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28 février 2017

MECHANCETE ET BENEVOLAT

Classé dans : Non classé — linouunblogfr @ 18 h 01 min

            Ce qui m’effraie le plus, la maladie la plus grave à mes yeux c’est la méchanceté. Si je passe en revue toutes mes années de cours de récréation, élève puis enseignant, toutes mes années d’animation comme gamin, ado, responsable, si je me repasse toutes les conversations échappées d’un groupe d’enfants ce qui revient le plus c’est il, elle est méchant(e) ! avec tous ses corollaires circonstanciel, avec tous les formes d’expression de cette méchanceté… Parfois, à notre question, l’enfant répond «  il est bête ! » mais ce n’est souvent qu’une nuance quasi synonyme pour éviter le poids de « méchant ! ».

            L’acte qui blesse, qui veut blesser, la ^parole humiliante, le rejet, la mise à l’écart sont souvent de courte durée et peuvent frapper alternativement l’un ou l’autre, méchant d’un jour, victime un autre… Sauf avec les plus faibles, vite les plus vulnérables, les proies du groupe… Hélas, le héros qui va devenir le protecteur de l’opprimé, si traditionnel dans notre littérature n’est pas aussi courante que le raconte les auteurs… Heureusement elle existe, même si le « chevalier » a surtout besoin d’un faire-valoir, d’un écuyer dévoué…

J’ai toujours considéré que notre présence adulte, vigilante, était essentielle dans le microcosme de la cour de récré. « la dure loi de la cour » est éducative paraît-il, peut-être, certains abusent de notre protection, certainement, est-ce une raison pour laisser s’aguerrir nos petits et laisser leurs bleus devenir des traumatismes durables ? Dautant plus que les brimades, les agressions ne sont pas toujours évidentes : un ostracisme, des paroles humiliantes, le silence de l’isolement parfois blesse mieux qu’un coup. « Y veulent plus me causer ! » est un cri de détresse…

En face nous avons : « il, elle, l’a mérité, il est sale, il a fait pleurer mon copain, il a triché…, il a cafté… les raisons sans doute fondée, quoique « pas de fumée sans feu » soit un adage terrible !

Et puis la tache d’huile, et parfois même hors de l’école, étendue à la fratrie, aux générations écolières suivantes… la vendetta aveugle… qui crée des prédateurs et des proies jusqu’à ce que les victimes résignées deviennent des loups solitaires dont les actes sont des revanches nécessaires…      Là, nous entrons dans le vaste registre des thrillers les plus noirs, pas moins plausibles que les marâtres cruelles de contes ou les ogres…

Finalement, je viens d’expliquer, sinon justifiée la méchanceté, sur le principe de l’antériorité, le méchant de la cour de récré serait une jeune victime d’oppression, de perturbation, vécues ou en cours. De son contexte éducatif, donc !

Si c’est vrai alors pourquoi ne sommes nous pas tous méchants ? D’abord, c’est ans doute moins net, et je suis convaincu que nul n’échappe aux pulsions de méchanceté : «Ça me ferait du bien si le  frappais ! » Dans des circonstances de grande injustice de la vie, décès, ruine d’un projet, … combien n’ont pas voulu s’en prendre au monde entier ? Démolir, nuire, faire souffrir aveuglement ? Le bonheur ai-je lu récemment, sans pouvoir en citer la provenance, est un état d’apaisement, d’équilibre entre deux crises. Bon, alors les occasions d’être abattus ou agressifs ne manquent pas.

Ce n’est pas cette méchanceté latente, parfois salutaire quand elle met en contradiction mon envie de violence avec ma nature apaisante. Non, ce que je crains par-dessus tout c’est la méchanceté délibérée, constante quelles que soient ses sources originelles. la méchanceté devenue une forme d’être, une raison d’être même.

Je la redoute surtout chez les gens intelligents, c’st à dire capables d’analyser, de structurer, de faire se compléter, s’enrichir, de faire s’épanouir les idées… Pas besoin d’avoir étudier pour cela, ça aide comme un apprentissage et ça fournit des connaissances, mais ne développe pas nécessairement les aptitudes à l’intelligence… J’ai connu des élèves dits en difficultés intellectuelles capables de concevoir plus vite et mieux que moi le montage d’une maquette, d’un moteur… Mo je lisais la notice, eux concevaient les démarches et les mémorisaient… Moi je relisais. La bêtise à l’inverse est l’inaptitude à concevoir puis utiliser les connaissances. Ne pas pouvoir lire est un manque pas une infirmité !

