moyens pour le rapprochement des peuples et la suppression des armées ; je voulais croire, après cette tuerie, que tous les hommes pouvaient être frères… »

            22 ans après, toujours en colère contre toutes les violences, il prenait le chemin de la Résistance … et des camps de concentration !

 

31 octobre 2018

VIVRE au centre du monde

Classé dans : être — linouunblogfr @ 17 h 16 min

Je crois en la vie, même si je la gaspille souvent. Je crois en la vie parce qu’elle est mouvement, même dans une cellule, même dans la chambre close du seul esprit. Je crois à la vie parce que je suis…

J’ai acquis la certitude de la mort, connaissance longtemps refoulée par l’élan même de la vie. Littéraire, platonique, virtuelle dirait-on plus aujourd’hui, elle s’est imposée à moi, brisant les piliers de mes ignorances avec la force d’un tsunami que rien ne peut contenir. Bien sûr, comme et pour cette vague, il y a les lendemains de convalescence, de reconstruction mais jamais d’oubli de la leçon…

Ces leçons furent variées, la première qui m’ait frappé, était une disparition, celle de mon maître en éducation, de mon maître en découverte, en reconstruction, mon « Si tu peux… », longuement récité, appliqué dans le tumulte de mon enfance, les émois de incertitudes de mon adolescence et mes premiers pas matures… Mon grand-père, mon parrain au sens le plus précis si bien traduit dans les engagements du baptême républicain, mon grand-père dont les écrits, plus que les récits, m’ont fait côtoyer la mort brutale des chambres de torture, des exécutions, la mort en masse des tranchées, des camps de concentration sans jamais la personnaliser, mon grand-père, mon découvreur de cette vie qu’il cultivait avec sensualité avec passion, mon grand-père a disparu…

Il nous promenait devant son futur tombeau, qu’il avait voulu grand, bien orienté, confortable, convivial sans doute…  Pour les siens, avons-nous compris ensuite. Rentré à l’hôpital, il n’en est pas ressorti, il avait donné son corps à la science, totalement, comme il s’était donné à la vie.

Je ne connaissais pas encore la mort proche et je ne me suis senti que frustré de lui, amputé mais toujours habité de ses regards, de ses sourires, de ses gravités et de ses mots.

Je ne me suis pas senti concerné par toutes les cérémonies qui ponctuèrent son souvenir officiel, sauf et là j’en suis encore, toujours particulièrement fier, de son nom offert à un groupe scolaire… Lui, le Républicain, le laïc, l’intolérant des doctrinaires, le croyant en l’Homme et le connaisseur en hommes, lui le druide convaincu de la primauté absolue de la connaissance transmise autant que de ce potentiel de bon à la Rousseau si aisément pollué par les artifices de la société, lui mettait tous ses espoirs en l’Ecole.

Aujourd’hui, un film est en cours d’élaboration à partir de lui, exactement à partir de l’homme aux multiples tranches de vie ; de l’homme aux cercles sociaux en 3 D, en même temps concentriques et sécants. Une existence de risques, de chances, de malheurs, de bonheurs, de fermeté et de tendresse, de gourmandise et de sagesse… Nous avons la chance que le maître d’œuvre de ce projet, déjà bien avancé, soit un arrière-petit-fils de notre grand père, un petit cousin réalisateur confirmé, attaché au récit des destinées des êtres ordinaires que les circonstances et le caractère ont conduit sur des routes extraordinaires…

Dans la Grande Librairie, François Busnel demanda à Jean d’Ormesson, pour reprendre le mot de Napoléon visant Châteaubriant, s’il se croyait le « centre du monde ». L’Académicien a souri en répondant : « Non, absolument non… ». Pour moi, Il avait tort ! La question aurait porté sur le « Roi du monde », le « Maître à penser du monde », bien sûr que son amusement aurait été recevable, mais pas le « centre du monde ». Chacun de nous est le centre du monde, ne se dit pas le centre du monde mais se vit ainsi. La preuve, lorsque la conscience de soi disparaît dans l’abîme du coma de la platitude cérébrale clinique, dans la mort enfin, et bien le monde n’est plus, pour moi, pour toi, pour vous, pour chacun d’entre nous, individu…

Je ne sais pas, si la conscience d’un au-delà de la porte fatale, redonne la lucidité et l’inscription en un nouveau monde… Aucun médium, et pourtant la littérature, les « témoignages » abondent, aucune résurrection ne m’a convaincu de cette renaissance.

