Réfléchir et dire… un peu

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17 novembre 2017

18- Les délégués. suite

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 8 h 18 min

« …et l’Ecole renaîtra de mes cendres… »

 

A l’ancienne, comme en 1788, de communes en cantons, en départements, en régions, se sont déléguées des responsabilités, ont été désignés des Représentants Populaires  au sens le plus noble de la confiance publique.

Ce fut long mais l’élan impulsé par la volonté de répondre ensemble à l’immense besoin ressenti, nous offrit la patience nécessaire.

Je me suis impliquée dès le début dans cette révolution.

Pourquoi moi, alors que tant d’autres, plus compétents s’éveillaient, eux aussi meurtris par les images et les mots ?

Je me suis senti portée par ceux de notre groupe, peu à peu, devenu important.

Avec Gilbert, l’ancien gendarme, devenu si féru, si convaincant, j’ai présenté nos réflexions au Comité regroupé à Montpellier.

Moi qui n’avais jamais appartenu à un quelconque parti, syndicat, groupe d’opinion… je me suis retrouvée porteuse de nos idées vers la capitale, élevée au rang de déléguée nationale.

Yann partageait mes inquiétudes, mes enthousiasmes, calmait mes emballements et m’assurait que « ça valait le coup ! »

Il s’est arrangé pour se libérer du bureau, travailler à la maison, vive l’informatique, pendant deux semaines afin de s’occuper des enfants toute la durée de ma mission.

Maman s’était proposée, Xénia était prête à interrompre sa villégiature marocaine…

J’étais heureuse de ces formes de satisfecit. Je savais ce que représentait, en discussion avec son pacha, la proposition de ma belle-mère, autant que la descente de son fief pour ma mère.

Yann a été catégorique. Merci mais il garderait le foyer, lui !

Sa part dans notre engagement, c’était ça, le temps de ma tranquillité et sa présence rassurante auprès de Killian et de Juliette.

Il ne nous a pas ménagé l’apport de ses techniques d’informaticien, non plus, dès le début.

De Montpellier, je rentrais chaque soir, piloté par Gilbert.

La synthèse des contributions de tous les groupes de notre Académie nous a mobilisés cinq belles mais longues journées dans un petit théâtre.

Par Internet mais le plus souvent, autour d’un verre chez l’un ou l’autre, nous nous ressourcions auprès de nos amis du village. Nous élaguions nos doutes, clarifions les propos enregistrés et préparions la  journée suivante.

Je craignais la solitude de ce voyage à Paris. Pas l’isolement personnel, la capitale n’était pas un désert familial, mais mon manque d’assurance pour cette dernière étape.

Assurance, comme celle que confèrent des équipiers de cordée à l’alpiniste qui franchit une passe ardue.

Nous avons convenu de messages réguliers que Gilbert répercuterait auprès de nos collègues de Montpellier. A eux de faire suivre à tous ceux qui les avaient mandatés.

Notre forme d’engagement, née de la volonté de Manu, se devait de toujours impliquer la trame la plus vaste de ceux qui s’étaient levés.

16 novembre 2017

17 – Voyage dans l’Yonne. suite

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 15 h 28 min

« …et l’école renaîtra de mes cendres… »

Alors que mes parents prenaient la vie comme elle se présentait, même si Colette faisait mine de la déchiffrer. Ils laissaient la nature, celle des êtres et des choses, suivre son cours. David lui croyait à l’influence des circonstances et au cap que l’on pouvait donner à notre bateau de vie pour les modeler, les corriger, les dépasser. Il croyait en l’héritage génétique et en l’Education.

Il avait placardé dans son magasin, dans le département, il parlait ainsi, ‘’APPRENDRE‘’, cette affichette joliment festonnée :

« Peut-on dire qu’il n’y a qu’un chemin pour apprendre ?

Bien sûr que non, ce serait trop triste, trop simple ! On mettrait chacun dans des petites cases en ayant interdiction d’en sortir…

Mon Dieu, quel ennui mais surtout quel danger ! »

Il ne connaissait pas l’auteur de cette citation, l’ayant copiée, un jour, dans la vitrine d’une bibliothèque communale, sans même penser à y pénétrer.

Je m’étais promis de lui donner une identité mais mon intention était restée à l’état d’ébauche, pour l’instant.

Pour que s’épanouisse un enfant, David mixait beaucoup : un peu de Rousseau mâtiné d’Alain, Emile frotté aux Propos sur l’Education, une pointe de Pagnol guindé, fortement relevée de Hussards de la République et adoucie au miel des rêveurs de 68.

Il n’aurait jamais été enseignant, reconnaissait-il, trop affectif, trop tendre, trop permissif, trop coq-à-l’âne, trop d’écoute…

Il évoquait les écoles fermées des villages traversés, les bibliothèques négligées, les nouveaux intérieurs des jeunes couples sans livres apparents ; même s’il admettait la culture par l’écran, la page tenue lui aurait manqué.

Il disait la jouissance de la belle reliure, de l’avant lecture et de son après, de la 4ème de couverture. Il ne voulait pas être déçu et ne désirait pas connaître la vie des auteurs ni celle des artistes.

