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29 décembre 2017

le premier rite de l’année.

Classé dans : VIVRE ENSEMBLE — linouunblogfr @ 22 h 19 min

 

Un rite, c’est beaucoup de passé qui s’inscrit dans notre présent pour servir l’avenir d’espoirs.…

Parce que celui du renouveau du calendrier est le plus universel, il est une tradition qu’il nous est difficile d’éluder…

Nous ne voudrions pas y manquer : de tout ce passé que nous avons partagé, parfois brièvement, parfois avec une forte intensité, nous saisissons ce présent du Nouvel An, pour vous souhaitez, à vous, à ceux qui accompagnent votre vie, un futur, avare en grisaille et généreuse en petits bonheurs…

Les vœux sont toujours associés aux souhaits de se retrouver et, l’année passe sans les réaliser, cela n’empêche pas nos pensées d’aller vers vous et de vous évoquer…

Déjà, nous y associons tous ceux que cette nouvelle année nous fera croiser, découvrir aussi, avec joie…

A tous, nous conseillons de conjuguer le verbe sourire au présent quotidien pour le poursuivre au futur lumineux..

 

Pourquoi ne suis-je sonneur
De cloches, carillonneur,
Pour mieux dire à tout le monde
À ceux qui voguent sur l’onde
Ou qui rient dans leurs maisons,
Tous les vœux que nous faisons
Pour eux, pour toute la Terre
Pour mes amis les enfants
Pour les chasseurs de panthères
Et les dompteurs d’éléphants.

 Tristan Derème (1889-1941)

 

Belle et bonne année 2018 !

59 – La plaque. suite

Classé dans : Non classé — linouunblogfr @ 21 h 25 min

« … et l’École renaîtra de mes cendres ! ‘ 

Une plaque avait été réalisée, simple :

« En mémoire d’Emmanuel Lacroix, tous ceux qui ont rêvé l’Ecole et croient en son renouveau depuis le 31 janvier 2011. Merci Manu ! »

Elle avait déjà été apposée sur un bel espace du mur du café avec l’aval et l’aide technique de la Mairie de Paris.

Nous avions obtenu que ce soit deux élèves de Manu qui la découvrent. Obtenu avec difficulté car aucun ne voulait venir à la cérémonie et encore moins se mettre en avant pour retirer le voile.

Ils étaient présents. Thierry, Sylvain, moi aussi je crois, avions été convaincants.

Francis, Nourredine, Fred, Jo, José, Momo, Nic, Ahmed, Max, Matelot, Ben, Djabel et les autres, plus discrets qu’eux lors de notre rencontre, étaient à côté de nous, autour de Jean-Luc, le prof que Manu leur avait pratiquement désigné comme successeur.

Francis et Matelot, ces deux gros durs, se sont vannés, se sont tus, se sont avancés…

Ils ont libéré la plaque… et leurs larmes.

Ils n’étaient pas les seuls ! Je m’y associais abondamment et j’ai su que, devant les petits écrans, les mouchoirs n’étaient pas inutiles non plus.

C’est ici et maintenant qu’a été prononcé le discours de clôture par notre collègue comédien.

Ce discours, c’était notre Essentiel, sans classement par articles. C’était, laissée à la chaleur d’une voix, la possibilité d’exprimer l’Espoir d’un autre avenir, grâce à une autre Ecole pour tous les enfants.

Nous l’avions particulièrement écrit, lu, réécrit, relu. Nous y avions mis tout notre cœur.

 

Sans doute était-il long, copieux mais c’était lui qui était notre message à tous pour dire :

« Nous vous avons entendus. Dites-nous si nous vous avons bien compris et bien traduits… »

Nous avons décidé que ce texte serait enregistré, mis à la disposition de tous par envoi direct sur demande et sur internet.

Cet après-midi-là, notre délégué avait promis de le remettre dès le soir même au Ministre. Ce qui a été fait, solennellement et je crois reçu avec gravité.

Notre site ne se fermerait jamais, au contraire. Notre vigilance, le respect de la nouvelle vie de nos établissements, notre écoute et nos réponses  passeraient par son canal et permettraient de veiller à la Garantie des engagements officiels.

Nous n’avions pas choisi. D’emblée, notre comédien s’est imposé pour dire ce long manifeste. Non pas pour sa célébrité mais pour nous souvenir qu’un jour, il nous a fait vibrer en nous donnant lecture de la première synthèse de tant de journées de réflexion nées de ce 31 janvier 2011.

 

Toutes ces pages, je ne vous les offre pas ici mais à la fin de mon parcours.

Je voulais nommer cet ajout ‘’Annexe’’ et bien non, il sera toujours ’’l’Essentiel’’ !

C’est vers lui que nous avons cheminé et c’est à partir de lui, à travers sa version législative, que tout cheminera.

Personne ne s’est attardé, nous nous étions déjà quittés et ne tenions aucunement à renouveler publiquement notre au revoir.

Nous avons pris le temps de rentrer chez Pierrot pour le laisser nous serrer dans ses bras sans un mot. Marie-Claude a été plus prolixe et a exigé que nous reconnaissions, que, là, dans leur « Privé », nous avions une place qui nous attendrait à chacune de nos montées à Paris.

- C’est compris ? C’est imprimé ?

Duo, sous le regard amusé de Sylvain et de Thibault :

« C’est reçu ! C’est gravé ! »

Thibault, Karine et moi avons accompagné Sylvain jusqu’à son hôpital

J’échappais à l’intimité, je m’en réjouissais et le regrettais en même temps. Je me sentais funambule, en équilibre instable, mais pas sans filet…

Quand même, je ne refusais pas le rendez-vous que m’a proposé Sylvain, pour le lendemain, sur le quai du T.G.V., salle de la Méditerranée, dans cette Gare qui, pour moi, sera toujours celle du Sud.

Laisser Karine, ce jeudi soir, fut le plus difficile.

Toutes nos promesses de contacts fréquents et de visites dans nos régions n’ont pas atténué l’émotion de cette séparation. Le hasard nous avait assises l’une à côté de l’autre, la symbiose s’était produite. Notre complicité, nos fous rires, nos chuchotements d’adolescentes autant que le partage de nos convictions avaient cimenté notre amitié.

J’avais trouvé la sœur que je n’avais jamais eue.

Thibault m’a offert de me ramener dans le 14ème et je sautai sur ce sursis avant la séparation.

Lucas était absent, l’agitation de la journée lui avait été épargnée, mais dans nos phrases, sa présence accompagnait celles de Juliette et de Killian.

Notre précieux chauffeur, si attentif à faciliter notre séjour laborieux, avait tiré quelques photos de notre pique-nique et j’en ai glissé dans mon portefeuille pour raconter ce pitchoun merveilleux à mes trois trésors.

