Réfléchir et dire… un peu

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26 avril 2018

Lettre de Stéphane Hessel à son petit-fils .

Classé dans : Non classé,VIVRE ENSEMBLE — linouunblogfr @ 22 h 06 min

 

A partager avec vous une belle lettre de Stéphane HESSEL écrite en 2004.

Stéphane Hessel (20 octobre 1917 – 27 février 2013), résistant de la première heure, rescapé des camps de la mort, est devenu un diplomate engagé sur les droits de l’homme, la question des « sans-papiers » ou le conflit israélo-palestinien. L’auteur du best-seller politique Indignez-vous ! (2010), manifeste du mouvement des indignés, est un homme de famille attentif à la transmission de l’Histoire.

Mon Daniel, ça y est ! Elle est donc née, Marie, elle fait de moi un arrière-grand-père. ça fait un mois que j’y pense tous les jours et que je résiste à l’envie d’en parler avec toi. Quelque chose m’intimide devant cette échéance qui me coiffe du bonnet du patriarche.

Je n’ai sûrement pas été un bon grand-père pour toi: ta vie débordante de musique, de voyages, de rencontres, d’échecs et de triomphes, j’aurais dû y être plus présent, plus mêlé. La mienne déjà si longue charrie encore trop d’engagements. Nos contacts ont été des moments de joie, de tendresse, de rigolade, pas de méditation.

Cette naissance appelle de la méditation, pas seulement de l’émerveillement joyeux. Je vais peut-être te sembler tout à coup bien pontifiant. Ce n’est pas mon habitude. Mais tu ne mesures peut-être pas l’importance du coup que tu as réussi et dont je suis jaloux.

Tu es déjà toi-même le produit d’apports multiples. Tes deux grands-pères viennent l’un de Berlin, l’autre de Chinon et leurs ascendants de Saint-Pétersbourg, de Londres et de Tulle. Mais ce que ta compagne Leïla apporte à cet enfant est inestimable: l’Orient des tziganes et l’Afrique de la Mauritanie. Marie sera donc le fruit d’un vrai métissage. Elle sera un passeur et je compte sur toi pour développer en elle cette qualité, la rendre fière de la diversité de ses composantes. Dans les replis de ce siècle encore jeune mais déjà compliqué, elle aura l’occasion d’en faire usage et profit.

Un jour quand elle aura vingt ans, elle tombera sur une camarade qui étudie l’histoire de France du XXe siècle, si loin déjà mais riche encore de massacres recensés et où les historiens auront repéré une date, 1944, et un drôle d’organisme clandestin qui, en pleine guerre, a réfléchi sur l’après-guerre et qui s’est appelé Conseil national de la Résistance. En 2024 Marie aura vingt ans et ce sera le quatre-vingtième anniversaire du programme du CNR. Il ne restera plus personne depuis longtemps qui ait vécu cette époque. Mais avec les formidables progrès qu’aura faits l’archivage historique, il y aura bien un chercheur pour cliquer sur son ordinateur et découvrir sur son écran l’Appel lancé à quelques jours de la naissance de Marie lors du soixantième anniversaire de ce texte par une bande de camarades de la Résistance.

Et nous supposerons qu’alors sa camarade à elle lui dira: « je vois que ton grand-père a signé cet appel et qu’il était un résistant ».

Elle se retournera vers toi et te demandera ce que cela veut dire. J’aimerais que tu lui fasses une réponse qui stimule son intérêt pour ce vocable. Parce que c’est un vocable précieux, à mon sens, pour une jeune femme du XXIe siècle, pour celle que sera devenu ce fragile et vaillant bébé que nous avons vu hier reposant entre les mains larges et noires de Leïla.

De moi, si elle te pose la question, tu peux lui dire ceci: ton arrière-grand-père a eu beaucoup de chance. Quand il a eu vingt ans le monde ne s’était pas débarrassé de la détestable habitude de faire des guerres pour faire triompher une nation, une race, une idéologie. Et ayant en face de lui un fou dangereux qui voulait subjuguer toutes les autres races à la race aryenne (comme elle aura appris l’histoire du XXe siècle à l’école elle saura de qui tu parles) mon grand-père n’avait aucune hésitation pour savoir à qui et à quoi il s’agissait pour lui de résister. Reste la question du comment. Si ta camarade a parlé de lui comme d’un résistant, c’est que les hasards et les chances dont il a bénéficié lui ont permis de reprendre le combat. Tant d’autres auraient voulu le reprendre et en ont été empêchés. Tant d’autres ont été bien contents de ne pas le reprendre. Il a pris des risques, a failli plusieurs fois y laisser la peau, a donné du fil à retordre à l’ennemi, a survécu.