O combien j’aurais aimé y croire parfois !

Vivre et regarder vivre me convient mieux…

25 septembre 2018

LES MOTS par RENAUD

Classé dans : BONNE PIOCHE,être — linouunblogfr @ 19 h 30 min

Les larmes, les rires, ces émotions que je ressens ne seraient pas partagées, s’il n’y avait pas les mots…

Je rencontre des personnes qui ne peuvent dire, et il faut s’inventer un autre langage parfois expressif, certains le font formidablement, pas tous… Nous les encourageons, les « traduisons » mais eux qui n’ont que leur regard, leurs gestes, savent combien est profond, souvent, le fossé du non-dit…

La chanson de Renaud est un cri que j’aime…

 

 

« Les Mots » par Renaud

C’est pas donné aux animaux, pas non plus au premier blaireau
Mais quand ça vous colle à la peau, putain qu’est-ce que ça vous tient chaud
Écrire et faire vivre les mots, sur la feuille et son blanc manteau
Ça vous rend libre comme l’oiseau, ça vous libère de tout les mots,
Ça vous libère de tout les maux

C’est un don du ciel, une grâce, qui rend la vie moins dégueulasse
Qui vous assigne une place, plus près des anges, que des angoisses.

Poèmes, chansons, brûlots, vous ouvrent des mondes plus beaux
Des horizons toujours nouveaux, qui vous éloignent des troupeaux
Et il suffit de quelques mots, pour toucher le cœur des marmots,
Pour apaiser les longs sanglots, quand votre vie part à vau-l’eau
Quand votre vie part à vau-l’eau.

C’est un don du ciel une grâce, qui rend la vie moins dégueulasse
Qui vous assigne une place, plus près des anges, que des angoisses.

Les poèmes d’un Léautaud, ceux d’un Brassens d’un Nougaro
La plume d’un Victor Hugo éclairent ma vie comme un flambeau
Alors gloire à ces héros, qui par la magie d’un stylo
Et parce qu’ils font vivre les mots, emmènent mon esprit vers le haut,
Emmènent mon esprit vers le haut.

C’est un don du ciel, une grâce, qui rend la vie moins dégueulasse
Qui vous assigne une place, plus près des anges, que des angoisses
Qui vous assigne une place, plus près des anges, que des angoisses.

14 août 2018

A tous les bénévoles de toutes les couleurs…

Classé dans : être,je pense donc...,VIVRE ENSEMBLE — linouunblogfr @ 14 h 53 min

Je suis un n’âgé comme disaient mes petites filles, c’est dire que j’avais 20 ans en 62, la bonne année chantait Claude François. J’ai le sentiment trop fort aujourd’hui, que je fus, que je suis un n’âgé qui a mal vécu, qui a trop vécu.

 

Mal vécu car, comme beaucoup de mes amis; j’ai négligé ce qui semble devoir dès lors triompher : le pouvoir et l’argent. Je suis, nous sommes passés à côté de bien des occasions d’améliorer notre compte en banque, de traduire en argent notre temps donné.

Depuis mes 20 printemps, avant si je me souviens de mes BA de scout, j’ai toujours appartenu à une puis deux puis à plusieurs associations, œuvres…. Inconscient, j’en ai même créé! Toujours au détriment de mon temps et souvent au détriment de celui de mes proches. Pire, j’ai entraîné femme, enfants, amis dans ce le bénévolat. « Bonne volonté » belle absurdité oui ! C’est certain, à l’aune d’aujourd’hui, mes cours particuliers auraient dû être payés, mes soirées d’alphabétisation pour les ouvriers d’usiniers un peu négriers, auraient dû m’enrichir, autant que mes W.E. à encadrer des jeunes loulous blousons noirs pour retaper des maisons de personnes âgées peu argentées. Et mes vacances avec ces mêmes jeunes révoltés pourquoi ne pas en avoir demandé salaire.

A ma retraite d’enseignant, 4 ans après l’âge possible, sans que ces années de supplément ne comptent le moindre pour une meilleure pension, mais parce que quitter me semblait difficile même si ma santé criait « repos », j’étais toujours accro des associations. Ensuite, incorrigible même si plus calme, j’appartiens à une Amicale dont beaucoup de mes anciennes relations sont membres, j’ai participé à une bibliothèque de village, gratuite, où contes font rêver petits et grands, à une Compagnie du Clown du théâtre pour rire et faire rire.

