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21 mai 2019

DIFFERENTS

Classé dans : philosophie,VIVRE ENSEMBLE — linouunblogfr @ 18 h 37 min

LA DIFFERENCE

Où n’est elle pas ?

Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Pour Rousseau, la liberté est le fondement de la condition humaine.

Puisque tous les humains sont libres et égaux par nature, ils devraient également l’être au sein de l’État. Rousseau différencie alors liberté naturelle, civile et morale :

• Dans l’état de liberté naturelle illimitée, tout être vivant, en fait, ne peut pas vraiment être libre, car il est esclave de ses impulsions et de ses besoins vitaux propres.

• L‘être humain n’est vraiment libre qu’à partir du moment où il décide directement, de se conformer à des lois qu’il s’impose lui-même, des rites de vie.

Dans l’état de collectivité, il vit en interaction avec les autres, soit en égoïste, soit en accord relationnel.

Dans le premier cas il est en confrontation, dans le second en adaptation.

Alors, il renonce consciemment à la liberté naturelle en faveur des libertés civiles et morales. Il s’organise dans un État et se conforme aux lois qu’il se dicte à lui-même.

Sa liberté s’arrête lorsqu’il nuit à autrui!

Tous les individus possèdent le droit de participer à la vie politique sur un pied d’égalité. C’est ainsi, d’après Rousseau, que naît un État qui prend des décisions en fonction du bien commun. Le droit à la liberté est la base de l’État, sans lui, il ne serait pas envisageable.

Texte de réflexion :

«Il est aisé de voir qu’entre les différences qui distinguent les hommes, plusieurs passent pour naturelles qui sont uniquement l’ouvrage de l’habitude et de divers genres de vie que les hommes adoptent dans la société.

Ainsi, un tempérament robuste ou délicat, la force ou la faiblesse qui en dépend, viennent souvent plus de la manière douce ou efféminée dont on a été élevé, que de la constitution primitive des corps. Il en est de même des forces de l’esprit, et non seulement l’éducation met de la différence entre les esprits cultivés et ceux qui ne le sont pas, mais elle augmente celle qui se trouve entre les premiers à proportion de la culture ; car qu’un géant et un nain marchent sur la même route, chaque pas qu’ils feront l’un et l’autre donnera un nouvel avantage au géant. Or, si l’on compare la diversité prodigieuse d’éducations et de genres de vie qui règnent dans les différents ordres de l’état civil avec la simplicité et l’uniformité de la vie animale et sauvage, où tous se nourrissent des mêmes aliments, vivent de la même manière et font exactement les mêmes choses, on comprendra combien la différence d’homme à homme doit être moindre dans l’état de nature que dans celui de la société, et combien l’inégalité naturelle doit augmenter dans l’espèce humaine par l’inégalité d’institution.»

Rousseau, Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes.

 

J’ai pris connaissance, par curiosité du concours de nouvelles lancé cette année par le Loir littéraire… Coïncidence, j’avais participé, peu de temps avant, à un Philocafé dans une médiathèque sur le thème « Différents mais égaux. Pourquoi les êtres humains, tous différents, sont-ils égaux ? »

Je l’avais trouvé formidable par la diversité des intervenants et par la richesse des échanges. Les arguments, parfois même les convictions opposés ne voulaient pas convaincre mais exposer, libérer aussi sans doute.

Bien sûr le thème n’avait rien de nouveau et c’est une discussion avec mes petites filles étudiantes post bac qui m’a ramené à la juste mesure :

Tu es tenté d’écrire sur le sujet (la preuve), moi aussi, plein d’autres certainement, d’ailleurs mes étagères plient sous les bouquins de philo et rares sont ceux qui ne traitent pas de nos différences… Vrai de même que depuis les premiers signes expressifs gravés sur les murs des grottes jusqu’au dernier roman à sortir demain, tout n’est que mise en évidence de différences.

 

La seule évidence est que chacun de nous, roseau pensant, quel que soit son degré de pensée, est un être unique : « Je pense donc je suis moi. ».

J’en étais là de mon renoncement lorsque je fus reboosté par deux événements ; à titre individuel, nos rebonds sont toujours des événements.

 

Le premier date d’il y a un peu plus d’un mois ; l’installation sous nos fenêtres, le long du quai du canal de deux bateaux abritant de jeunes marginaux sous le pavillon flottant des pirates.