Tu tâcheras de raconter ça le plus sobrement possible à Marie pour qu’elle y voie une jolie légende (tu enjoliveras un peu pour qu’elle ne s’ennuie pas trop).

Mais ensuite tu lui poseras les vraies questions sur la « résistance ». « Et toi, lui demanderas-tu, à quoi as-tu envie de résister ? »

Ne la guide pas trop dans sa réponse. Laisse parler son instinct poétique, ses émotions adolescentes.

Ce n’est évidemment pas à moi, ni non plus à toi de définir pour Marie ce qui l’indigne, ce qui l’enthousiasme, ce au nom de quoi et à quoi elle veut résister.

Et je te rends attentif, ici, à la vitesse à laquelle les problèmes du monde évoluent, se renouvellent, se transforment et comme il est difficile (impossible !) de prévoir quels seront les défis de 2024.

Nous sentons bien que de grandes explosions techniques, scientifiques, peut-être morales sont en cours, ou – plus grave encore – en attente. Des impatiences. Des tentations violentes. Des crispations communautaires, ce sont les pires !

Mais aussi des avancées patientes et courageuses dans le domaine du savoir sur l’homme, sur son inhumanité à résorber, un épanouissement peut-être de cette géopoétique dont le grand écrivain franco-britannique Kenneth White est le prophète.

En vingt ans, le monde aura forcément beaucoup changé. Vois comme il n’a déjà plus rien à voir avec celui où nous avons élu François Mitterrand à la présidence et l’avons accompagné jusqu’au Panthéon, une rose à la main.

Pas question donc de décider à quoi Marie devra – ou surtout voudra – résister. Mais sois sûr que la jeune  femme qu’elle sera devenue, enfant du Nord et du Sud, de l’Orient et de l’Occident, saura peser ses choix.

Dis-lui alors simplement de la part de son arrière-grand-père qu’elle ne deviendra elle-même et heureuse et forte qu’en refusant fermement de se plier à une pente des choses qui lui sera présentée comme inévitable ou à donner son aval à une situation qui la choque mais qu’on lui dira irrémédiable. De quelque direction que soufflera le vent de l’histoire, c’est la façon courageuse dont Marie tendra sa voile qui fera d’elle la navigatrice dont on s’accordera à dire qu’elle est une vraie résistante. Et la déesse de l’amour, la plus exigeante de toutes, lui prodiguera sa protection. Mais voilà, cher Daniel, que par ce vent je me laisse emporter.

Pardonne-moi: j’aurais dû résister.

Stéphane Hessel

23 avril 2018

ANNIVERSAIRE

Classé dans : VIVRE ENSEMBLE — linouunblogfr @ 22 h 35 min

J’ai un profond respect des dates d’anniversaires,
Ces portes que le temps dispose autour de nous,
Pour ouvrir un instant nos cœurs à ses mystères,
Et permettre au passé de voyager vers nous.
Anniversaire… Que d’avis exprimés qui se résument par j’aime et je n’aime pas, parfois en accusant ces marques du calendrier d’être fautives du temps passé, du vieillissement présent, parfois aussi d’être des empreintes douloureuses… d’autres aiment parce qu’elles sont au contraire significatives de durée de vie, des peintures persistantes, même si pâlies, de temps éphémères heureux…

Les anniversaires, ce sont des portes, que l’on découvre successivement dans le couloir de l’existence, ces portes nombreuses, très nombreuses… Nous n’en ouvrons que quelques-unes, les autres resteront un mystère, mais celles franchies tissent notre passé et marquent durablement notre mémoire de route… Notre journal de vie s’écrit avec ces dates d’anniversaires et les saluer non seulement le ponctue, mais surtout leur donne un renouveau, plein de continuité et parfois de souhait en un mieux…

Si l’oubli est impossible, demain peut au moins le rendre moins présent par d’autres actions, d’autres sentiments…

 