Il a bien fallu se quitter et j’ai regardé, le temps d’un bout de rue et d’un bout de virage, s’agiter la main de Karine…

 

Je passais un long moment face à la Webcam pour répondre aux interrogations sur cette dernière journée. J’avais un peu espéré leur venue dans la capitale, mais Yann avait tranché :

- C’est une mauvaise idée, 9 sur 20 seulement. Tu vas être écartelée entre nous et tes obligations. Ni toi, ni moi, ni les enfants, ne profiterons les uns des autres.

Non, demain nous t’attendrons comme vendredi dernier et alors tu seras écrasée de questions.

Juliette et Killian m’avaient bien reconnue à la télé. Ils m’avaient enregistrée ainsi qu’à mon passage à la radio.

- J’ai collé tous les articles, m’a assuré mon fils

- …Et moi, j’ai écrit les titres, les dates et j’ai préparé un classeur, a complété Juliette.

J’avais hâte de les retrouver maintenant que la tension retombait. C’était, pour le lendemain, tranquillement, à la maison !

 

Notre dernier soir, tous les trois pelotonnés, a été calme.

Alice et Rob avaient hésité à venir nous rejoindre et finalement s’étaient glissés, discrètement, dans le public de l’Assemblée Nationale.

Après m’avoir tant écoutée, après autant de non-dits et de bien-ressentis, mon oncle et ma tante étaient assez sensibilisés pour voir dans cette remise officielle de notre proposition de Loi, une victoire, la mienne en ce qui les concernait.

Je regrettais de n’avoir pu les présenter à Pierrot et Marie-Claude, mais j’avais beaucoup parlé des uns aux autres. Assez pour susciter curiosité et sympathie. Je comptais sur Sylvain pour les réunir. Ces quatre là, étaient bâtis avec le même mortier de rudesse, de bonté, d’altruisme et de timidité. Même Pierrot ! Leur vécu était une palette où toutes les couleurs s’étaient déposées, brillantes, vives, passées ou ternes. Certaines s’étaient mêlées, fondant les gris et les primaires. Les plus vives joies et douleurs les avaient teintées. J’aimais beaucoup l’œuvre que leur vie, leur personnalité nous offraient.

En fin d’après-midi, ils n’avaient pas eu le courage de nous rejoindre devant le ministère. C’est ainsi qu’ils n’avaient fait connaissance avec nos amis bistros qu’à la télé.

 

Notre dîner a été joyeux. Rob m’a démontré que ses gros doigts, que je savais déjà méticuleux, étaient d’une adresse formidable. Cartes, petits objets disparaissaient, changeaient de place, se retrouvaient dans les cachettes les plus insolites…

Alice m’a appris qu’elle était souvent sa seule spectatrice, sauf lorsqu’elle arrivait à le traîner dans un centre pour enfants éprouvés.

Il en était un, désespérant non loin d’ici, où passaient pour un soir, une semaine, un mois, des petits abandonnés, délaissés par des parents en fuite, emprisonnés ou décédés.

Rob émerveillait ces enfants, tiraient un ébahissement du plus angoissé. Il n’oubliait pas leurs mains puisque, pour eux seuls, il démontait ses manipulations et ses trucs aussi…

Sa magie et la tendresse de son épouse m’ont fait cadeau d’une belle nuit !

 

28 décembre 2017

- 58 – Discours de clôture. suite

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 21 h 38 min

« …et l’École renaîtra de mes cendres ! « 

Notre navire avait trouvé sa rampe de lancement. Il avait été accompagné d’un énorme engouement médiatique. Tous les journalistes, reporters, présentateurs qui avaient si bien respecté notre discrétion pendant nos journées laborieuses, se rattrapaient

Seul ou par groupe, tous, nous avons eu droit à un ou plusieurs articles, à une ou plusieurs émissions de radio et de télévision.

Invitée par mon interlocuteur de la conférence de presse, j’ai obtenu de participer à son émission du matin avec Sylvain et Karine.

Pour Sylvain, il lui a été très difficile de se libérer car il était évidemment très sollicité.

A tel point que, ce jour-là, sur le même poste, il s’est trouvé présent à deux émissions successives, incisives, virulentes, mais extrêmement honnêtes dans leur quête d’informations.

Peu d’auditeurs se sont montrés agressifs, sinon pour douter de l’implication de nos politiques. Douter, mais on le sentait bien, espérer…

Par toutes les fenêtres ouvertes, nous entendions, lisions, le contentement, le satisfecit de ces gens de France qui avaient, depuis le début, voulu répondre à l’appel de Manu.

Nous avions décidé de ne pas bouder les demandes des médias et avons tenu parole, même nos timides, même nos bourrus.

Revues, quotidiens, enregistrements, tout a été bon pour que nos familles se montent un épais Press-book.

A travers nos photos, nos paroles, nos écrits, c’est l’Ecole en voie de reconstruction qui était la vedette, alors, à nous de l’honorer.

 

Ce jeudi matin, le Cirque et son atmosphère si particulière, a été également, et évidemment, le cadre où s’est dressé le plateau d’une émission de chaîne publique entièrement consacrée à notre Charte. Aucun d’entre nous n’a manqué !

Nous n’étions plus dans les gradins, mais en piste, sagement rangés devant micros et caméras…

Nos places, les degrés des spectateurs, étaient combles. Il a fallu bien du talent au personnel chargé de canaliser l’agitation du public pour accomplir sa tâche.

Heureusement, la plupart des présents avaient été admis sur notre demande personnalisée et nous leur avions assené force recommandations de calme.

Juste après, mais avec bien des acrobaties pour nous échapper, nous avons réussi à trouver dans les coulisses un espace assez discret pour notre dernière réunion amicale. Ce ne fut ni trop éprouvant ni trop émouvant. Un peu quand même…

La journée n’était pas achevée, d’autres moments allaient nous rassembler, mais plus jamais rien que nous !

 

Nous nous sommes promis que ce n’était qu’un au revoir, que jamais nos liens ne se distendraient et nous avons, lorsque cela n’avait pas été déjà réalisé, échangé adresses, numéros de téléphone, messageries et invitations.

Nous nous sommes embrassés, serré les mains et regardés, en un bref et intense moment de silence spontané.

Qui a plaisanté à propos de notre rendez-vous ministériel, et peut-être présidentiel ? Je ne sais pas, mais il a permis que nous nous remettions en marche sur un immense éclat de rire.

 

Du bonheur !

 

Le nouveau Ministre de l’Education, véritablement Nationale, avait proposé que la Convention se termine par la réunion conviviale de tous les délégués, rue de Grenelle.

La réception était prévue pour midi. Ni le Président de la République, ni le Premier Ministre n’avaient pu se libérer.