Pour lui, un meuble aussi était un livre, presque…

Les bibles annotées, les livres manuscrits de recettes, les journaux intimes inachevés, les dos de cartes postales, les photos de classe, officielles ou témoignages instantanés de vie écolière… tous se prennent en main, s’éprouvent charnellement, intimement.

Il regrettait avoir vu Yann trop léger dans son métier d’élève. Avec moi seulement, je crois, il reconnaissait sa fierté faussement goguenarde devant les remises à niveau autodidactes, les brillantes réussites de son fils.

Son souci de stimuler tous ses petits enfants, ceux de ses deux fils, sa complicité avec les jeunes visiteurs de son antre, son accueil des classes à la découverte, naguère, des vieux objets… le transportaient d’importance heureuse.

Son avis m’était nécessaire !

Merveilleuse coïncidence, nous avions été sollicités pour décorer une classe pour les 70 ans d’une école crée en 1929.

Pour l’occasion, David s’était mué en sociologue, en historien et en dénicheur d’archives. Surtout en fouineur, fouineur de mémoires, fouineur de symboles, fouineur d’images, de souvenirs.

 

15 novembre 2017

16- Le Broc. suite…

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 18 h 15 min

« …et l’Ecole renaîtra de mes cendres… »

            Je travaillais souvent avec mon beau-père. Il était le maillon actuel d’une grande chaîne familiale de « Peaux de lapin », de chineurs, de brocanteurs.

Lui ne circulait plus, sauf pour rencontrer vendeurs ou acheteurs, et encore, le plus souvent ses partenaires venaient à sa boutique près du M de Montpellier. Bazar, vaste et ordonné devant, deux étages de tentations, entrepôts derrière, vrac fonctionnel, recueil de bureaux presque complets, bécanes comprises.

 

J’assurais la place abandonnée par Xénia, plus classe qu’Eugénie, la mère de Yann, mon informaticien de mari, qui, autrefois, tenait « la Grange »

.

David n’avait pas compris que sa femme, si belle, si attentive à séduire, était, elle aussi, en dépôt vente. Un jour, elle a trouvé preneur et quitté son antiquaire.

Je la connaissais et sympathisais avec elle. Il était difficile de faire autrement, charme et gentillesse étaient ses fonctions vitales. Elle avait besoin d’être aimée et guidée, fermement. David manquait de cette poigne !

Xénia adorait ses petits-enfants, lorsqu’elle les rencontrait… Peu fréquemment. Son nouvel époux exigeait sa présence, ce qui la comblait, polarisait son attention sur lui, en priorité. Elle appréciait, voyages, réceptions, soins d’elle, meublait son temps, son esprit. J’avais rarement croisé son riche mari, gentil mais condescendant, beauf, réac mais sans excès.

Je remplaçais souvent David.

J’adorais promener les chalands dans les travées, devant les présentoirs, les vitrines de bijoux anciens, de babioles étranges, les étagères de livres reliés, de B.D. désuètes.

J’aimais entendre les déposants vanter les services rendus par le meuble, l’ustensile proposé. Profit escompté sans doute, mais aussi seconde chance pour un compagnon inanimé. Je comprenais leur nostalgie et parfois même l’humidité de leurs yeux lorsque l’objet, trop encombrant en volume comme en souvenirs, venait de la maison  d’un parent disparu.

Yann avait conçu un site extraordinaire pour vanter le magasin de son père. On s’y promenait en ouvrant des portes aussi magiques que la grotte d’Ali Baba.

Je l’alimentais avec les nouveautés, je mettais à jour le catalogue souvent changeant.

La possibilité de pouvoir travailler depuis notre domicile, la liberté laissée à mes présences me convenaient et convenaient à notre vie de famille. Mon beau-père me versait un salaire non négligeable et bien utile lors de nos premières années de couple.

J’appréciais beaucoup David ; il était devenu un conseiller pour moi.

C’est tout naturellement vers lui que je me tournais pour faire le point et savoir si mes engagements nouveaux étaient réalistes, compatibles avec travail et famille.

David, pour moi, parfois, évoquait ses soirées dans les cafés, chez des instits retraités ou débutants… La crise de 2009, celle de son père en 68, de son grand-père pendant la guerre. Ses récits me faisaient cheminer avec les colporteurs de marchandises et d’idées, les almanachs sur pattes…

Il avait un amour enfoui, impossible, pas très ancien puisque né avec mon mariage. Il y avait rencontré ma tante Alice et en restait profondément marqué.

Il la citait trop, me questionnait trop pour que n’affleurent pas ses sentiments. Je suis à peu près certaine que ma séductrice de tante avait vite deviné cet intérêt. Il devait la flatter malgré son attachement indéracinable à son Robert de mari.

Il s’entendait parfaitement avec mon inventeur-planeur de père et il montait souvent vers lui, sur la Barrière des Cévennes, pour la restauration d’un meuble.