22 avril 2018

Je crois en la vie…

Classé dans : je pense donc... — linouunblogfr @ 22 h 13 min

Je crois en la vie, même si je la gaspille souvent. Je crois en la vie parce qu’elle est mouvement, même dans une cellule, même dans la chambre close du seul esprit. Je crois à la vie parce que je suis…

J’ai acquis la certitude de la mort, connaissance longtemps refoulée par l’élan même de la vie. Littéraire, platonique, virtuelle dirait-on plus aujourd’hui, elle s’est imposée à moi, brisant les piliers de mes ignorances avec la force d’un tsunami que rien ne peut contenir. Bien sûr, comme  et pour cette vague il y a les lendemains de convalescence, de reconstruction mais jamais d’oubli de la leçon…

Ces leçons furent variées, la première qui m’ait frappé, était une disparition, celle de mon maître en éducation, de mon maître en découverte, en reconstruction, mon « Si tu peux… », longuement récité, appliqué dans le tumulte de mon enfance, les émois er incertitudes de mon adolescence et mes premiers pas matures… Mon grand-père, mon parrain au sens le plus précis si bien traduit dans les engagements du baptême républicain, mon grand-père dont les écrits, plus que les récits, m’ont fait côtoyer la mort brutale des chambres de torture, des exécutions, la mort en masse des tranchées, des camps de concentration sans jamais la personnaliser, mon grand-père, mon découvreur de cette vie qu’il cultivait avec sensualité avec passion, mon grand-père a disparu…

Il nous promenait devant son futur tombeau, qu’il avait voulu grand, bien orienté, confortable, conviviale sans doute…  Pour les siens, avons-nous compris ensuite. Rentré à l’hôpital, il n’en est pas ressorti, il avait donné son corps à la science, totalement, comme il s’était donné à la vie.

Je ne connaissais pas encore la mort proche et je ne me suis senti que frustré de lui, amputé mais toujours habité de ses regards, de ses sourires, de ses gravités et de ses mots.

Je ne me suis pas senti concerné par toutes les cérémonies qui ponctuèrent son souvenir officiel, sauf et là j’en sui encore, toujours particulièrement fier, de son nom offert à un groupe scolaire… Lui, le Républicain, le laïc, l’intolérant des doctrinaires, le croyant en l’Homme et le connaisseur en hommes, lui le druide convaincu de la primauté absolue de la connaissance transmise autant que de ce potentiel de bon à la Rousseau si aisément pollué par les artifices de la société, lui mettait tous ses espoirs en l’Ecole.

Dans la Grande Librairie, François Busnel a demandé à Jean d’Ormesson, pour reprendre le mot de Napoléon visant Châteaubriant, s’il se croyait le « centre du monde ? ». L’Académicien a souri en répondant non, absolument non. Il a tort ! La question aurait porté sur le « Roi du monde », le « Maître à penser du monde », bien sûr que son amusement aurait été recevable, mais pas le « centre du monde ». Quiconque est le centre du monde, ne se dit pas le centre du monde mais se vit ainsi. La preuve, lorsque la conscience de soi disparaît dans l’abîme du coma de la platitude cérébrale clinique, dans la mort enfin, et bien le monde n’est plus, pour moi, pour toi, pour vous, pour chacun d’entre nous, individu…

Je ne sais pas, si la conscience d’un au-delà de la porte fatale, redonne la lucidité et l’inscription en un nouveau monde… Aucun médium, et pourtant la littérature, les « témoignages » abondent, aucune résurrection ne m’a convaincu de cette renaissance.

O combien j’aurais aimé y croire parfois !

 

17 avril 2018

GACHIS

Classé dans : Non classé — linouunblogfr @ 22 h 45 min

On comprend l’esprit, celui qui a conduit à tant de belles réformes sociales ; on comprend les objectifs, mais difficilement les chemins choisis pour les atteindre… Un peu comme une religion dont on garderait la foi en doutant du clergé. Je pense à l’Ecole surtout, que de belles idées ! Que de gâchis créés en mettant la charrue avant les bœufs et en oubliant qu’à la base, c’est d’abord une équipe cohérente intégrée dans une communauté interactive ! Entendre, bon c’est sans doute fait… Écouter, c’est moins visible !