Bien sûr nous sommes tous des bénévoles.

Lorsque j’évalue mon patrimoine je suis certain de ne jamais craindre l’I.S.F. appelé à disparaître d’ailleurs…

Un soir d’élection, j’étais dans un bureau de vote et un « bien informé » vers 18 h 30 nous confia avoir reçu les estimations des résultats ; bien informé car ils se révélèrent exacts. Cela amena la réflexion d’un voisin connu pour son vaste parc immobilier, appartements achetés à bas prix, retapés, loués aux meilleures conditions, pas d’impôts sur le revenu mais I.S.F. : «  A partir de maintenant, je vais faire fortune même en dormant ! » Il avait raison ce brave homme au demeurant sympathique et rien aujourd’hui ne le dément.

Mes fins de mois sont celles d’un fonctionnaire retraité ordinaire. Je n’ose pas évaluer ce que j’aurais pu économiser, placer ? si mes fâcheuses habitudes de me mêler de la vie des autres à la manière de « ceux-là capables de donner leur seule chemise à un qui en a pas » pour parodier le grand Jacques.

Oui, à l’heure où le CAC 40 est le BAROMETRE, où les actionnaires importants jouent aux échecs avec des employés pour pions, où le parachutisme ne se conçoit que doré, qu’il est difficile le bénévolat. S’envisager chiffonnier d’Emmaüs, distributeur de soupe aux restos, secouriste, animateur de sport, enseignant coincé le WE par ses corrections, par des trucs à trouver pour un enfant en difficulté, directeur aidant à écrire un courrier, à servir de médiateur entre des parents divorcés devient difficile… Que d’heures bêtement gaspillées pour tous ceux qui pensent, eux, à leur lendemains et non pas au maintenant des autres…

Bilan, que me reste-t-il en dehors de mes poches légères : des souvenirs chauds, des moments intenses partagés avec des prêtres, des communistes fièrement mécréants, des élus de droite, des élus de gauche, des nantis généreux, des pauvres souriants. Des heures et des heures, côte à côte, dans le bureau d’un ministre à convaincre, d’un mécène potentiel… des rires, des émotions chaudes ou froides, des larmes de tensions apaisées, des larmes de rage…

J’ai connu le décès de mon épouse et toutes les questions perforantes : Quel temps lui ai-je accordé ? Quelles privations lui ai-je imposées ? Questions qui mènent vers le néant dont je fus détourné par un appel au secours puis par mon métier, puis par les besoins exprimés, répétés, que me lançaient les autres, ceux qui servaient toujours et ceux qui tendaient la main en regardant ailleurs par honte.  Avec mes enfants, mes petits-enfants, je suis reparti à vivre…

J’ai peur de l’orientation prise par notre société majoritaire, de ce qu’elle révèle, de cette priorité à la recherche des gains matériels, de la notoriété et non des fruits de la solidarité.

Plus que jamais, je souhaite que ceux, ils sont des milliers, dont le cœur passe avant le portefeuille, surtout s’il leur permet déjà une vie sans crainte, ne perdent pas courage. Qu’ils n’écoutent pas les cris de la foule : « Fini l’assistanat ! ». Qu’ils restent persuadés que sans leur assistanat à eux, la vie n’est plus qu’une course à la survie et que la société n’est plus que l’arène où les gladiateurs n’obtiennent la gloire et la richesse qu’en éliminant les plus faibles, après usage.

J’ai l’impression que je pourrai revivre tout mon passé, celui de mes parents, grands-parents, oncles, tantes, le présent de mes enfants, de leurs enfants, de mes amis  sans jamais y trouver le déni de l’autre ; ils ont fait, ils font … pour que l’égoïsme du veau d’or peine à se rehausser .

C’est un long message et pourtant que de phrases restées dans ma tête, je ne sais si vous le lirez, si vous le partagerez, mais, je vous le confie.

12 août 2018

L’ECOLE DU DESERT … merci Gilbert-Laurent

Classé dans : BONNE PIOCHE,être,poésies* — linouunblogfr @ 17 h 18 min

L’ECOLE DU DESERT

Du sable, des cailloux, une végétation rabougrie,

Le silence comme seul partenaire,

La ville est bien là à quelques kilomètres

Mais c’est déjà le désert.

Au milieu de ce nulle part lunaire

Trônant dans la plus vaste cours de récréation du monde

Un simple cube en pisé

Aux murs légèrement rougeâtres

Au toit en tôle ondulée.