Ces prétextes, utiles néanmoins, leur permettaient de longs échanges décousus, pour nous…

De la terrasse grossièrement pavée, on assistait aux envolées de pipes plus souvent préparées, tassées que fumées, depuis les bancs de pierre, dans le verger redevenu, depuis longtemps, sauvage.

David se débrouillait le plus souvent pour que ces échappées correspondent avec des congés scolaires et faisait suivre mes enfants, Juliette et Killian. Pour leur grande joie, pour celle des deux papys et de leur mamy.

Colette, ma mère, finaude, connaissait le pouvoir de séduction de son Alice, autant que sa fusion avec Robert, et jouait malicieusement des mirages de mon pauvre beau-père. !

Elle avait rapidement perçu l’attrait qu’exerçait sa sœur parisienne sur le brocanteur.

Elle l’entretenait benoîtement des nouvelles de la femme de l’horloger, arrivait même à lui tirer les tarots et ce grand benêt béait.

Pauvre d’espoir mais si riche de fantaisie !

Il ne se faisait aucune illusion, c’est certain. Il appréciait énormément Robert et n’aurait voulu pour rien au monde envisager de troubler le couple.

Non, il se faisait son cinéma. Sur l’écran de son imagination, il projetait des sourires amusés, des gestes esquissés, une ou deux valses partagées, des regards complices, de demies confidences… rarement alimentés, pour ses séances intimes.

14 novembre 2017

14-Le grand réveil.suite

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 11 h 29 min

  »… et l’Ecole renaîtra de mes cendres… »

Partout des rencontres sont devenues des assemblées. Des débats se sont ouverts. Les réunions se sont tenues dans des cafés, des cinémas, des théâtres, chez des particuliers… rarement dans des lieux officiels, peut-être quelques salles des fêtes, rarement.
Leurs animateurs se dégageaient par leur charisme, leur crédibilité, plus que par leur notoriété…

Un grand brassage des idées, a bouillonné. Un maelström capable de réveiller le sommeil du Présent et rendre crédible le Renouveau. Un grand mouvement porté par la majorité des citoyens volontaires pour donner sa Chance au Futur.  Les anarchistes endormis se sont réveillés.

Les journalistes n’étaient, en principe, pas admis ou seulement, en tant que parents, que citoyens.

Pourtant, heureusement, ils ont rendu compte et ce sont leurs articles qui ont permis que s’échangent les idées, les doutes, les pistes…

Que se construisent les propositions, les exigences et que se dégage une Charte.
Techniquement, tous les moyens modernes ont été mis en œuvre pour la communication, le tri, l’analyse, la synthèse…

Les cahiers de doléances des Etats Généraux se filigranaient à travers toutes nos initiatives. Contrairement à tout ce qui avait été fait jusqu’à ce jour, ce n’est pas le gouvernement qui s’est emparé du résultat de cette immense consultation nationale spontanée. Officiellement, il a regardé le mouvement s’organiser et a émis des encouragements paternalistes.

Comme nous pouvions le prévoir, c’est normal, les tenants des nouvelles normes instaurées depuis 2009 ont dardé leur opposition.

Ils ont sorti des placards d’archives, le spectre des barricades de mai 68. Pourtant, depuis quarante-cinq ans, d’autres manifestations chaudes avaient enflammé nos rues…
Ils ont clamé le danger de dévergondage que nous allions faire courir à notre Education Nationale, à notre Jeunesse.

Les partisans de l’Encadrement ont développé les avantages rassurants des digues du ”Bon Dressage”, des canaux éducatifs menés sans méandres entre des rives bien cimentées.
Ils ont insisté sur le péril à laisser les rivières aventureuses, les torrents de l’enfance divaguer, délaisser leurs cours…Sournoisement, mais avec tous les moyens d’enquêteurs assermentés, des investigateurs minutieux ont exhumé le passé de Manu. Ils ont insisté sur ses violences militaires. Ils ont ainsi expliqué ses outrances autant que ses utopies. Pendant quelque temps, le thème de l’attentat, travesti en égarement pseudo altruiste, a été brodé.

Il a soulevé une telle vague de protestations que le repli vers le dérangement mental est demeuré la seule option officielle.

Sylvain n’a pas été épargné. Il fut harcelé après son réveil, soupçonné de complicité !
Les élèves de Manu, si voisins dans leurs relations avec le monde marginal des cités et des clandestins, ont subi aussi des interrogatoires.

Le juge, la police, les surveillants vigiles du collège se les sont repassés avec pour objectif de lier leur prof avec les Hors-la Loi.

Des journaux ont eu droit à la révélation de ces démarches sans fondement ni résultats tangibles.

Parfois, peau de l’ours prématurée ou hommage au Docteur Coué, ils ont confondu le but des recherches avec des conclusions étayées et les ont étalées, abusivement.
Nombreux, il faut le souligner, ont été les journalistes de tous médias à refuser d’accorder le moindre crédit à ces assertions, au contraire !

Ils ont élevé des boucliers de questions autour de chaque enquête ; ils l’ont doublée ostensiblement par leurs propres prospections.

Les interrogatoires ont cessé, les explorations sans doute pas, mais avec discrétion.
Seuls les Défenseurs du Maintien de l’Ordre sont restés bruyants.