13 avril 2018

la poésie merci Jean Claude

Classé dans : Non classé — linouunblogfr @ 11 h 13 min

    La poésie

  Pouvoir donner au texte une forme expressive

 Obtenir quelques vers quand les mots se parsèment

 Écouter la cadence des rimes alternatives

 Saisir l’alexandrin pour rythmer le poème

 Introduire du réel d’ne manière brève

 Et de l’imaginaire au travers de ses rêves

9 avril 2018

Une éducation au Vivre ensemble et à l’altruisme.

Classé dans : EDUQUER — linouunblogfr @ 21 h 48 min

Une éducation au Vivre ensemble et à l’altruisme.

 

Oui à l’Education à l’altruisme par le pragmatisme !

Par l’interaction dans les apprentissages, dans les projets établis ensemble, mis en œuvre ensemble…

Par les réflexions, les soutiens mutualisés…

Par la réalité de groupes d’action, classes, écoles qui fonctionnent en symbiose et en complémentarité,…

Par la mise en place de réflexes pour faire appel en cas de besoin autant que de répondre à cet appel…

Alors vivre ensemble devient une force qui construit chacun non par les dits, mais par le vécu… Ce qui n’exclut ni les débats, ni les affirmations individuelles mais simplement les intègre dans la convivialité. Cela conduit, durant tout un cycle, durant toute la scolarité dans l’établissement qui vit ainsi vers une éducation de chacun à être vigilant pour les autres ; tant pour en recevoir, chaque moi en a besoin, que pour donner, chaque toi, chaque vous, chaque tous en ont besoin.

Utopie ? Je ne crois pas et je suis même certain que nombre d’enseignants, d’animateurs s’emploient à en faire une réalité…

Difficile ? Oh oui, car même une société en danger refuse d’en faire un besoin de l’immédiat.

Nous sommes dans un monde où accumuler des connaissances, des biens, paraît plus nécessaire que s’assurer des savoir être, des savoir mettre ensemble…Un monde où le bénévole, l’altruiste est taxé de naïveté quand il n’est pas soupçonné de tromperie…

L’éducation à l’altruisme pour s’épanouir ensemble est vitale, et elle ne dépend pas de programmes, d’instructions, qui ne peuvent qu’en bénéficie, mais bien de la qualité de ses équipes pédagogiques…

Il ne s’agit pas de vivre en essaim ou de préparer le Meilleur des Mondes mais de donner à chaque individu la capacité de développer ses talents en ne niant pas ceux des autres mais au contraire en s’y ajustant.

Alors, peut-être que cette attention à tous deviendra une attention fraternelle à celle qui nous porte, nous supporte, notre Terre.

 

8 avril 2018

La Dernière Classe » (Alphonse Daudet)

Classé dans : BONNE PIOCHE — linouunblogfr @ 22 h 00 min

 
Rappel: Daudet  est né à Bezouce ( Gard ) entre Remoulins et Nîmes

 

La Dernière Classe »

(Alphonse Daudet)

 Ce matin-là j’étais très en retard pour aller à l’école, et j’avais grand peur d’être grondé, d’autant que M. Hamel nous avait dit qu’il nous interrogerait sur les participes, et je n’en savais pas le premier mot. Un moment l’idée me vint de manquer la classe et de prendre ma course à travers champs.

Le temps était si chaud, si clair.

On entendait les merles siffler à la lisière du bois, et dans le pré Rippert derrière la scierie, les Prussiens faisaient l’exercice. Tout cela me tentait bien plus que la règle des participes ; mais j’eus la force de résister, et je courus bien vite vers l’école.
En passant devant la mairie, je vis qu’il y avait du monde arrêté près du petit grillage aux affiches.

C »est de là que nous sont venues toutes les mauvaises nouvelles, les batailles perdues, les réquisitions, les ordres de kommandantur.