ECOLE DU DESERT1

 Ici il ne pleut pas mais les hivers sont froids.

La passion du savoir a motivé les nomades,

De leurs mains ils ont bâti cet ilot de la connaissance.

Chaque matin des enfants délaissent leurs khaïma

Et deviennent des écoliers estimables

Avec leurs cartables colorés,

Leurs cahiers bon marché,

Leurs stylos multicolores.

Ces gamins bravent la chaleur épouvantable du printemps

Le froid insidieux des hivers de l’oriental marocain.

Qu’importe le nez qui coule, les pulls effilochés

Ils sont de bons élèves sages

Appliqués ce matin pour une leçon de tamazigh.

L’instituteur, natif d’un village voisin,

Ne cache pas sa fierté devant ce petit miracle,

Avec beaucoup d’émotion j’écoute,

J’écoute ces jeunes enfants de 6 à 12 ans

Dignes dans leurs tenues disparates

Psalmodier l’alphabet berbère.

           ECOLE DU DESERT2

Que d’abnégation de la part d’Abdel, l’instituteur,

On sent qu’il l’aime sa classe !

Ses élèves sont ses enfants

Qui un jour grâce à lui

Poursuivront peut-être leurs études dans une grande ville,

Ils échapperont pour les plus volontaires au métier de berger.

Tout cela fait chaud au cœur,

Une seule et unique classe de 12 m2,

Et même si les conditions matérielles sont basiques

Elles ne rebutent personne,

Surtout pas Abdellatif

Et son envie de transmettre ses connaissances.

C’est à regret que je quitte

L’Ecole du Désert de BOUARFA

Et souhaite bonne chance à mon ami Abdel.

           ECOLE DU DESERT3

 

Gilbert-Laurent LAVAGNE 25/09/2014

11 août 2018

Oublis…

Classé dans : être,poésies* — linouunblogfr @ 18 h 18 min

Poème d’Alzeihmer

Auteur inconnu

 

Ne me demande pas de me rappeler,
N’essaie pas de me faire comprendre
Laisse moi me reposer.
Fais moi savoir que tu es avec moi
Embrasse mon cou et tiens ma main
Je suis triste malade et perdu,
Tout ce que je sais
C’est que j’ai besoin de toi,
Ne perds pas patience avec moi ,
Ne sacre pas, ne crie pas, ne pleure pas,
Je n’y peux rien de ce qui m’arrive,
Même, si j’essaie d’être différent
Je n’y arrive pas.
Rappelle toi que j’ai besoin de toi,
Que le meilleur de moi est parti
N’abandonne pas, reste à mes côtés ,
Aime moi jusqu’à la fin de ma vie.

L’OUBLI

 Jean -Claude FAGES

 Des souvenirs  fugaces, lui reviennent encore

Les phrases qu’il exprime, ne sont plus en accord

Quand les mots dans sa tête, font un sacré vacarme

On détourne les yeux, pour essuyer nos larmes

 

Les jours et les années, se perdent dans les nues

Il nous regarde encore, et ne reconnait plus

Il confond nos visages, mais il entend  nos voix

Chaque regard pour lui, est une première fois

 

Lui, il est dans son monde, où plus rien ne fleurit

Même après tant d’années, il s’attache à la vie

Il  esquisse un sourire, mais perd le fil des mots

Il ne peut dans sa tête, démêler l’écheveau

 

Il arrive parfois, dans ses pensées soudaines

Qu’on entende  le murmure d’une douce fredaine

Et du fond de ses yeux, on le voit qui sourit

Pour un  instant très court, puis, retombe dans l’oubli

 

Car les journées qui passent, sont pour lui toutes les mêmes

Quant la vieillesse arrive, et qu’elle  nous entraîne

Il faut vivre chaque jour, sans jamais oublier

D’embellir au présent, les  vertus du passé

 

31 juillet 2018

jardinier…

Classé dans : être — linouunblogfr @ 18 h 27 min

jardinier

7 juillet 2018

Écrire selon Juliette.