Notre hôte nous a fait part de leur intérêt pour nos travaux. Ils nous remerciaient du travail accompli pour les élèves de notre pays.

Bien sûr, ils rejetaient sur les décennies précédentes, sur les illusions généreuses mais incontrôlées d’un certain mai 68, les désordres de notre Ecole.

Ils admettaient que les mesures prises ces dernières années n’avaient pour but que de rétablir l’ordre scolaire et que seul ce souci avait conduit à des incompréhensions ou des maladresses dans leur mise en œuvre.

Ils affirmaient que la finalité de leurs projets, une fois la ‘’Crise’’ dépassée, était que l’enseignement français s’impose comme le plus performant et le plus attentif à tous les enfants. Dans leurs tiroirs, pour l’avenir de nos établissements d’enseignement, ils avaient de véritables, de belles études pour approfondir la solidité de leurs moyens, des pédagogies adaptées et pour leur donner, niveau par niveau, une organisation valorisante.

Pour nos plus hautes autorités gouvernementales, nous avions devancé leurs intentions. Ils nous en félicitaient et nous assuraient de leur volonté pour, dans la mesure du possible, transformer la proposition déposée au Parlement, en une grande loi scolaire, puis en textes d’application conformes à tous les points soulevés…

 

Nous avons décidé, pour l’instant, de ne pas nous attarder sur ce ‘’dans la mesure du possible’’ et d’applaudir la reconnaissance du grand mouvement populaire qui avait répondu à l’invitation de Manu et ouvert la voie à une autre Ecole.

 

Le déjeuner aussi était prévu, pas dans la discrétion.

 

Après avoir évité les établissements officiels, depuis les premières rencontres spontanées, les représentants de tout un peuple qui avaient obtenu le droit et les moyens de croire en leur Ecole, ne pouvaient plus se dérober.

 

Karine, Sylvain et moi n’étions pas à la table d’honneur, mais les journalistes ne s’y trompaient pas.

Dès sa première intervention sur le trottoir, notre Sablaise avait intrigué les journalistes et notre écrivain de bistrot, trop impressionné la pellicule en se précipitant vers Manu. Ils focalisaient les objectifs, aimantaient les micros.

Il semble que je n’étais pas sans attrait non plus puisque je me trouvais associée à cet intérêt !

 

L’accueil du nouveau ministre a été sobre et engagé, avec quelques risques peut-être pour lui,

 

Après nous avoir lu les messages du Président et de son Premier Ministre, il nous a assuré avoir tout écouté de nos entretiens médiatiques, tout parcouru de nos publications et des articles qui avaient accompagné, récemment, la fin de nos travaux

Il nous a donné le sentiment d’être soucieux d’établir la grande diversité des élèves et de la multiplication de moyens adaptés pour en tenir compte. Une juste répartition des aides en fonction de la variété des besoins, des ressources locales, était importante et il  œuvrerait pour la réaliser.

Il estimait que la densité des réflexions, des propositions et la qualité de leur synthèse valaient toutes les concertations nationales officielles. Il promettait, en complément de notre proposition de loi, de consulter et mettre très vite à l’étude l’ensemble des documents que nous voudrions bien lui confier.

Le nouveau patron de l’Ecole de France s’est déclaré convaincu que nombre de points de fonctionnement, mis en valeur par notre Mouvement, devraient pouvoir trouver une validation dans un court terme, avant même la promulgation de la Loi. Ils n’étaient que des améliorations de l’existant.

Nous ne pouvions qu’espérer que rien ne viendrait modérer ces engagements et que cette indépendance, insolite en cette mandature, ne trouverait pas ses limites.

 

Ses paroles nous touchaient car plus vite des signes tangibles du renouveau de l’Ecole se manifesteraient, plus vite la paix scolaire renaîtrait, plus vite notre jeunesse nous ferait confiance.

 

Nous avions le sentiment que notre Mouvement avait remué les murs de la Grande Administration. L’enfant semblait redevenu le centre vital du Mammouth.

L’un de nos Sages, mandaté par notre Assemblée, a pris la parole pour remercier le Ministre de son accueil, de ses promesses et a donné notre accord pour que nos précieux documents de travail, synthèses et analyses détaillées lui soient remis. Il lui a demandé d’associer certains d’entre nous aux commissions qui les étudieraient et de nous faire part de la progression de leurs résultats.

Il lui a promis que, dès ce soir, il serait le premier destinataire, de notre document ‘’ l’Essentiel’’, intitulé définitif pour désigner notre Recueil.

Les discours de grands noms de la littérature, de chercheurs en sciences de l’Education, se sont enchaînés et ont mêlé regrets et accents de victoire.

Notre succès était apprécié, cela se comprend, mais l’amertume régnait. Le sentiment général était que ce conflit aurait pu ne jamais éclater si, il y a trois ans, l’arbitraire, le découragement, la lassitude n’avaient prévalu.

Maintenant, des promesses avaient été prononcées, des voies ouvertes, des actions définies, une liberté constructive, soumise à des principes forts.

La chance de chacun, malgré toutes les différences, l’importance de tous les apprentissages, en dépit des handicaps pour que construire l’avenir soit l’œuvre de tous, existait.

A nous, les citoyens d’aujourd’hui, de demain, de toujours, de veiller à qu’elle se mue en réalités répétées.

En fin d’après midi, le dépôt d’une gerbe était programmé en face du ministère, devant chez Pierrot, à l’endroit où avait péri Manu.

27 décembre 2017

- 57 – Difficile retour. suite »

Classé dans : mon livre,Non classé — linouunblogfr @ 21 h 21 min

« …et l’École renaîtra de mes cendres… »

Nous avons quitté l’établissement avec le cœur chargé d’émotions bariolées, semblables à l’agitation des jours post Manu, avec l’esprit peint en vert espoir, avec un ciel d’avenir blanc-bleu. Un ciel porteur de bons cumulus garants de futures récoltes de tous nos semis. Nous étions euphoriques sans drogues, ivres sans alcool, justifiés !

Cette rencontre aurait justifié aussi tous ceux qui  s’étaient levés depuis trois mois, tous ceux qui s’étaient portés au chevet de l’école malade.

Vous souvenez-vous à ce propos des paroles de cette chanson de Grand Corps Malade, «  l’Education Nationale »

Tout était dit et déjà pour chaque couplet nous aurions pu et l’état aurait dû proposer un amendement, mais en France, si tout finit par des chansons, il est rare qu’elles soient un commencement…

Si, peut-être, pendant les Révolutions !

Je ne résiste pas, tant pis si ma parenthèse est longue, et encore, j’aimerais tout citer!