Et je pensai sans m’arrêter : « Qu’est-ce qu’il y a encore ? »

Alors, comme je traversais la place en courant, le forgeron Wachter, qui était là avec son apprenti en train de lire l’affiche, me cria :

– « Ne te dépêche pas tant, petit ; tu y arriveras toujours assez tôt à ton école ! »
Je crus qu’il se moquait de moi, et j’entrai tout essoufflé dans la petite cour de M. Hamel.
D’ordinaire, au commencement de la classe, il se faisait un grand tapage qu’on entendait jusque dans la rue, les pupitres ouverts, fermés, les leçons qu’on répétait très haut tous ensemble en se bouchant les oreilles pour mieux apprendre, et la grosse règle du maître qui tapait sur les tables :

« Un peu de silence ! »

Je comptais sur tout ce train pour gagner mon banc sans être vu; mais justement ce jour-là tout était tranquille, comme un matin de dimanche. Par la fenêtre ouverte, je voyais mes camarades déjà rangés à leurs places, et M. Hamel, qui passait et repassait avec la terrible règle en fer sous le bras. Il fallut ouvrir la porte et entrer au milieu de ce grand calme. Vous pensez, si j’étais rouge et si j’avais peur !

Eh bien, non. M. Hamel me regarda sans colère et me dit très doucement :
« Va vite à ta place, mon petit Frantz ; nous allions commencer sans toi. »

J’enjambai le banc et je m’assis tout de suite à mon pupitre. Alors seulement, un peu remis de ma frayeur, je remarquai que notre maître avait sa belle redingote verte, son jabot plissé fin et la calotte de soie noire brodée qu’il ne mettait que les jours d’inspection ou de distribution de prix. Du reste, toute la classe avait quelque chose d’extraordinaire et de solennel. Mais ce qui me surprit le plus, ce fut de voir au fond de la salle, sur les bancs qui restaient vides d’habitude, des gens du village assis et silencieux comme nous, le vieux Hauser avec son tricorne, l’ancien maire, l’ancien facteur, et puis d’autres personnes encore. Tout ce monde-là paraissait triste; et Hauser avait apporté un vieil abécédaire mangé aux bords qu’il tenait grand ouvert sur ses genoux, avec ses grosses lunettes posées en travers des pages.

Pendant que je m’étonnais de tout cela, M. Hamel était monté dans sa chaire, et de la même voix douce et grave dont il m’avait reçu, il nous dit :

« Mes enfants, c’est la dernière fois que je vous fais la classe. L’ordre est venu de Berlin de ne plus enseigner que l’allemand dans les écoles de l’Alsace et de la Lorraine… Le nouveau maître arrive demain. Aujourd’hui c’est votre dernière leçon de français. Je vous prie d’être bien attentifs. »

Ces quelques paroles me bouleversèrent. Ah ! les misérables, voilà ce qu’ils avaient affiché à la mairie.

Ma dernière leçon de français !…

Et moi qui savais à peine écrire ! Je n’apprendrais donc jamais ! Il faudrait donc en rester là !… Comme je m’en voulais maintenant du temps perdu, des classes manquées à courir les nids ou à faire des glissades sur la Saar ! Mes livres que tout à l’heure encore je trouvais si ennuyeux, si lourds à porter, ma grammaire, mon histoire sainte me semblaient à présent de vieux amis qui me feraient beaucoup de peine à quitter. C’est comme M. Hamel. L’idée qu’il allait partir, que je ne le verrais plus me faisait oublier les punitions et les coups de règle.

Pauvre homme !

C’est en l’honneur de cette dernière classe qu’il avait mis ses beaux habits du dimanche, et maintenant je comprenais pourquoi ces vieux du village étaient venus s’asseoir au bout de la salle. Cela semblait dire qu’ils regrettaient de ne pas y être venus plus souvent, à cette école. C’était aussi comme une façon de remercier notre maître de ses quarante ans de bons services, et de rendre leurs devoirs à la patrie qui s’en allait…

J’en étais là de mes réflexions, quand j’entendis appeler mon nom. C’était mon tour de réciter. Que n’aurais-je pas donné pour pouvoir dire tout au long cette fameuse règle des participes, bien haut, bien clair, sans une faute; mais je m’embrouillai aux premiers mots, et je restai debout à me balancer dans mon banc, le cœur gros, sans oser lever la tête. J’entendais M. Hamel qui me parlait :

« Je ne te gronderai pas, mon petit Frantz, tu dois être assez puni… Voilà ce que c’est. Tous les jours, on se dit : Bah ! j’ai bien le temps. J’apprendrai demain. Et puis tu vois ce qui arrive… Ah ! ç’a été le grand malheur de notre Alsace de toujours remettre son instruction à demain. Maintenant ces gens-là sont en droit de nous dire : Comment ! Vous prétendiez être Français, et vous ne savez ni parler ni écrire votre langue !… Dans tout ça, mon pauvre Frantz, ce n’est pas encore toi le plus coupable. Nous avons tous notre bonne part de reproches à nous faire.