Classé dans : être — linouunblogfr @ 21 h 42 min

écrire             Écrire… Écrire pour s’envoler, écrire pour oublier, écrire pour dénoncer, écrire pour vivre. S’exprimer, laisser libre court à son imagination, frotter doucement sa plume sur son papier, faire glisser passionnément son stylo sur son cahier, taper machinalement sur les touches de son clavier. Ne pas revenir en arrière, ne jamais regretter ni même appréhender. S’identifier à ses personnages, se reconnaître dans chaque tâche d’encre, suffoquer, rire, pleurer… Puis souffler. Souffler de bonheur, se sentir rassuré, perdu, amoureux. Voilà ce à quoi s’engage un écrivain, voilà ce dont il doit être capable. Voyager et faire voyager, détester et faire détester, apprécier et faire apprécier. Et ce uniquement grâce à la magie des mots. Puis finalement écrire pour laisser des traces, des idées, des souvenirs. Écrire pour ne jamais être oublié et pour que l’on n’oublie jamais. Une différence subtile, certes, mais ne valait-elle pas la coup d’être écrite ?

4 juillet 2018

VIEILLIR

Classé dans : être — linouunblogfr @ 22 h 44 min

Vieillir

Extrait de son livre paru en avril 2011 : Les mots de ma vie de Bernard Pivot         

            Vieillir, c’est chiant. J’aurais pu dire : vieillir, c’est désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible, c’est déprimant, c’est mortel. Mais j’ai préféré « chiant » parce que c’est un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste. Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira. Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance. On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant. On était bien dans sa peau. On se sentait conquérant. Invulnérable. La vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien. Même à soixante. Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.

Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps – mais quand – j’ai vu le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l’âge qu’ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge. J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard. Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables. Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge. Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants. « Avec respect », « En hommage respectueux », Avec mes sentiments très respectueux ». Les salauds! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect? Les cons! Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus

Un jour, dans le métro, c’était l

Vieillir

Extrait de son livre paru en avril 2011 : Les mots de ma vie de Bernard Pivot         

            Vieillir, c’est chiant. J’aurais pu dire : vieillir, c’est désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible, c’est déprimant, c’est mortel. Mais j’ai préféré « chiant » parce que c’est un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste. Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira. Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance. On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant. On était bien dans sa peau. On se sentait conquérant. Invulnérable. La vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien. Même à soixante. Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.

Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps – mais quand – j’ai vu le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l’âge qu’ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge. J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard. Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables. Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge. Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants. « Avec respect », « En hommage respectueux », Avec mes sentiments très respectueux ». Les salauds! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect? Les cons! Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus

Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place. J’ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. « Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J’ai pensé que… » Moi aussitôt : «Vous pensiez que…? — Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir. – Parce que j’ai les cheveux blancs? – Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ç’a été un réflexe, je me suis levée…– Je parais beaucoup beaucoup plus âgé que vous? –Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge… –Une question de quoi, alors? – Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois…» J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.
        Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni à la sexualité, ni au rêve. Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises. C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent. C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie. La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce. J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’adagio du Concerto no 23 en la majeur de Mozart, soit, du même, l’andante de son Concerto no 21 en ut majeur, musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà. Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés. Nous allons prendre notre temps. Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement. Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années? En mois? En jours? Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital. Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération. Après nous, le déluge? Non, Mozart

compagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.
        Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni à la sexualité, ni au rêve. Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises. C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent. C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie. La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce. J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’adagio du Concerto no 23 en la majeur de Mozart, soit, du même, l’andante de son Concerto no 21 en ut majeur, musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà. Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés. Nous allons prendre notre temps. Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement. Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années? En mois? En jours? Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital. Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération. Après nous, le déluge? Non, Mozart

 

20 juin 2018

OBJETS INANIMÉS QUI S’ATTACHENT A MON ÂME…

Classé dans : être — linouunblogfr @ 22 h 01 min

Un objet banal, qui ne soit imprégné ni d’émotion ni de nécessité : pas une pipe allumée autour d’une table de copains ou dans la cour de récré en hiver, pas un stylo ou une souris qui portent mes pensées, pas une clef cent fois cherchée, cent fois retrouvée en évidence, pas un livre non plus, lu et gravé, oui en réserve vitale, pour plus tard…

Objet permanent à l’utilité prétexte et au toucher familier… je ne vois guère qu’un couteau, tapi au fond d’une poche, de ma pochette puisqu’il est suspect de porter une lame sur soi…

Mon premier,  je le dois à mon grand-père ; deux lames pivotantes opposées bout à bout, coincées entre deux plaques de laiton ciselé d’un arbre et d’un chien, jaune cuivré presque doré…