« …J’m'appelle Moussa, j’ai 10 ans, j’suis en CM2 à Epinay Ville du 93 où j’ai grandi et où j’suis né

… Pourtant ma maîtresse j’l'aime bien elle peut être dure mais elle est patiente

Et si jamais je comprends rien elle me ré explique elle est pas chiante

Elle a toujours plein d’idées et de projets pour les sorties (mais)

… Nous on a que des tapis et des cerceaux et la détresse de nos maîtresses…

Alors si tout s’joue à l’école, il est temps d’entendre le SOS

Ne laissons pas s’creuser l’fossé d’un enseignement à deux vitesses

… L’enseignement en France va mal et personne ne peut nier la vérité

Les zones d’éducation prioritaires ne sont pas des priorités

Au contraire faut rajouter des profs et des autres métiers qui prennent la relève

Dans des quartiers les plus en galère, créer des classes de 15 élèves

Ajouter des postes d’assistants ou d’auxiliaires qui aident aux devoirs

Qui connaissent les parents et accompagnent les enfants les plus en retard

Au contraire qu’avons-nous ?

Quelques réformes à deux balles pour ne pas voir le plus urgent

Un établissement scolaire sans vrais moyens est impuissant

Comment peut on faire des économies sur l’avenir de nos enfants

L’enseignement en France va mal car il ne rend pas les gens égaux…

Y a pas d’éducation nationale, y a que des moyens de survies locaux

… continuons de dire aux p’tits frères que l’école est la solution

Et donnons-leur les bons outils pour leur avenir car attention

La réussite scolaire dans certaines zones pourrait rester un mystère

Et l’égalité des chances un concept de ministère…

Si vous voulez tout lire mais surtout tout entendre, il y a le C.D. et il devrait être subventionné…

Je reprends, mais avais-je vraiment interrompu ?

Tous ceux qui ont apporté leurs mots, leurs idées pour reconstruire l’Ecole, ne l’ont pas fait pour s’apitoyer ou compatir mais pour unir leurs soins et la réanimer. La revitaliser. La bourrer d’énergie. En faire l’artisan compétent, bien outillé, bien entouré, qui redonnera sa chance au futur, celui de nos enfants, le nôtre, celui de tous.

Une chance, vraiment, pour toute notre mosaïque de personnalités, de couleurs, d’origine,  de confessions, de handicaps… Une chance pour les gentils, les agressifs, les naïfs, les roublards…

Tous les potentiels que distribuent la naissance, les hasards et les circonstances seront considérés, pour que, sans perdre leur identité, ils prennent confiance en eux et en les autres…

Ce fut pour nous le retour de tous les dangers.

Ma main dans celle de Sylvain, ma tête sur son épaule, notre communion auraient pu nous mener vers une parenthèse physique, affective que notre état d’esprit, notre tension réclamaient, mais que notre conscience, Jiminy Cricket, interdisait.

Pendant toutes ses journées depuis deux mois, nous avons été habités, comme beaucoup de Français, certains avec une rancœur énorme, d’autres avec une foi profonde, par une présence incontournable, celle de Manu !

 

Sylvain, plus que tous, a vécu chaque minute avec lui, avec ses yeux dans les siens.

Même lorsque sa pensée ne s’y accrochait pas. Je devinais son obsession et je l’ai, bientôt, partagée.

Nous étions imprégnés de ses espoirs, avons perçu sa présence auprès de ses grands, de ses collègues.

Par eux, nous avons compris ses tours d’ivoire et éprouvé, durement, leur effondrement.

Nous avons suivi les pas, vu les gestes du coupeur de courant, écrit avec lui ses avertissements, mesuré la crevasse de son désespoir

Sylvain a partagé ses flammes et moi, je les ai regardées danser dans les yeux de mon ami.

Dans la cire de notre mémoire intelligente, de notre mémoire affective, nous avons, aussi, gravé chaque parole de Manu.

Ce mercredi soir, à l’issue de cette communion, à l’aube d’un renouveau pour les enfants, pour l’Ecole, en quittant le collège, Thierry, ceux qui furent, si profondément, la raison de vivre de Manu : ses élèves, nos voix exprimées, nos voix intérieures, étaient à l’unisson avec ses cris.

Rentrer à mon bercail provisoire a été difficile.

Tendue et amollie, est-ce possible ? Je vous assure que oui !

J’ai communiqué brièvement, par S.M.S. seulement,  avec mes trois villageois, promettant un long compte-rendu pour demain…

Alice m’a enveloppée dans une sortie de bain douillette. Robert m’a imposé un petit verre ventru où il avait chauffé dans ses larges mains un Armagnac aux reflets dorés.

Aucune question… de l’écoute, le partage de tout ce que ces jeunes nous avaient offert et de la tendresse, beaucoup de tendresse pour m’acheminer vers le sommeil…

26 décembre 2017

Bonne Année aux Pères Noël !

Classé dans : VIVRE ENSEMBLE — linouunblogfr @ 21 h 38 min

 

Mon ami le Père noël a toujours autant de succès même chez les sceptiques : les messages que nous lui adressons sont de tous les jours de l’année… Jamais les loteries et ses dérivés n’ont autant reçu de signes pour que ne soit pas oublier notre petit soulier… jamais les espoirs de réussite n’ont été accompagné d’autant de clins d’œil à Dame Providence et jamais les catastrophes naturelles et hélas humaines n’ont suscité de telles implorations pour que ça cesse..

Bon, jamais, c’est excessif et l’Histoire aura tôt fait d’affaiblir l’actualité de cet adverbe…

Pourtant, nous omettons bien vite les lutins… ceux qui œuvrent dans l’ombre, la pénombre, la clarté parfois selon les légendes du Père Noël dispensateur de présents…

C’est à tous ces ouvriers de l’humanité en marche qu’il faut adresser nos salutations, nos espoirs :

Qu’ils s’ingénient à donner du travail, de la santé, des loisirs, de l’éducation, un environnement sain et plaisant… Quand ils s’évertuent à réparer les blessures de la nature et de l’Homme… quand ils s’efforcent d’organiser notre convivialité…  dés lors qu’ils le font avec sincérité, avec honnêteté et avec le réel souci, non seulement de ne pas nuire mais aussi de servir… alors que soient remerciés ces lutins. Partout où ils œuvrent, de toutes confessions, convictions…

Vous êtes nombreux et il est parfois plus facile de vous « casser », que de soutenir vos efforts, vos engagements… Professionnels, amateurs, politiques, célébrités ou « sans-grades »… notre société ne peut avoir de futur sans vous… Homme et femmes de bonne volonté, Père Noël et toute sa dream team, soyez honorés…

Je pense que 2018, aura bien besoin de vous

 

 

- 56 – GAVROCHE.suite

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 18 h 45 min

« … et l’École renaîtra de mes cendres ! « 

 

Thierry et nos jeunes amis, nos éducateurs d’un après midi, nous ont reconduits à notre voiture.