« Vos parents n’ont pas assez tenu à vous voir instruits. Ils aimaient mieux vous envoyer travailler à la terre ou aux filatures pour avoir quelques sous de plus. Moi-même n’ai-je rien à me reprocher ? Est-ce que je ne vous ai pas souvent fait arroser mon jardin au lieu de travailler ? Et quand je voulais aller pêcher des truites, est-ce que je me gênais pour vous donner congé ? … »

Alors d’une chose à l’autre, M. Hamel se mit à nous parler de la langue française, disant que c’était la plus belle langue du monde, la plus claire, la plus solide: qu’il fallait la garder entre nous et ne jamais l’oublier, parce que, quand un peuple tombe esclave, tant qu’il tient sa langue, c’est comme s’il tenait la clef de sa prison… Puis il prit une grammaire et nous lut notre leçon. J’étais étonné de voir comme je comprenais. Tout ce qu’il disait me semblait facile, facile. Je crois aussi que je n’avais jamais si bien écouté, et que lui non plus n’avait jamais mis autant de patience à ses explications. On aurait dit qu’avant de s’en aller le pauvre homme voulait nous donner tout son savoir, nous le faire entrer dans la tête d’un seul coup.

La leçon finie, on passa à l’écriture. Pour ce jour-là, M. Hamel nous avait préparé des exemples tout neufs, sur lesquels était écrit en belle ronde : France, Alsace, France, Alsace. Cela faisait comme des petits drapeaux qui flottaient tout autour de la classe, pendus à la tringle de nos pupitres. Il fallait voir comme chacun s’appliquait, et quel silence ! On n’entendait rien que le grincement des plumes sur le papier. Un moment, des hannetons entrèrent ; mais personne n’y fit attention, pas même les tout petits qui s’appliquaient à tracer leurs bâtons, avec un cœur, une conscience, comme si cela encore était du français… Sur la toiture de l’école, des pigeons roucoulaient bas, et je me disais en les écoutant :
« Est-ce qu’on ne va pas les obliger à chanter en allemand, eux aussi ? »

De temps en temps, quand je levais les yeux de dessus ma page, je voyais M. Hamel immobile dans sa chaire et fixant les objets autour de lui comme s’il avait voulu emporter dans son regard toute sa petite maison d’école… Pensez ! depuis quarante ans, il était là à la même place, avec sa cour en face de lui et sa classe toute pareille. Seulement les bancs, les pupitres s’étaient polis, frottés par l’usage ; les noyers de la cour avaient grandi, et le houblon qu’il avait planté lui-même enguirlandait maintenant les fenêtres jusqu’au toit. Quel crève-cœur ça devait être pour ce pauvre homme de quitter toutes ces choses, et d’entendre sa sœur qui allait, venait, dans la chambre au-dessus, en train de fermer leurs malles ! car ils devaient partir le lendemain, s’en aller du pays pour toujours.

Tout de même, il eut le courage de nous faire la classe jusqu’au bout. Après l’écriture, nous eûmes la leçon d’histoire ; ensuite les petits chantèrent tous ensemble le BA BE BI BO BU. Là-bas au fond de la salle, le vieux Hauser avait mis ses lunettes, et, tenant son abécédaire à deux mains, il épelait les lettres avec eux. On voyait qu’il s’appliquait lui aussi ; sa voix tremblait d’émotion, et c’était si drôle de l’entendre, que nous avions tous envie de rire et de pleurer. Ah ! je m’en souviendrai de cette dernière classe…

Tout à coup, l’horloge de l’église sonna midi, puis l’Angelus. Au même moment, les trompettes des Prussiens qui revenaient de l’exercice éclatèrent sous nos fenêtres… M. Hamel se leva, tout pâle, dans sa chaire. Jamais il ne m’avait paru si grand.