Nous avions décidé que, avant la fin de nos travaux, aucune émission de télévision ou de radio ne recevrait un membre cautionné par le vaste mouvement généré par la mort de Manu.

Seuls nos échanges sur le net pouvaient être interprétés.

Ces provocations, ces attaques ont fait connaître tous les acteurs réellement ou arbitrairement impliqués dans la vie du héraut auto sacrifié.

Manu et ses grands, Sylvain, l’écrivain public nomade sont devenus des personnages sympathiques, terriblement vendeurs. Pas question de les écorcher.

Quelques petits poissons des ténèbres ont été harponnés dans les coups de sonde policiers.

S’ils ont avoué leurs fugues après ruptures de bracelets, ils n’ont apporté, évidemment, aucune charge au dossier ouvert au nom d’Emmanuel.

Tant de blogs, de sites, d’échanges ont envahi la toile, que certains ont bien dû fournir du blé à moudre aux espions de l’informatique.

En dehors de leurs virulences caricaturales, susceptibles de sanctions dans notre belle société, les propos tenus étaient difficiles à
poursuivre. Ils étaient tellement croisés, répétés, confirmés et, peu à peu, répandus, que bien sournois qui aurait pu en tirer matière à condamner. Ou alors après une mise en examen collective !

Manu comme Spartacus aurait pu s’écrier : « Je reviendrai et je serai des millions ! »

Nous y étions !

13 novembre 2017

15 – LES SAGES. Suite

Classé dans : Non classé — linouunblogfr @ 21 h 30 min

« …. et l’Ecole renaîtra de mes cendres… « 

De délégations en délégations, un Bureau National de Sages émergea. Il représentait chaque Comité d’Académie. Il n’était inféodé à aucune majorité politique, ces majorités si promptes à enterrer leurs richesses individuelles pour ne plus exister que par le volonté du chef ou la ligne du parti.

Il chattait par Internet, échangeait moult documents, recevait les questions, les suggestions, les vœux des délégations de tout le territoire, métropolitain, outre marin et même de compatriotes exilés.

Il assemblait les suggestions, les réponses, les soumettait un temps à la critique des internautes et enfin rédigeait les motions qui seraient débattues à Paris.

Rien de caché !

Il alimentait ses concertations en puisant dans l’analyse de la toile, énorme travail accompli par tous les engagés enragés de la bécane.

En attendant que se constitue l’Assemblée des ultimes représentants nationaux des Etats Généraux de l’Enfance, ce Bureau Sages jouait parfaitement son rôle de grand archi-tecte.

Le mouvement prenait de l’ampleur. Des syndicats  ont tenté de l’organiser, de le récupérer, pour palier notre inexpérience sans doute,

Sur notre site national, vite créé, mais bien étudié, transparent, fourni, clair, aux salles, aux armoires aux tiroirs habilement fléchés, agréablement illustrés, se sont classées les idées fortes de chaque groupe, des premiers spontanés, aux assemblées de délégués.

Bravo à tous ces rois du logiciel et des statistiques qui ont su cueillir toutes les opinions, toutes les suggestions, toutes les  inquiétudes pour en tirer les grands axes, les cha-pitres prioritaires de nos synthèses. Ils ont offert à tous, au Bureau des Sages surtout, les moyens de se retrouver dans cette vaste collaboration.

Pratiquement chaque commune, chaque quartier, chaque groupe presque, avait, très vite, créé son vecteur informatisé. Ce qui a facilité, paraît-il, les récoltes pour les moissonneurs de notre site national.

Par son intermédiaire, un délégué parisien, choisi par le Bureau et agréé par tous les supporters du Web, s’est adressé aux Fédérations :

- Nous respectons l’action syndicale. Nous voulons oublier vos tentatives avortées, vos échecs et ne nous souvenir que de vos bonnes intentions.

Mais…

Avez-vous vraiment conscience du décalage entre notre vision idéale d’un syndicaliste et la caricature que, dans l’ensemble, vous en donnez, vous les institutionnels de la contestation, les quasi-fonctionnaires des délégations locales et nationales?

Un syndicaliste, un vrai, est d’abord un travailleur. Quelles que soient sa discipline, sa catégorie, il ne fait pas forcément ce qu’il aime mais s’efforce d’aimer ce qu’il fait (dixit Pascal)

Il a la fierté du produit fini, du service rendu. Le client, l’usager, n’est pas un étranger hostile, seul connu du patron ou des vendeurs. Il est le témoin de la compétence collective. Il a le droit, s’il le souhaite, de connaître toutes les étapes de la réalisation, d’un objet d’usine comme d’un savoir d’école.

Il connaît tous les risques, toutes les beautés, les fiertés et les difficultés, voire les dangers de la profession qu’il représente.

Il œuvre d’abord pour que le fruit des labeurs se développe dans un climat de confiance, de transparence et d’impartialité.

Il veille à ce que nul ne soit lésé, ni l’entreprise, ni la main d’œuvre, de l’apprenti au cadre, ni ceux qui y investissent leurs ressources, en toute lucidité de placement, en tout espoir de bénéfice, dans le respect garanti des hommes et femmes dont le travail assure cette rentabilité..