L’intelligence, mon cher Esope est la pire et la meilleure des choses ! C’est un outil sans cesse perfectionné qui se révèle une arme terrible au service de la méchanceté. Il est probable, certain, que les grands ennemis de l’humanité, étaient des méchants intelligents.

Parlons un peu de la bonté, est-elle le contraire de la méchanceté.si j’étais féru en philosophie peut-être que j’aurai dû parler du bien et du mal, mais ça c’est trop fort pour moi. par contre être bon ça me parle. « Être bon c’est être con ! » Vox populi,

Comme il est agréable de penser bon en termes d’aptitude : de la capacité au don en passant par l’art !

En quoi suis-je bon, sincèrement, pour dire, voire inventer des contes, mener une leçon et une classe, animer des jeux, écrire un peu de tout, diriger une équipe… J’ai pu constater que ça marche mais je connais mes limites et je sais reconnaître ceux qui excellent dans ces domaines. Sans y réussir aussi bien que je le voudrais, j’aime bien peindre, bricoler, courir, marcher, skier… Je m’en contente, à tort sans doute.  Un gamin que je complimentais pour son dessin d’un bateau sur une mer agitée, m’a répondu « Tu vois pas, il est pas beau, je ne sais pas dessiné l’eau ! » Cela dit pendant ¼ h il avait tiré la langue et pris du plaisir à ce qu’il faisait. Lucide le bonhomme ! Peut-être qu’un meilleur prof que moi lui a enseigné à peindre les vagues et que lui l’a assimilé. Ce bon là est à la portée de chacun et c’est un bonheur formidable d’écouter, regarder, voir s’impliquer l’homme et la femme passionnés, les gens d’art. Leurs critères sont nets comme pour mon gamin : ils ont pris du plaisir à faire et ils ont réussi à la hauteur de leur projet. C’est bien élaboré, bien fini et même beau souvent !

Evidemment ce n’est pas cette bonté, qui me pose question mais bien celle qui fait qualifier le bon de con. C’est vrai que l’on ajoute ‘’trop’’ souvent, peut-être que modérément bon, on est moins con ?

Bon c’est, foin des définitions, les dicos sont là pour ça, non seulement ne pas faire de mal, essayer au moins, mais surtout être attentif à l’autre. Où est la niaiserie là dedans, sinon dans la peur du regard des goguenards sur un jobard ? où est la mièvrerie ? Être bon c’est servir l’autre à être mieux en partant du principe qu’apaisement vaut tranquillisants et que se construire, reconstruire peut- alors être possible. Être bon c’est penser à soi aussi, savoir que le danger vient plus d’une personne ignorée, rejetée, que d’une personne écoutée, aidée. ce n’est pas tendre la joue gauche lorsque la droite a été giflée, non plus, l’acte de sanction doit se faire justement puis être expliqué. Pardonner n’est pas bonté, comprendre n’est pas admettre. j’ai eu l’occasion à plusieurs reprises, de revenir sur le passé avec mes anciens élèves, j’ai compris que je n’avais pas toujours été tendre, mais toujours présent quand ils avaient besoin de moi, je suis persuadé qu’il m’est arrivé d’être injuste, ces fameuses sanctions collectives notamment, mais j’expliquais toujours !!!

Un souvenir avec mes grands en rupture d’école voire de société, en revenant du gymnase, j’ai senti ma colère gonfler, arrivés dans la cour je les ai alignés presque sans parole, et je les ai giflés un par un , une vingtaine de gaillards habitués aux bagarres de rue, j’avais 26 ans eux de 14 à 18 ans ! Pas un n’a moufté. « Vous avez compris ? La dame que vous avez insultée, dont vous vous êtes moquée, aurait pu être, votre mère, votre sœur, comment auriez-vous réagis alors ? Durement ! Moi j’ai eu honte de vous, mes élèves ! » Nous n’en avons reparlé que 34 ans plus tard à mon départ en retraite. Apparemment, ils n’avaient pas oublié. J’étais bon ? J’étais con ?

Des bons, j’en ai connus, j’en connais beaucoup, des méchants aussi.

J’aime que bon soit la qualité des gens de bonne volonté des bénévoles.

Question récemment posée : pour toi, c’est quoi être bénévole ?