« Mes amis, dit-il, mes amis, je… je… »

Mais quelque chose l’étouffait. Il ne pouvait pas achever sa phrase. Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et, en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu’il put :

« VIVE LA FRANCE ! »

Puis il resta là, la tête appuyée au mur, et, sans parler, avec sa main il nous faisait signe : « C’est fini… allez-vous-en. »

Ce conte d’Alphonse Daudet est tiré des  » Contes du lundi « . 
L’histoire se passe en 1871 après la défaite et l’occupation de l’Alsace-Lorraine par les prussiens … » L’Angélus sonna. Suivi des trompettes prussiennes. Le français cessa d’être la langue enseignée » !

6 avril 2018

LE JOUR SE LEVE merci Jean-Claude

Classé dans : poésies* — linouunblogfr @ 22 h 59 min

  LE  JOUR  SE LEVE                                     

                                                    

Je sors de mon sommeil les yeux écarquillés

Par la lueur du ciel, d’un beau matin d’été.

Tout au loin, un clocher fait tinter ses cloches!

                 A si grandes volées qu’on les croirait si proches.                          

   

Le silence se brise et du fond de mon lit,

J’entends dans ces arpèges toute une mélodie.

Je me réveille enfin penché à ma fenêtre,

En regardant au loin, les collines apparaître;

                       

Ondulantes de brumes jusqu’à perte de vue

Comme un drap tout froissé, qu’on aurait mal tendu.

Puis je bois mon café, et m’habille de rêves…

Le temps passe si vite, sans me laisser de trêves.

                   

Mais voilà doucement que le soleil décline.

On ne voit plus les champs, ni même les collines,

Que la nuit enveloppe de son manteau de suie.

J’ai peur éperdument, du sommeil de la nuit.

        

                 Rien n’est plus précaire que de vivre                

 

4 avril 2018

Harcèlement…

Classé dans : Non classé — linouunblogfr @ 13 h 11 min

 

Harcèlement à l’école : dire que ce n’est pas nouveau est un truisme, pourtant lorsque la vigilance de tous les adultes, enseignants, surveillants, intervenants… est possible, programmée, institutionnalisée, les limites : éducation, intervention, punition, existent et sont bien perceptibles.

Lorsque le code de vie de l’établissement n’est pas qu’un règlement formel, mais une réalité créée avec tous, population et partenaires de l’établissement, alors il est possible d’offrir aux élèves, et aux enseignants parfois fragilisés, un contexte où les souffrances sont perceptibles et où les aides sont envisageables.

Bien sûr, peut-on entendre, lire, la famille est la grande responsable… Pas certain ! D’abord les parents furent des enfants, et leur propre éducation serait aussi à mettre en cause… Où remontera-t-on ? La Société est bien incriminée aussi, pourtant que de conseils, que de livres, de revues, d’œuvres d’entraide aussi chaque jour s’offrent aux inquiétudes des parents ! Alors quoi, l’instabilité professionnelle, la peur du lendemain, la fièvre de la « gagne » plus néfaste encore que les course aux trésors, le sentiment qu’assurer la « matérielle », le confort et le sur-confort sera toujours une façon d’être vraiment acteurs dans l’éducation des enfants : prévoir pour demain sans s’arrêter sur aujourd’hui…

L’Ecole, n’a pas varié dans ses missions ; elle devrait offrir à tous les enfants qui lui sont confiés, l’égalité des apprentissages en citoyenneté, savoir-faire et connaissances, en toute sérénité. Elle devrait avoir les moyens de compenser les handicaps pour donner à chacun le meilleur départ vers la maturité…

L’Ecole est-elle conçue pour y parvenir ?   Chaque établissement peut-il garantir qu’il est doté des outils nécessaires à sa vocation ? Non, pas dans notre système !

 

Une condition, que je rabâche auprès de tous ceux qui ont une responsabilité, élus, médias, associations… ! L’établissement n’est viable dans sa mission, d’éducation, d’instruction et de sérénité qu’avec une équipe formée, animée par une direction compétente, autour d’un projet établi avec les partenaires, adapté au secteur dans sa spécificité et à la diversité des élèves… Cette équipe n’existe actuellement qu’avec la bonne volonté de certains établissements, elle n’a aucune structure universelle réellement appliquée…  La scolarité devient une loterie !

Harcèlement, suicide, repli, mal être grave… rien de nouveau, sans doute, et l’histoire scolaire de chacun en témoigne, mais comment cela peut-il encore être de nos jours, si fertiles en psychopédagogies sous toutes les formes ? 8 déménagements, 10 écoles avant la 5ème, à chaque fois des accueils de cour difficiles… Dans les établissements où régnaient une vraie vigilance, les conflits trouvaient des apaisements, parfois même jusqu’à l’extérieur de l’école quand les familles étaient informées.