Nous flottions un peu.

Sylvain, c’est décidé, sera le premier client du garage de Manu. En attendant, il a eu l’offre de dix véhicules.

Je lis dans ses yeux, Thierry le lit et je suis certaine que ces jeunes le lisent aussi : Sylvain ne perdra plus de vue leur projet,

Avant que nous montions en voiture, avant les poignées de main et, pour moi, les bises des garçons – tiens c’est vrai, pas de filles, pourtant je sais qu’il y a des mécaniciens (nes) auto dans des garages-, nous ont fait cadeau d’un souvenir.

Pas un dernier, nous aurons  bien des occasions d’en recevoir de leur part.

Là, sur le parking, ils nous ont confié leur dernière journée avec Manu.

Il était déjà révolté, mais tous l’ignoraient encore. C’était le veille des congés d’hiver. Manu avait organisé une tournée des casses auto pour y faire de la récup de pièces en bon état, ça permet de réduire les factures et parfois, on tombe sur des trésors de chouettes antiquités. C’était l’occasion de belles rigolades, des blagues pas toujours fines, de belles discussions avec les casseurs. Beaucoup connaissaient bien Manu, ça se voyait.

Djabel, un beau Sénégalais, a pris la parole après un silence et un tour des yeux. Certains étaient au sol, d’autres ne cachaient pas leur humidité.

- Pour midi, Manu avait retenu une salle, rien que pour nous, dans un restaurant, un petit, un routier, un vrai resto, pas un self ou une pizzeria… Il n’avait pas voulu que les ferrailleurs soient ave nous. Il leur avait dit : « Une autre fois, d’accord ? »

Avant le repas, il nous a fait laver les mains. On a tous obéi. Le plus compliqué, le plus marrant, ça été pour choisir avec le menu. Il n’était pas long mais assez pour que, tous, on se gratte la tête, qu’on choisisse un truc. Oui, après, non, mademoiselle, je préfère autre chose. Elle se marrait, la serveuse, sans perdre son calme…

En mangeant, on a chahuté, pas beaucoup. C’est surtout Manu qui a parlé, un truc sérieux, une vanne, un truc sérieux..

Maintenant, on a compris qu’il nous passait son message. Les journaux ont dit, son testament, pour sa cassette ; et ben à nous, il en a raconté un de testament, mais on ne l’a pas compris ce jour-là…

Il tremblait maintenant. Je lui ai serré les épaules et il s’est caché dans mes cheveux pour pleurer.

Francis, notre Parker, a pu reprendre le témoin :

- Manu, il nous parlait des enfants qu’il n’avait pas eus, comment il les aurait élevés. Il nous racontait une belle histoire, un beau conte, comme si on était encore des petits.

Après le restaurant, Manu nous a proposé le ciné ou une balade au Parc de Sceaux. En continuant la N20, ce n’était pas loin. Nous avons choisi le parc. On sentait que cela ferait plaisir à notre prof.

Il nous a pas mal parlé. Même ceux qui se couraient après ou regardaient les filles sont venus l’écouter quand il a parlé de Gavroche.

Le bassin lui rappelait Gavroche et deux mômes perdus qui regardaient des gens nourrir des cygnes ou des canards alors qu’eux crevaient de faim. Il nous a fait marrer en imitant ce gosse de 10 ans qui roule des mécaniques et les prend en charge. Le passage chez le boulanger, un gentil, c’est sympa aussi. Puis quand il les planque dans la statue de l’éléphant, c’est bien encore. Il nous a raconté la mort de Gavroche, devant la barricade. Jusqu’au bout, il a fait le malin, mais nous on n’avait plus envie de rire.

Après, il nous a dit, que ce parc, c’était son endroit préféré quand il avait notre âge. Il y emmenait ses copines. Il s’y baladait seul ou avec ses copains et il venait même y travailler, préparer ses examens. On sentait que là-bas, ça avait compté pour lui…

Toute l’équipe se déplaçait dans un car qu’une relation de Manu lui avait prêté pour l’occasion.

Manu voulait tout payer, mais les garçons ont fait une collecte et il a accepté, c’était leur droit de participer !

24 décembre 2017

Le petit Renne au Nez Rouge

Classé dans : contes et légendes — linouunblogfr @ 18 h 08 min

 

Il était une fois, au Pôle Nord, un vieux bonhomme très gai qu’on appelait le Père Noël. On était au mois de décembre et notre ami était très occupé. Tous les jours, il se rendait dans son grand atelier où des lutins fabriquaient des jouets très modernes pour les enfants.
Il y avait aussi les rennes que le Père Noël visitait tous les matins, mais celui qu’il préférait s’appelait RODOLPHE. Il flattait l’animal en disant.
Tu es le plus petit de mes rennes, RODOLPHE, mais tu es le plus beau !         Or, une nuit que le Père Noël dormait et ronflait, le lutin PATAPOUF qui prenait soin des rennes, dit à ses compagnons :
- Si on allait se promener dans la forêt, cette nuit, qu’est-ce que vous en pensez, les amis ?

-Excellente idée ! Youpee !
En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, PATAPOUF attela les rennes au traîneau du Père Noël, y compris RODOLPHE, et les lutins partirent en criant:

-Quel beau voyage nous allons faire au clair de lune !
Les rennes couraient si vite que RODOLPHE tomba dans un banc de neige et ne put se relever. Il eut beau crier : « Attendez-moi ! Attendez-moi! »
Hélas les lutins poursuivirent leur course, sans entendre le pauvre RODOLPHE et se promenèrent dans la forêt pendant une heure, puis ils revinrent chez le Père Noël, se couchèrent et s’endormirent.
Le lendemain matin, quand le Père Noël apprît que son renne RODOLPHE était disparu, il s’écria

-Quel malheur ! Quand je pense que mon plus beau renne est perdu ! Mais c’est épouvantable !
Notre vieil ami allait désespérer lorsque la Fée des Etoiles arriva sur les lieux en disant :
-Ne vous en faites pas, Père Noël, on a retrouvé votre renne, il était gelé, mais je l’ai soigné, dorloté, maintenant il est mieux, seulement il a le nez tout rouge. Le Père Noël se rendit aussitôt dans le domaine des rennes et RODOLPHE pleurait, il disait dans son langage :
Que je suis malheureux, mon nez est rouge, maintenant, Père Noël, je suis laid et tous mes amis se moquent de moi, on m’appelle le renne au nez rouge.
-Ne pleure pas, RODOLPHE, car cette nuit, c’est toi qui éclaireras ma route dans ma grande tournée sur la terre.

Puis, lorsque minuit sonna, mes enfants, le Père Noël se mit en route pour son grand voyage avec notre ami, RODOLPHE, et joyeux notre vieil ami chantait : la chanson du PETIT RENNE AU NEZ ROUGE.