Choisi à mon entrée au CP, chez la quincaillière parmi des centaines de trésors sous verre. Bâtons épointés, écorces sculptées, ronces sabrées,. Et coupe que je te taille !  Pichenettes aussi sur le bord d’un fossé et dans la terre de la cour… Pas d’interdit scolaire alors… et puis, présence au bout des doigts, lecture braille de ses moulures dans les moments de silence…

J’en ai possédé d’autres ; j’en ai toujours, Laguiole, Opinel, multifonctions suisses, coutelas même en ma période scoute…  J’en possède encore, mais plus toujours sous la main… De même que mes pipes dorment de leur retraite forcée, mes couteaux n’ont plus guère l’occasion de s’ouvrir. Si, un Opinel maintes fois aiguisé, incontournable en chaque préparatif de bricolage et un vieux canif noir polyvalent, à proximité lorsque je bouge, à pied, à vélo, en voiture, en train… pas en avion. L’un de ses pareils me fut retenu au départ et avait disparu à l’arrivée…

Je suis devenu grand avec le couteau de confiance de mon grand-père…

Jamais je n’ai oublié de donner ma pièce, notamment pour celui reçu cet été, ce magnifique Pradel d’Auvergne, pour ne pas rompre l’amitié avec celui, celle qui m’offrait une lame.…

Autre « chose » inanimée qui a pourtant une âme à partager avec la mienne… Un objet que ma mémoire, mon présent et sans doute mon futur ne pourraient ignorer, ce sont mes lunettes…

Elles sont à califourchon sur mon nez depuis la maternelle, mes trois ans environ… Je Plus qu’un accessoire utile, au-delà de leur évidente nécessité…

Leur présence m’a conduit à un geste réflexe : un index sous le mitan de la monture pour la toucher, la sentir plus que par besoin de la consolider ou la remonter… Il m’arrive d’avoir ce mouvement même le visage nu.

Lorsque j’ai eu l’obligation de corriger mes problèmes de cataracte, l’ophtalmo m’a suggéré d’en profiter pour effacer totalement ma myopie donc me passer de verres correcteurs… J’ai préféré conserver une vue de loin un peu faible, réserver à la lecture mes seuls yeux mais ne pas m’alléger de la pression de mes lunettes…

Ni mon nez, ni mes oreilles, ni ma main n’auraient pu s’y résoudre… Alors mon esprit !

Certains anciens copains, rencontrés après bien des années, des rides et des kilos, m’ont reconnu à ce tic…

 

 

S’il et un autre objet parmi mes indispensables inutilités qui s’impose à moi, c’est certainement ma tignasse… Plus longuement que pour mes lunettes, c’est vers elle que  lorsque le doute, l’attente, la perplexité, la lecture, l’ensommeillement, la réflexion longue s’installent… que je me tourne.

Je suppose que bébé chevelu, elle me tint lieu de pouce. Elle, si libre, si enchevêtrée aujourd’hui, fut jusqu’à ma douzième année, le temps de ma communion, photos s’il vous plait, un balai brosse en épis bruns dressés sur mon crâne.

Ma mère, lorsque j’étais mouflet, allait jusqu’à me mettre des rouleaux…

Avec ma puberté, l’âge des poils, elle a obtenu un garçon semblable à son portrait perso, il en sera de même avec le métier… pas de personnalité ce mec !

Que d’examens, nous avons subi ensemble, médicaux, sentimentaux, sociaux, mes cheveux et moi !

Instinctivement, comme d’autres clignent des yeux, toussotent, moi je glisse vers mes lunettes, les pointe puis enroule une boucle avant de crocher dans la chevelure.

Avec l’adolescence, ils ont donc répondu aux vœux maternels, je bouclais dru !

En fait, diraient mes petits enfants, leur aspect importait moins que leur contact. la consigne chez le coiffeur est la même à 75 ans qu’à16 ans : libres et pas trop courts.. Présents !

J’ai essayé  la barbe ; c’est une présence aussi mais trop longue à devenir palpable, trop difficile à, entretenir…         Non, mes cheveux, doux eu rêches lorsque tarde le shampoing, sont dans leur invisibilité hors miroir, mon doudou de grand.

Premiers servis par la pluie, par le soleil aussi, ils me font grogner mais m’obligent à leur donner mon attention. Je leur dois bien ça !

Chauve, la patinoire de mon crâne aurait-elle le même confort à offrir à ma main ?

Je m’y perdrai moins mais quel manque !

 

 

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Victor Coudesabot |
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