Aujourd’hui, les causes de perturbations n’ont pas diminuées, leurs manifestations ont peut-être gagné en originalité, avec les « réseaux dits sociaux » et encore, un enfant qui agresse, qui se suicide ou qui sombre dans le désespoir est de tous les temps. Par contre, les établissements se sont appauvris en personnel d’encadrement. Fini « Pause-café », fini le « Pion » attentif… fini le psy ou le spécialiste du RASED, finie la préparation des futurs enseignants à l‘éducation autant qu’à l’instruction…

Directeur, j’ai connu ces moments, souvent, où se mêlaient, écoute, apaisement, règles, sanctions aussi. Où se confrontaient les versions des uns et des autres,

Des établissements, à quel prix, avec quelle fragilité, sont soudés en une équipe cohérente, soucieuse de l’accueil, du suivi de tous les élèves et pas seulement de leur classe. Ce n’est pas un conseil d‘établissement ou de discipline qui peut y remédier, c’est une attention de tous en permanence. Notre école est cassée pour des raisons économiques, peut-être mais surtout par une négligence attention structurelle fondamentale et généralisée. Ce ne sont pas des alertes, même fortement médiatisées, des plans ponctuels qui la remplaceront, même pas une autonomie, ce qui fait un peu concurrence et nuit autant qu’une carte scolaire éclatée… Il faut une responsabilisation autour d’un projet de vie adapté, avec ses règles reconnues par toute la communauté, la définition précise du rôle de tous les intervenants… Autrement, malgré toutes les bonnes volontés, la stabilité d’un établissement restera fragile et jamais il ne pourra jouer son rôle d’apaisement et d’enseignement au-delà de toutes les perturbations subies par un enfant hors de ses murs.

Nous ne pouvons pas faire disparaître toutes les perturbations qui menacent l’équilibre de notre jeunesse mais au moins, donnons une chance aux enfants dans nos écoles.

2 avril 2018

Cris échappés du dico…

Classé dans : Non classé — linouunblogfr @ 20 h 12 min

Sais-tu que….

La poule caquette, le chien aboie quand le cheval hennit et que beugle le bœuf et meugle la vache… ?

L’hirondelle gazouille, la colombe roucoule et le pinson ramage… ?

Les moineaux piaillent, le faisan et l’oie criaillent quand le dindon glousse ?

La grenouille coasse mais le corbeau croasse et la pie jacasse et si le chat comme le tigre miaule, l’éléphant barrit, l’âne braie, mais le cerf rait… ?

Le mouton bêle évidemment et bourdonne l’abeille.

La biche brame quand le loup hurle.

Tu sais, bien sûr, tous ces cris-là mais sais-tu que…  si le canard nasille, les canards nasillardent ?!

Que le bouc ou la chèvre chevrote ? Que le hibou hulule mais que la chouette, elle, chuinte ? Que le paon braille, que l’aigle trompète ?

Sais-tu…

Que si la tourterelle roucoule, le ramier caracoule et que la bécasse croule ? Que la perdrix cacabe ? Que la cigogne craquette et que si le corbeau croasse, la corneille corbine et que le lapin glapit quand le lièvre vagit ?

Tu sais tout cela ? Bien…. mais sais-tu, sais-tu …

Que l’alouette grisole ?

Tu ne le savais pas. Et peut-être ne sais-tu pas davantage que le pivert picasse ?

C’est excusable !

Ou que le sanglier grommelle, que le chameau blatère, et que c’est à cause du chameau que l’on déblatère ? Tu ne sais pas non plus peut-être que la huppe pupule ?

Je ne sais pas non plus si on l’appelle en Limousin la pépue parce qu’elle pupule ou parce qu’elle fait son nid avec de la chose qui pue ?

Qu’importe ! Mais c’est joli: la huppe pupule…

Et encore sais-tu  que la souris, la petite souris grise : devine… La petite souris grise chicote ?

Oui ! Avoue qu’il serait dommage d’ignorer que la souris chicote et plus dommage encore de ne pas savoir, que le geai, que le geai cajole ! »

 

Victor Coudesabot |
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