Puis, décidément la médiathèque joue bien son rôle de malle aux trésors, l’emprunt d’un livre exposé. Pas récent, déjà beaucoup lu et loué, depuis 1960, mais inconnu pour moi : «  Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » de Harper Lee. Je ne vous en parlerai pas plus, ce n’est pas le lieu mais sachez qu’il deviendra mon second roman « à portée de main ». Il m’a ramené vers la Différence en une phrase : « La différence naît du regard que l’on porte sur les autres », avec pour référence le regard que l’on porte sur soi. Simpliste dans la verbalisation, complexe dans la réalité.

Après vient le jugement, voire la condamnation.

 

J’en étais là de mes cogitations quand, un matin, de bonne heure, légale sans doute, des policiers embrassardés ont embarqué sur les bateaux. L’arrivée des forces de l’ordre, la scène violente qui s’en suivit lorsque les deux jeunes voulurent se débattre, ne dura pas longtemps. Les chiens enfermés dans une cabine, les jeunes menottés poussés dans les voitures, le quai reprit son calme…

J’avais déjà eu l’occasion de discuter avec le jeune homme et la jeune femme. Ils me rappelaient bien des séquences de ma jeunesse et surtout bien des moments de notre MJC, de mes classes de grands ados dits inadaptés… Bien des étapes de leur entrée en société avec souvent des suites apaisées mais aussi des épisodes tumultueux voire brutaux.

… Les nautoniers se disaient « libres », voire rebelles et les juges riverains se disaient atteints dans leurs droits au calme, à la sécurité…

Jugements sur des modes de vie, de générations, de peurs : « Diable, si des migrants colorés avaient choisi cette base de campement, où en serions nous ?… » Pétitions, démarches en mairie, auprès des journaux… L’eau des colères non dites, sait-on jamais, frissonne longtemps avant de bouillir chez un impétueux meneur…

 

Avec eux ces jeunes différents de vie,  j’ai évoqué les regards de chaque fenêtre tournés vers eux, indulgents ou faussement indifférents, mais aussi condamnatoires. Inquiets, nous l’étions tous, au moins pour deux raisons : leurs 4 chiens vagabonds, hostiles aux nombreux promeneurs des rives puis les regroupements nocturnes peu discrets et enfin la perspective de l’agrandissement de leur communauté. Ils m’ont rassuré, sans doute pour que je transmette : les chiens seront maintenus, les rassemblements se feraient ailleurs… Pas question de communauté, des copains seulement…

Depuis le voisinage allait cahincaha mais sans écueils…

Sauf entre nous, les observateurs établis ou de passage.

« Enfin quand même, vous ne direz pas le contraire : ils sont différents de nous, non ?

-                  Vous n’avez pas eu leur âge et envie de vous extraire de la société parfois ?

-                  Envie de vivre à nos crochets, vous voulez dire, en faisant des pieds de nez !

-                  Ils vous dérangent vraiment ?

-                  Par tous les sens, oui ! Et par leur paresse et par leurs regards moqueurs…

-                  La paresse, c’est discutable, moi je les vois souvent trimballer de l’eau, nettoyer les chiens, leurs traces. D’accord, on les croise sur le marché accroupis ou donnant un coup de main pour une cagette de fruits par exemple ; d’accord, ils palabrent beaucoup, comme nous d’ailleurs…. Puis c’est leur choix, ils ne volent rien.

-                  Deux expressions à retenir, une très grosse : leurs regards et l’autre, vite démentie – ils ne volent rien.

La seconde affirmation se fissura lorsque la BAC les emporta : drogue, consommée, dealée ; pas de précision mais un jugement rapide pour le garçon. 8 mois de prison, me dit la fille à son retour. « Pour bagarre, précisa-telle »

-                  Je n’ai pas essayé d’en savoir plus, mais tout cela me paraissait bien rapide et conséquent pour de simples rixes ou rébellion.

Par contre le regard ressenti lancé, goguenard, par mes interlocuteurs me ramenèrent vers l’oiseau moqueur. Oui, notre regard vers eux affirme leur différence mais surtout leur regard les inscrits dans nos jugements sans circonstances atténuantes : ils sont autres

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Victor Coudesabot |
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