Il évite que paternalisme et autoritarisme ne soient élevés en modes, en règles pour travailler ensemble.

Le syndicaliste ne peut se présenter au suffrage de ses collègues que lorsque son travail l’a modélisé et autorisé à parler à l’égal de tous.

Sa force tient dans sa crédibilité et dans son identité, reconnue, de travailleur.

Le délégué dont la tâche syndicale passe avant sa profession est un tricheur, aussi beau parleur, aussi convainquant, aussi rude adversaire des adversaires soit-il !

Voilà pourquoi nous avons exclu les fédérations syndicales de nos débats et pourquoi nous avons accueilli avec plaisir les individus, encartés ou isolés. Leur expérience, leurs réflexions, leurs doutes comme leurs élans sont précieux, mais ils ne doivent représenter qu’eux-mêmes…

Ensuite, s’il y a un ensuite, se redéfiniront les mouvements syndicaux en fonction de l’expression de nos souhaits et le respect de notre charte pour une Ecole Autre. C’est indispensable, incontournable !

Alors, ils deviendront les analystes des problèmes et les chercheurs de solutions, les garants des personnels de l’Education Nationale !

Nous croyons à l’action du syndicalisme, car hélas, la balance des D.R.H. a des unités de mesure bien pipées, et la justice des prud’hommes, bien embouteillée, est illusoire, mais il faut que le mot ‘’lutte’’ devienne ‘’ concertation’’.

Ce qui n’empêchera jamais de montrer les dents mais évitera, parfois, d’avoir à mordre…

Nous, usagers du service public, de notre Ecole,  souhaitons que jamais, plus jamais, nous ne nous dispersions en des querelles de personnes, de droit, d’obligation, de plaintes, d’assurances, de fric lorsque les enfants, victimes ou coupables, sont en cause.

L’intelligence, la psychologie et le bon sens, la fermeté, la sanction puis l’œuvre conduite après résilience doivent guider nos réunions de conciliation pour tous les mis en cause : enfants, adultes, institutions.

Veillez à nous garantir des éducateurs, des enseignants heureux de leur métier, confortés par votre organisation, respectés de leur hiérarchie et dévoués à leurs élèves.

C’est l’essentiel de ce que nous attendons de vous.

Par contre, vous le constatez, nous pouvons beaucoup ensemble, si votre profession, donc notre Ecole, donc nos enfants, donc notre futur à tous, se trouvent menacée !

Sans la nécessité d’un autodafé cette fois !

12 novembre 2017

13- Réponse… suite

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 21 h 36 min

  »… et l’Ecole renaîtra de mes cendres… »

- Moi, je crois la connaître !

C’était Pierre, notre journaliste auquel j’avais coupé la parole.
«Vous avez, l’un après l’autre, bien enfoncé les clous qui immobilisent Ecole et Education, en croisant vos réflexions, vos expériences, en les répétant souvent. Leur dénominateur est évident. La surdité !

Puisque les gouvernements n’ont pas écouté, n’ont pas consulté ou bien sous pression, ponctuellement, sans vrai suivi…

Puisqu’ils ont décidé pour nous…,

Alors, il faut inverser, totalement, la façon de faire !

Que le Futur, l’Education, l’Instruction de nos enfants ne nous soient plus imposés mais qu’ils soient voulus, réfléchis, déterminés par nous !

Pierre avait formulé la conclusion générale.

Chœurs de vie un 11 novembre.

Classé dans : VIVRE ENSEMBLE — linouunblogfr @ 11 h 05 min

Hier soir, nous avons vu et entendu la comédie musicale LES CHORISTES. Nous connaissions le film et l’avions bien aimé. Pourtant ce spectacle « live » nous a séduits…

Bien sûr la trame, le fond de l’histoire sont identiques, mais pour notre sentiment, notre ressenti, plus épurés. L’esprit moins guidé par la richesse des détails, des techniques du film reste plus perméable aux émotions et s’y projeter, ouvrir son imagination a plus de densité. Sans doute la réalité, la vitalité concrète des acteurs, y sont elles pour beaucoup. « Ils sont en vrai… », disait une voisine.

Un autre voisin, à l’entracte, nous a confié, quelle chance!, avec émotion, que, orphelin il avait vécu 17 ans dans un tel internat…Ses propos rendaient encore plus percutantes les scènes. Pour ma part, je ne pouvais que revoir, ces enfants que j’avais suivis pendant 2 ans dans un centre d’observation lors de la réalisation de ma « monographie » d’Ecole Normale. Moins dramatiques quant aux conditions matérielles, ces placements étaient toujours d’une diversité formidable, enfant par enfant.

Voilà, ce n’est pas une pub pour le spectacle, simplement un ressenti. A la pureté des voix des enfants, nous avons ajouté dans notre appréciation heureuse, l’histoire chantée des adultes, pas toujours facile à comprendre mais pourtant bien évocatrice.