 

 

 

- 55 – Crédit ! suite

Classé dans : Non classé — linouunblogfr @ 12 h 31 min

« …et l »École renaîtra de mes cendres ! « 

Sylvain et moi avons abordé avec beaucoup de gêne et de crainte, intimidés par les lieux, le temple de Manu. Il n’aurait pas aimé sûrement ce mot. Nous étions intimidés par ces jeunes qui nous attendaient, eux et leur vécu violenté ces derniers mois, eux et leur peine que nous savions si profonde. Nous nous sentions intrus !

Ils avaient voulu que notre rencontre se fasse ici, dans cet atelier où tout avait commencé.

 

Ils étaient debout, assis, nombreux, vingt-quatre, les deux classes confiées à Emmanuel. Un seul groupe avait participé à l’intrusion des policiers et des chiens, mais tous sans exception avaient tenu à nous accueillir.

Que leur avait raconté Thierry ? Nous n’étions ni enseignants, ni des amis de Manu, ni des journalistes. Bien sûr, la présence de Sylvain, son élan vers Manu en flammes lui avaient donné une certaine notoriété. L’enquête malencontreuse avait conduit des inspecteurs dans le collège, dans la SEGPA et le quartier. Même en se voulant discrets, des keufs passent rarement inaperçus dans les zones sensibles…

Moi, j’étais l’amie de Thierry et de Sylvain, j’avais eu mes minutes d’audience en commentant notre Charte toute fraîche.

 

Ils avaient préparé des chaises, des tabourets d’ateliers en rond, incluant le bureau de Manu dans la circonférence. Nous nous sommes installés, sans ordre.

Deux grands ados, un beau noir type Parker et un rouquin ponctué de tâches de rousseur m’avoisinaient. Thierry et Sylvain, séparés, étaient sur ma gauche et sur ma droite assez loin de moi. Nous formions un cercle où seul le fauteuil du bureau restait inoccupable…

Thierry a calmé de la main la houle de gêne, de timidité… des apprentis mécanos et commencé à servir cafés, jus de fruit et parts de gâteaux.

 

C’est moi qui ai ouvert l’entretien après qu’un long gaillard, Rom brun, velu rasé de près aujourd’hui, nous a souhaité la bienvenue, en nous remerciant. Il était le porte-parole désigné mais de chaque siège est monté en tons graves, aigus, forts, ténus, le même merci. Quel paradoxe, alors que c’étaient eux qui répondaient à notre demande !

 

Nous n’avons pas évoqué les événements vécus ici. C’était inutile !

Manu avait choisi son atelier pour décor de son second message et sa voix y flottait encore.

 

Espérant que mon sourire et mon timbre s’affermiraient, j’ai cherché les yeux de chacun et je me suis lancée.

 

- Je suis émue, vous savez pourquoi et votre merci, votre accueil ne vont pas calmer cette émotion. Nous avons beaucoup entendu, beaucoup lu, sur Emmanuel, mais nous voulons le connaître par vous, ses élèves, comprendre, peut-être, sa raison d’être et de mourir.

Et voilà, ma voix a tremblé sur ces derniers mots, Quelle cruche ! Je vais tout gâcher.

 

Une main s’est levée, non pour demander une autorisation mais pour se réserver le tour de paroles. Il allait en être ainsi pour chaque intervenant, un petit geste puis les mots…

-Nourredine, s’est-il présenté, Manu, nous, on pouvait l’appeler comme ça. Manu nous a appris à aimer un mot, entre nous. Un mot qui a pourri la vie de nos parents après les avoir fait sourire. Le mot, c’est « crédit ». Il nous disait :

« Je te fais crédit mon gars, tu vas assurer ! » quand un exercice, ou une réparation nous faisaient peur. Il nous disait « Crédit » quand on lui racontait quelque chose. Il nous croyait sans demander de preuves.

 

Son voisin a vite levé l’index et poursuivi.

- C’est vrai, Fred…, a-t-il rattrapé, entre nous depuis, dehors parfois avec les copains, les vrais, on le dit.

En parlant de quelqu’un, on se demande : «  Ce mec, tu lui fais crédit toi ? » Si le pote répond oui, net, et si on sent bien l’autre, alors « Crédit », on fait confiance !

Manu nous a expliqué que la confiance, ça se prêtait seulement et qu’il fallait toujours montrer qu’on la méritait, par l’amitié, la présence, le coup de main…

- Francis ! a continué mon Parker de voisin. Pour perdre la confiance, ne plus avoir de crédit, c’est simple et pour toujours. Tu trahis ton copain qui te fait crédit, qui croit en toi.

Tu lui mens au lieu de raconter la vérité, même si c’est pas facile, ou tu n’acceptes pas ce qu’il te dit, tu l’embrouilles…

Il est encore ton copain, tu te balades, tu vas au Mac-Do, tu regardes une vidéo, tu bosses, tu joues avec lui mais il ne te respecte plus, il ne te croit plus et il s’en fout : tu n’as plus de crédit auprès de lui.

 

Une main, un prénom, Jo :

- Manu pardonnait pas tout. Il comprenait comment on en arrivait à déconner. On en discutait. Il donnait des idées pour corriger, pour nous faire excuser par ceux qu’on avait cassés. Parfois, on cherchait ensemble une punition, pour ne pas oublier.

-  Avec lui, pendant les cours, le boulot, il n’y avait que ça ! Il allait de l’un à l’autre, donnait des explications, montrait à main nue, et nous on le copiait avec les outils. Il plaisantait, mais toujours pour le travail, Avec lui, la main devenait celle d’Elastoc pour passer entre les fils et le son du moteur, une musique avec un rythme agréable ou des fausses notes. Nous, on était des médecins, des chirurgiens même, et on ne devait pas la brutaliser ou lui coller une autre maladie, une autre panne à la voiture. La voiture, par son nom complet souvent, la Renault Laguna, pas la caisse, la tire, attention !

- Après le cours, en parlant Momo avait les yeux perdus. Quand tout était rangé, bien propre, nous et les outils, lorsque c’était en fin de journée, on restait dans notre atelier, autour de son bureau.

Il ne s’en servait, avec nous, que dans ces moments-là. On parlait de tout, et Manu répondait à nos questions. C’était souvent des trucs de la télé qu’on ne croyait pas, qu’on ne comprenait pas ou qui nous gonflait, la politique surtout, le foot, les chanteurs, le fric. Ceux qui en gagnaient beaucoup, ceux qui en avaient pas du tout. On ne parlait pas des combines de la cité, mais Manu, on sentait qu’il les connaissait.

 

Nic : – Quand on allait en stage, il se débrouillait toujours pour qu’on touche un peu ; pareil pour trouver des petits boulots le week-end et pendant les congés.