J’ai répondu…

            Etre bénévole, c’est une façon de vivre, d’être en soi, et une façon de vivre, d’être dans l’humanité, concept plus large, plus flou que celui de société et par cela même, plus ouvert en opportunités pour tenir compte des autres.

Plus que la force de vie, s’ancre l’Espoir, celui de la boîte de Pandora, celui du bûcheron implorant la venue de la mort et trouvant des prétextes, des travaux inachevés, pour la repousser lorsqu’elle répond à ses appels. Aspirer au repos ultime même, en des circonstances d’intense lassitude, de souffrance, n’est-ce pas espérer en cette porte, non pas de sortie mais de secours ?

Comment faire preuve d’élan, d’engagement vers les autres si on ne possède pas cet espoir ?

J’ai eu la chance, de côtoyer, de faire, avec d’autres bénévoles… Ensemble, nous avons rêvé, réfléchi, tenté, espéré, désespéré, réussi, abandonné, aimé, détesté… Nous avons souvent été des « Auvergnats » à la Brassens, moqués, exploités par les « Croquants » du même poète. Nous avons ri et pleuré aussi. Nous avons éprouvé beaucoup, beaucoup d’émotions, de la rage au bonheur. Ce bonheur d’avoir rendu d’autres heureux, d’avoir tiré hors de l’eau la tête de quelques uns qui se noyaient…  Ce sentiment de réconfort final est le plus difficile à éprouver car il nous laisse vacants en fin d’action, donc vulnérables à l’émotivité, alors que la colère et la rage, donne de l’énergie, celle du désespoir.

            Le plus souvent, le bénévolat est assimilé, avec condescendance, à amateurisme et gratuité du geste. C’est vrai et faux !

Vrai, parce qu’être amateur, c’est aimer et que le cœur a des élans que ne soutient pas toujours la raison, mais faux parce que, pour donner corps à ces élans, pour faire, souvent, les amateurs deviennent de vrais spécialistes de l’objet de leurs passions et se donnent les moyens de comprendre et d’agir.

Vrai, quant à la gratuité du geste, parce que l’acteur de la belle volonté, n’attend ni bénéfice matériel ni honneurs, ni reconnaissance, en principe, mais ça, c’est autre chose car donner sans que soit apprécié, donner son prix humain, à l’action, ce n’est pas la renier certes, mais c’est un partage raté. Même si ce ne sont pas les bénéficiaires de l’aide apportée qui en témoignent, il est chaud de pouvoir trouver chez ceux qui ont vu, suivi et constaté la réalisation, le reflet de l’effort, de l’implication  fournis. Le bénévole n’est pas un robot ; il éprouve des émotions et leur partage est important… Un mot, un sourire, une tape… valent plus que toutes les médailles, lorsqu’ils sont prodigués au bon moment…

Faux car lier bénévolat à la seule absence de rémunération est une aberration !

            Chaque jour, chaque heure, des hommes de femmes, de tous âges, de toutes conditions, accomplissent pendant leur temps de travail ou en complément, des actions généreuses conséquentes.

L’accueil, l’accompagnement, la démarche, le suivi hors temps professionnel, la politesse même, le respect, sont des élans de bonne volonté qui font que celui qui les reçoit, retrouve espoir et confiance… Mieux, il trouve une réponse à son problème, un regain d’énergie pour se remobiliser….

Pas d’exclusive pour ces métiers, tous, tous, peuvent être l’occasion de ces plus qui lient les individus.

Autour de mon école de la banlieue parisienne, il existait, il existe toujours, un groupe, une amicale de presque deux cents personnes, parents ou non, qui se mobilisent pour améliorer les relations, animer nos festivités, donner des ressources à nos projets… et, plusieurs fois agir pour secourir des familles en détresse…

Aujourd’hui, j’appartiens, dans un petit village, à une association,  dont les membres croient que transmettre par l’écrit est un lien social indispensable. Elle s’est vu confier la gestion d’une bibliothèque, modeste mais active… Nous avons des contacts réguliers très chaleureux et constructifs avec nos lecteurs eux, tant pour discuter livres qu’aider à des enquêtes, des devoirs, pour les écouter, apprendre autant d’eux qu’ils apprennent de nous… Nous contons avec bonheur et régularité aux bébés-lecteurs, aux enfants des écoles, nous animons quelques expositions, organisons des veillées… Nous avons fêté l’anniversaire de ses 30 années d’existence ; notre bibliothèque a ponctué bien des événements et même  donné naissance à un animal totémique…