Dans la journée, nous étions sur un marché cévenol; une autre tranche de vies et de personnalités, en plusieurs scènes mosaïques. Le récit très imagé, très humoristique et pourtant très évocateur des journées des « faiseurs de soie » dans les villages fut formidable..

Deux moments d’être, cueillis parmi tant d’autres…

Bon week-end !

11 novembre 2017

En allant au Monument aux morts…

Classé dans : VIVRE ENSEMBLE — linouunblogfr @ 9 h 30 min

 

En costume, je n’en porte que pour les mariages, les enterrements et les moments de respect… je me hâtais vers le rassemblement commémoratif du 11 novembre 1918… J’ai rencontré un garçon d’une dizaine d’année, peu habitué à ma vêture de cérémonie mais beaucoup plus à mes histoires lues ou contées :

- Où tu vas, à une fête ?

- Non, pas vraiment, je vais rejoindre des gens au Monument aux morts pour l’anniversaire de la fin de la guerre.

Visiblement, la guerre, les morts… ça, il comprenait, réalité ou virtuel, pas de problème pour ses projections internes !

  • C’est important d’y aller ?
  • Pour moi, oui !
  • C’est grave, si j’y vais pas ?

Que lui répondre sauf non, bien sûr… Mais pas sans un regret…

Oui, mon garçon, c’est grave ! Parce que tu es l’avenir et que tu émanes du passé…

Mon grand-père écrivait, après la boucherie de 14/18, qu’il espérait, lui le non violent, qu’il s’était battu, avait été blessé, avait vu mourir bien de ses compagnons, avait tué, pour que, plus jamais la guerre ne domine notre monde… Pourtant, en 1942, il résistait, reprenait une arme clandestine, bandits pour certains, héros pour d’autres, pour non plus sauver son pays d’un envahisseur, non plus « reprendre l’Alsace et la Lorraine » mais refuser l’hégémonie d’un totalitarisme effroyable, d’une doctrine d’extermination. Beaucoup d’hommes, de femmes de toutes origines, de toutes confessions, de toutes idéologies, y laissèrent leurs biens, leur famille, leur santé, leur vie. Pour mon grand père ce fut l’épreuve sans nom de deux années de camp de concentration…

Des centaines d’œuvres, livres, toiles, sculptures, photos, films, des musées ; des mémoriaux tissent la mémoire de ces invisibles… Mais cette somme d’expressions est-elle suffisante ?

Alors que s’est posée la question du « coûts » des jours chômés de mai, je peux comprendre le doute qu’elle soulève lorsqu’il s’agit de fêtes religieuses, que la laïcité et la liberté fondamentale de culte devrait laisser à la seule appréciation des pratiquants, en ce qui concerne les commémorations des fins de conflits, notre pays ne saurait s »en dispenser.

Plutôt qu’un jour chômé pourquoi pas un jour de « sacrifice » travaillé au bénéfice de la mémoire ?

Contre toutes les guerres et les dictatures ? le pacifiste doit parfois se battre et parfois tuer… un paradoxe que nos aînés ont dû assumer, durement et que nous oublions, facilement, à moins que quelque part, ça nous gène…

L’homme de paix doit aussi l’assurer dans les conflits du quotidien et… ça ce fut Pépé avec ses enthousiasmes, ses outrances mais aussi ses peurs et ses découragements…

 

Ecrit par Louis BUTON, soldat dans les tranchées de Verdun, résistant en 1943, déporté jusqu’en mai 1945. Souvent lue par des élèves lors de cérémonies.

 

« Sur les bancs de mon école, j’avais appris à aimer la France on m’avait dit que la vie était un bien précieux auquel on ne doit pas attenter, que tuer était une lâcheté, un crime qu’il ne fallait pas commettre.

«La vie d’un homme est sacrée, nous devons la respecter » me disait mon bon vieil instituteur. Je m’étais donc engagé dans cette existence avec Ces principes acquis en classe.

 

Je haïssais les querelles et parfois m’interposais en conciliateur dans bien des heurts… en un mot j’étais pacifiste.

 

Aussi, quel ne fut pas mon émoi lorsqu’éclata la guerre de 1914 ! Quel désarroi et quelle lutte je dus livrer ! J’aimais la paix mais j’aimais la France. Cette dernière attaquée, il fallait la défendre. Comment concilier les deux ?

 

La deuxième voix l’emporta. Je partis ! Je fis mon devoir ! J’ai combattu, j’ai souffert. J’ai tué pour que vive mon beau pays

 

Quelle ne fut pas ma joie de pouvoir après la tourmente dès 1919, reprendre la route que je m’étais tracée vers la liberté pacifique. J’ai lutté dans la mesure de mes faibles moyens pour le rapprochement des peuples et la suppression des armées ; je voulais croire, après cette tuerie, que tous les hommes pouvaient être frères… »

 

22 ans après, toujours en colère contre toutes les violences, il prenait le chemin de la Résistance … et des camps de concentration !