« C’est pas beaucoup, il nous disait, mais au moins c’est propre, ça vous conduira pas en prison, ça vous évitera des relations dangereuses ou pire de pourrir la vie d’autres gens. »

On sait bien qu’il pensait à la chourave, à la drogue, au chantage et aux bagnoles tirées.

 

Ahmed : – Pour qu’il nous fasse Crédit, on restait propre et on en est fier.

Dans la rue, c’est pas facile, facile. Parfois Manu passait, comme ça ! On nous voyait avec lui, nos parents aussi. Ils l’invitaient à manger, mais il disait non, sauf pour un café, un gâteau. On avait compris qu’il voulait vexer personne. Dans la cité, on parlait de la bande à Manu, même si parmi nous il y en avait qui habitaient des pavillons ou des résidences

On nous respectait, sans blague ! Je sais que des mères nous donnaient en exemple à leurs fils…

 

Nous les laissions parler mais d’autres questions n’avaient pas trouvé réponses simples

 

- Et maintenant comment réagissez-vous ?

 

C’est leur directeur qui a répondu pour eux :

- Les garçons ont été très bien. Ce n’était pas facile de mettre un autre prof à la place de Manu. L’Académie nous a laissé proposer quelqu’un. Un mécanicien qui recevait souvent nos stagiaires, qui accrochait bien avec eux, qui accrochait bien aussi avec Manu.

Les remplaçants prof de mécanique auto, il n’y en pas vraiment en stock dans les tiroirs de L’Education Nationale surtout pour une S.E.G.P.A.

Avant d’aller plus loin, j’en ai parlé à Jean-Luc. ça me ramenait au recrutement d’Emmanuel. Il a beaucoup hésité, par peur de ne pas être à la hauteur et puis, surtout, il craignait l’accueil des élèves.

Je lui ai donné raison. Il n’était pas question de prendre une décision, de faire une proposition aux Autorités sans leur avis.

Ah, j’ai oublié, moi c’est Thierry !

 

C’est mon grand voisin, Francis, au large dans son pantalon de survêt qui a continué :

- On en avait parlé entre nous et on ne voulait personne ! On voulait continuer seuls, avec juste un adulte, parce qu’on sait qu’il en faut un, mais pour être là seulement, pas pour nous faire travailler…

Le Directeur, euh Thierry, a-t-il osé, nous a parlé de Jean-Luc. On a rediscuté. Lui, on le connaissait, on était plusieurs à avoir été en stage dans le garage de son père, avec lui. Manu l’aimait bien, le respectait.

On a été d’accord pour Jean-Luc.

Même avec lui, ce n’est pas facile ! Souvent, encore, on l’appelle Manu. Il comprend et ne cherche pas à prendre la place. Il connaît le métier de mécano ; il est sympa ! Trop, parfois, c’est nous qui devons calmer les énervés…»

 

- Max !…

 

La voix s’est levée sur ma gauche. On sentait le teigneux, celui qui écoute et ne se laisse pas raconter d’histoire… Vu sa carrure, sa boule à ras, il devait en imposer. Le regard noir renforçait cette impression. Il avait le coude appuyé sur le bureau, comme s’il le protégeait ou l’interdisait…

 

- Des journalistes nous ont guettés, devant le collège, dans la cité. Il y en a qui nous proposait de l’argent pour leur parler de notre prof. Pourquoi ? Il avait tout dit et leur fric, même pour la coopé, on n’en a pas voulu !

 

- Moi, Matelot, je suis gitan, je préfère chouraver plutôt que de recevoir des sous sur notre Mort ! Il faut pas le salir.

Sous la voix rocailleuse roulait beaucoup d’émotion.

 

Sylvain a posé la dernière question, on lui sentait une kyrielle de points d’interrogation :

- Et après ? Avez-vous pensé à votre avenir ?

 

J’ai cru qu’ils allaient tous parler en même temps. Un brouhaha, des regards, du silence et des coups de menton vers le plus petit, le plus rond assis à la droite de Thierry.

 

« Ben, comme Bénabar, le chanteur, a-t-il trouvé utile de nous préciser. »

Il a regardé les autres ; les autres le fixaient. Il a baissé les yeux, puis d’un seul coup, son regard brillant s’est accroché au mien et il s’est lancé :

 

- Nous, plus tard, bientôt… On ouvre notre garage ! Ensemble, en coopé. Beaucoup de parents, de grands frères, dans la cité, ailleurs, sont prêts à nous aider

Le garage, il sera pour tous, dans un endroit neutre. Au besoin, on fera une tombola, avec une bagnole, non une voiture, en lot… C’est déjà rêvé, bien avancé, cimenté.

Des profs d’économie, de droit nous guideront. Des élèves de grandes écoles sont venus nous voir pour offrir leur service.

Ça réchauffe, on a du monde, des clients déjà.

 

Ses copains l’encourageaient en hochant la tête, avec la main, pour souligner, l’inciter à continuer. Ben était leur porte-parole et racontait leur histoire pour demain.

- On voudrait que notre garage reçoive des apprentis, des gars et des filles en stage, en alternance, en apprentissage pur ; des paumés aussi s’ils le veulent vraiment !

On ouvrira à des jeunes, mais aussi à des vieux, des bricoleurs pour se dépanner…

On voudrait, à côté des ateliers, une grande salle de réception bien chauffée, pour discuter simplement, prendre un café accompagné. Un  point de rencontre !

On voudrait qu’il y ait des jeunes comme nous, filles, garçons, bénévoles qui viennent de temps en temps, pour accueillir, discuter, être gentils…

Ce serait formidable si des étudiants aussi donnaient des cours, des conseils, des coups de main pour les papiers, à ceux qui en ont besoin…

Notre rêve à nous, c’est ça !

Et ça viendra ! Ça vient déjà !

Dans même pas un an, on vous invite pour la nouba d’ouverture.

23 décembre 2017

Petit Pierre et le bonhomme de neige

Classé dans : contes et légendes — linouunblogfr @ 17 h 24 min

C’est la veille de Noël, Petit Pierre est dans le parc près de sa maison. Il est content parce que la neige est épaisse, mais il s’ennuie un peu.

Que peut-on faire dans un parc tout seul quand la neige est tombée… des boules ?  Oh non…  A qui les lancer ?.

Ou alors une grosse, oui, pour faire un beau ventre de bonhomme puis une autre belle plus petite pour la tête ;

Pierre roule ses boules… Il a froid, il saute et frotte son nez.

bonhomme de neige

Bon maintenant, il faut un beau foulard pour le cou du bonhomme, un chapeau sur son crâne… Vite, Petit Pierre court à la maison, ramène ses trésors : une carotte pour le nez, deux moitié de pomme de terre pour les oreilles, dans le trou de la bouche, il enfonce une vieille pipe

Il dessine les bras, les jambes, accroche une canne au côté du bonhomme et voilà !