Je ne sais si nous apportons plus, moins, que les intervenants employés en collectivités territoriales, différemment sans doute parce que nous avons des permanences tournantes, des spécialisations selon nos choix et les compétences de chaque membre de notre groupe, parce que nous avons besoin de confrontation de tous les points de vue avant de prendre des orientations… Peut-être que nos liens avec les gens du village, avec ceux dont nous partageons les activités dans d’autres activités, nous permettent-ils des contacts privilégiés… Nous savons la fragilité du bénévolat en général, son usure aussi. Pour l’instant, nous regardons le bilan de nos fréquentations et les témoignages de satisfaction de nos lecteurs et avons le sourire.

J’ai la chance de vivre mon bénévolat avec des personnes largement impliquées dans d’autres  actions, association locales ou nationales.

J’ai la chance de vivre mon bénévolat dans un village dont le tissu associatif est réel, dont, dans l’ensemble, les responsables, «tiennent le coup », parfois difficilement. Pourtant, je regrette la disparition de certains mouvements faute de relève…

J’ai la chance de trouver dans ma famille, mes amis, de véritables acteurs du bénévolat tel que ces lignes vous l’ont présenté.

J’ai la chance de connaître des élus véritablement imprégné de leur engagement au service des autres, c’est sans doute celui qui est le plus difficile et fait avec foi, lucidité et compétence le plus utile.

            Cette communauté d’engagement, d’esprit et d’actes, oserai-je dire cette communion, est une richesse dont je suis fier.

Je sais que nombre de bénévoles se mettent à la disposition d’œuvres où les « consommateurs » sont plus nombreux que les acteurs. Mais, aider à ce que chacun se sentent bien, mieux parfois, n’est-ce pas aussi favoriser la convivialité, base de relations apaisées ?

Je comprends la réticence à cet engagement. Parfois, lorsqu’un parent me disait : « Je renonce à mon appartenance à un mouvement altruiste, parce ce que cela prends (vole) du temps à ma famille… », ma réponse était, le plus souvent car il faut bien s’adapter aux cas :

« Si vous êtes convaincu de votre utilité dans ce mouvement, si vous y trouvez votre épanouissement, si vous en êtes fier, alors faites le partager aux vôtres. Pas en les impliquant, ça c’est leur choix, mais en vous expliquant, en partageant vos émotions, la chaleur ressentie dan vos réussites et l’inquiétude dans vos ratés…

Je n’ai jamais rencontré un enfant qui ne soit fier, au fond, de savoir ses parents appréciés et utiles, dans leur travail comme dans leurs engagements. Tout est une question de dosage, c’est difficile, pas de renoncement !»

Etre bénévole, ce n’est ni se résigner à abandonner ce qui nous fait plaisir, ni se sentir dévalorisé en regard de ceux qui accordent la priorité à leur réussite sonnante et trébuchante, en écus comme en grelots notoires

 Etre bénévole, c’est servir avant de se servir, comme une simple politesse de tour de table.

Et puis, finalement, devant son miroir, jusqu’au dernier clin d’œil, pouvoir se dire «  Tu as bien vécu ! Malgré, tes erreurs, tes fautes même, tes attentions pour les autres ont fait de toi un individu qui a, un peu aidé, à ton échelle, à huiler le cheminement de l’humanité. »

Mon prof de philo, la philo est éternelle, nous avait fait disserter sur l’ontogénèse reproduisant la phylogénèse, j’aime mieux penser que l’histoire d’un être humain laisse une empreinte sur celle de l’humanité, si possible, une trace positive et constructive… même par simple bonne volonté !

Pourquoi tout cela aujourd’hui ? Parce que j’ai peur que la méchanceté gagne !

J’ai peur que les bons trop souvent à la recherche du compromis ne restent dans l’attente d’une accalmie, j’ai peur que les bons ne puissent que soigner les blessures…

Bien sûr, le malheur fait peur, la misère fait peur, bien sûr que comme dans le conte russe de LA MOUFLE, à force de se tenir chaud en accueillant encore ert encore tout éclate !

Mais bon sang, aura-t-on plus chaud lorsque dehors les autres seront morts ?

Sera-t-on plus tranquilles lorsque les « barbares » n’auront-plus d’autres alternatives que de nous envahir.

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Victor Coudesabot |
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