Il m’a appris à douter des circonstances, mais pas de l’espoir, de l’étincelle d’Humanité qui sommeille, trop parfois, en chaque homme et femme, surtout en chaque enfant…

 

 

9 novembre 2017

12 Encore un prof! suite

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 18 h 28 min

« …et l’Ecole renaîtra de mes cendres… »

 

 Le plus âgé d’entre nous n’avait pas parlé. Un peu en retrait, il avait suivi nos échanges comme à Roland Garros. Il a répondu, enfin  pas directement.

- Bernard, Bernie, Nanard, comme vous le sentez !

J’avais 66 ans, un jeudi de janvier 2009 et j’étais dans la rue.

Je n’étais pas le seul retraité et je préférais être utile à l’avenir en manifestant plutôt qu‘en répondant oui aux inspecteurs qui nous sollicitaient pour remplacer nos jeunes collègues grévistes !!!

Encore un prof !

-Illusions ! Aujourd’hui c’est rentré dans les mœurs ; affaiblissement du pouvoir d’achat oblige ! D’un autre côté comme les grèves, les manifestations d’humeur collectives sont devenues difficiles, les occasions d’accomplir les services minimums sont plus rares…

J’étais, je suis toujours fier de ma vocation précoce, ce n’est pas un gros mot, pour ’enseignement.

J’ai toujours refusé de m’engager dans un groupement politique pour garder ma liberté envers tous. Ce jeudi, je voulais manifester ma grande colère : celle de constater que non seulement les besoins de l’Ecole n’étaient pas pris en compte, mais qu’au contraire, nous étions dans une impasse qui provoquait plus de violence, d’agitation que de construction. Je voulais manifester aussi ma réponse à une accusation non formulée mais latente :
«Non, nous les anciens maîtres d’écoles n’avons pas mal fait notre travail ! »

Au contraire, dans une société souvent bouleversée, dans une société devenue bouillon de culture anxiogène pour nos enfants, nous avons essayé de maintenir des îles de normalité, d’instruction, d’éducation et d’espoir.

Je comprends, qu’à la longue, se battre contre ceux qui ont le pouvoir, ceux qui devraient nous accompagner soit devenu un problème lourd, très lourd.

Pourtant, c’était incontestable : l’Ecole, l’Education Nationale avait besoin de s’analyser, de s’adapter, de se transformer, et cela depuis longtemps.

Des nombreuses intentions de réformes, il reste peu de choses en dehors de changements techniques, de structures discutables, vacillantes.

En toute immodestie, j’ai le sentiment de comprendre le fond du problème et de connaître sa possible  solution.

Vous l’avez abordée, plusieurs fois, ce soir.    Tous ici, vous avez certainement eu l’occasion de travailler, d’œuvrer dans une collectivité.    Pouvez-vous me dire quelle aurait été son efficacité sans une équipe cohérente, animée avec compétence et liée par un projet soucieux de vos objectifs, de votre environnement et de la recherche des moyens utiles ? Une équipe capable de s’adapter aux circonstances, de s’épauler, de se perfectionner. Les écoles étaient, sont, au contraire, de plus en plus souvent, des incohérences, des juxtapositions de classes aux maîtres compétents mais isolés, rarement des équipes assurées !

Dans ce domaine, tout ce qui a été mis en place, ces dernières années, n’est que cautère sur jambes de bois.    C’est péremptoire, mais je crois que les prises de consciences générées par le sacrifice de Manu me donneront raison.

Pourtant, même actuellement, lors de ces dernières années sous contrôle, je suis persuadé que des professeurs s’efforcent de réaliser toujours le meilleur enseignement possible selon les conditions qu’ils rencontrent. Des conditions très différentes en fonction des quartiers, des villes, des villages.

Que ce doit être difficile, alors qu’ils sont de moins en moins maîtres des orientations et que leurs initiatives adaptées sont devenues quasi-subreptices, pour ceux qui en osent encore!

J’en ai connu des réformes, de fonds ou de détails. Je regrette qu’elles n’aient pas souvent, jamais, eu le temps de prouver leurs qualités ou montrer leurs défauts.
Pour les dernières, nouveaux programmes, nouveaux livrets, nouvelles évaluations, nouveau vocabulaire… tout a changé sans que soient expliquées leurs logiques, discutées leurs modalités, leurs adaptations possibles, que soient anticipés leurs effets…

La moindre critique a été qualifiée de polémique, d’opposition systématique et a entraîné des attaques perpétuelles, insultantes. Pas question d’envisager une formation, un stage, une affectation, une promotion si votre nom apparaissait au bas d’une lettre de protestation, une pétition contraire aux directives des « Hauts-Lieux ».Chaque changement apporté à la vie des écoles était symbolique d’une intention du gouvernement pour brider des conseillers réfractaires, trop proches des familles, pour faire des économies dans ce vaste service non rentable, et asseoir des assertions pseudo pédagogiques…

Un programme est un texte de loi, chaque texte d’application qui en découle doit être mis en œuvre. Ne pas le faire rend le travailleur d’Etat hors-la-loi.

Pire, les arrêtés, les circulaires découlant de ce texte adopté par une majorité parlementaire bouillonnante mais godillots, tissent un rets que les enseignants sont tenus de faire passer auprès des familles.

Fonctionnaires d’obéissance, ils doivent assumer des nouveautés auxquelles ils n’adhérent pas.