Et non il manque quelque chose…Quoi donc ?

Mais oui, les yeux ! De sa poche d’anorak, Petit Pierre sort deux belles agates claires ave des ailes de papillon multicolores  dedans. Voilà fixé l’œil droit, puis l’œil gauche… Petit Pierre est fier : son bonhomme est réussi, vraiment !

Petit Pierre tape des pieds, mouline ses bras ; il se réchauffe et souffle un gros nuage de vapeur sur le visage de son bonhomme.

-        Soudain, il entend une grosse voix :

-        Ouais, je suis très beau ! Tu as bien travaillé !

Quel bond pour le garçon ! Il tourne sur lui-même, il tourne autour du bonhomme de neige… Personne !

- Ah, ah, ah, que tu es drôle ! Ne cherche pas, c’est moi, ton copain tout froid. Ton souffle m’a donné vie. C’st bientôt Noël, je voudrais en profiter pour aller voir les rues de ta ville !

-Mais, mais, bêle Petit Pierre, un bonhomme de neige, ça ne parle pas, ça ne bouge pas, ça ne regarde pas…

- Moi en tout cas si. Allez viens, souffle fort sur mon nez, et en route.

Petit Pierre avance doucement suivi par le bonhomme qui glisse sans bruit sur la neige du parc

Bientôt, ils sont dans la rue aux vitrines illuminées, la rue pleine de gens pressés.

Petit pierre se demande ce que vont penser toutes ces personnes..

Et bien, elles ne s’étonnent pas ; si elles pensent, c’est seulement que Petit Pierre est avec un copain très bien déguisé en bonhomme de neige. Ce ne serait pas sa pipe qui fume et ses yeux qui remuent, on dirait un vrai !

Le bonhomme de neige, lui, ne regarde que les lumières des magasins. Il est ravi, heureux…

Petit Pierre lui souffle

–       Ne t’approche pas trop, ça chauffe toutes ces lampes ! Tu commences à fondre.

–       Tant pis, c’est trop beau

–       Allez viens, retournons dans le parc tout froid, ici la neige est sale, grise.

-        Non, non, je suis trop bien.

Et arrive ce qui doit arriver à tout flocon, tout glaçon réchauffé ; bonhomme de neige fond, fond, diminue, diminue…

Tombe la canne puis le foulard, la pipe aussi puis le nez carotte ; le bonnet glisse et bientôt les yeux ne brillent plus.

Petit Pierre entend un dernier gros : « MERCI ! »

Puis sur le trottoir, il n’y a plus qu’une belle flaque d’eau.

Petit Pierre rentre chez lui, triste bien sûr mais peut-être a-t-il rêvé… Dans sa chambre, il dessine un magnifique bonhomme de neige, tout semblable à son copain.

Petit Pierre a souvent rebâti des bonhommes de neige, il a soufflé dessus très fort, mais aucun n’a fait briller ses yeux, pris une grosse voix et glissé derrière lui… mais un jour d’hiver, peut-être…

Chaque soir, Petit Pierre regarde son dessin et parfois, juste, juste avant de s’endormir il voir deux billes briller et une pipe fumer.

Allez, bonne nuit Petit Pierre…

 

- 54 – La garantie. suite….

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 15 h 42 min

 

« … et l’École renaîtra de mes cendres ! « 

 

Dernière main levée, il se faisait tard, pour sans doute la plus importante des interrogations.

L’animateur de Radio qui nous l’a soumise faisait partie de mes voix du matin. Il m’était arrivé de l’interpeller au cours de son émission ouverte à tous et d’exprimer mes colères comme mes espoirs. Je ne m’attendais pas à sa présence.

- Quelles garanties avez-vous que cette Charte, née d’un vaste consensus, présentée au Parlement, vraisemblablement adoptée, prendra force de loi et sera suivie des décrets, des circulaires d’application et d’une mise en œuvre réelle ?

Je n’ai pas laissé passer l’occasion et j’ai agité mes feuilles de notes pour indiquer que je souhaitais répondre :

- Ce n’est pas notre premier entretien, Monsieur, mais c’est la première fois que nous conversons en nous voyant, bien que nous soyons presque voisins !

Notre Recueil propose, impose car c’est une volonté populaire, qu’un Comité de Suivi permanent, régulièrement renouvelé, en contact constant avec ceux qui nous ont fait confiance, qui nous ont portés, soit constitué, dès maintenant, à partir, pour commencer, de délégués volontaires et choisis parmi notre Comité National.

Indépendant, il aura pour mission de rester en liaison avec le Ministère, avec les commissions parlementaires adéquates et avec les observateurs de chaque Académie.      Nous souhaitons que la trame ainsi tissée ne se délite pas.

Notre vigilance doit rester éveillée, notre pugnacité à obtenir la totalité de nos demandes ne faiblira pas et cela en dehors de tous jeux politiques.

A nous, les citoyens d’aujourd’hui, de demain de toujours, de veiller à qu’elle se mue en réalités répétées

Vous savez, nous n’avons rien inventé, rien créé selon ce pauvre Lavoisier, mais tout s’était tellement transformé, qu’il était nécessaire de réorganiser.

Mon amie sablaise m’a appris une de ses expressions chaumoises et ma foi, je la trouve de circonstances :

« Nous n’avons fait que tapiner les rets », ravauder l’immense filet de l’Ecole, qui avait tendance à se démailler.

Ce réveil, sonné par le geste d’Emmanuel, nous voulons, nous pouvons le transformer en vigilance. Elle sera notre garantie.

La conférence de presse s’est achevée vers 13 h.

Les délégations parisiennes, une par arrondissement, avaient organisé un repas dans la cantine d’un groupe scolaire.

Cantine ? Restaurant d’enfants plus exactement. L’un de ces espaces où la diététique, la séparation des coins repas s’additionnent avec la recherche de présentation des plats, l’attention éducative des animateurs et l’implication des enfants dans le service et dans la connaissance des aliments.

Une restauration scolaire pensée, expérimentée, née à Montgeron dans l’Essonne, à l’initiative, après la guerre, d’un précurseur, un instituteur, Raymond Paumier.

Rares sont les communes qui s’appliquent à inclure véritablement ces moments dans l’Education des enfants !

Parisiens, banlieusards, provinciaux, outre marins et émigrés, tous les délégués ont fait honneur à un menu simple, frais et délicieux.

Il est extraordinaire de constater comment une communauté de pensées, un même souci d’approfondir peuvent agréger des personnalités aussi diverses, aussi fortes, pour donner à leurs moments de détente une ambiance conviviale, complice.

Que du bonheur !

 

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Victor Coudesabot |
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