Leur seul moyen de protester était les grèves, les réunions d’information hors temps scolaire. Même là, le rappel, parfois judiciaire, à un devoir de réserve bien commode a fini par les bâillonner.

Les communications, sur internet, peut-être par téléphone, on n’arrête pas le progrès dans l’espionnage, ont été pourchassées.

Vous l’avez dit, la lassitude, la pression de problèmes quotidiens de plus en plus pesants ont conduit à cette, fausse, indifférence que vous avez connue.

Les changements s’opéraient et plus personne ne les discutait.

Comment ne pas comprendre, alors, cet abandon ?

Certains apports auraient pu être bénéfiques : la modification du livret d’évaluation, par exemple, uniformisé sur la France, simplifié, le rendait plus lisible. Que ces livrets soient remplis principalement avec les résultats à des évaluations douteuses en a réduit la valeur.
L’aide personnalisée aurait dû se transformer en un moment riche d’échanges, de construction du savoir.

Non, elle a seulement ébranlé un peu plus un temps d’école déjà déséquilibré.
Elle est insuffisante pour des élèves qui ont des difficultés spécifiques et pour lesquelles l’enseignant ordinaire n’est pas formé.

La marginalisation évidente d’enfants convoqués hors temps de classe n’en est pas le moindre mal.

Je n’ai pas encore répondu à votre question, Madame, dit-il en levant enfin les yeux.
Je crois qu’en effet, tous nos regrets seraient vains, même si nous avons besoin de les exprimer, si n’en sortait pas un mieux.

La réponse, vous la connaissez tous mais n’osez pas la formuler parce qu’elle est trop porteuse d’efforts et d’implications…

8 novembre 2017

11 Que faire? suite…

Classé dans : mon livre — linouunblogfr @ 22 h 35 min

« …et l’Ecole renaîtra de mes cendres… »

Notre hôte a repris la parole :

- J’ai l’impression que nous totalisons une belle somme d’expériences dans ce jardin, et encore n’avons-nous exprimé que le dessus de nos réflexions. Qu’allons-nous faire de notre amertume et de notre réveil ?

Effectivement dans notre pays, nombreux sont les légataires de Manu. Il nous rend les exécuteurs testamentaires de sa révolte et de son autodafé.

- Moi, vous me connaissez, est intervenu Pierre, je suis le correspondant du Midi Libre ; merci pour l’avoir pris en référence, mais je suis surtout parent de jeunes enfants, animateur sportif et pompier…

Je bouillais, j’ai interrompu Pierre dès le début de son intervention pour nous présenter, Monique, Françoise, mes deux amies et moi, Isabelle.

Pierre, un grand sourire, en dépit de mon impolitesse, a esquissé, avec humour, une espèce de salut de mousquetaire pour me laisser son tour de parole.

-Nous ne sommes que des mères de famille, c’est là, je crois, notre seule expérience, Alain. J’ai compris dans l’ensemble vos engagements, vos actions, vos regrets, vos désillusions. Mais, comment les lier avec la mort de Manu et en quoi cela va-t-il donner une nouvelle chance à nos enfants ? C’est vrai, nous avons été prévenus, par vous parfois, par des multiples confrontations médiatiques, trop sans doute et pourtant nous avons laissé faire. L’agitation dans les rues, dans les établissements, les grèves, les querelles sur les méthodes, notre adhésion pour soutenir que, les enfants, ceux des autres, des autres surtout, avaient besoin d’être repris en mains, avaient besoin d’être mis au pas, éduqués… Tout ça nous a poussés à laisser le gouvernement imposer sa réforme, sans en discuter les détails. Apparemment, cela ne marche pas ! Apparemment parce que nous n’avons pas encore beaucoup de recul…Ce que je ressens, c’est l’extinction de l’école, le peu d’enthousiasme de nos gamins, les mensonges, les cachotteries, toute cette défiance qui s’est amplifiée entre les jeunes et les adultes.

Oui, je crois qu’un malaise profond s’est installé !

Oui, je crois que nous devons nous préparer à des incompréhensions graves !
Mais que faire là, maintenant, avec vous les professionnels, les spécialistes, les engagés bénévoles et avec nous parents, citoyens et inquiets ? Nous sommes venues, presque en émissaires, car les langues s’agitent à la sortie des écoles, des crèches…

Je me tournais vers mes amies parce que je m’emballais et je tremblais. Le courage des timides, quelle blague !

Françoise m’a relayée :

- Pour faire simple, voilà nos deux questions : Est-ce que ça va si mal ?
Peut-on vraiment, vraiment trouver les moyens de réussir l’éducation et l’instruction de tous les enfants de notre pays ?

N’est-ce pas utopique ?

Oui, malgré toutes les réformes, on n’a pas réussi. Nous avons le sentiment que les jeunes d’aujourd’hui bougent de moins en moins face à la répression mais forment une poudrière qui va nous péter à la figure.

Ce n’est pas pour nous que nous avons peur, enfin pas vraiment, mais pour nos enfants. Pour nos héritiers à qui, demain, nous laisserons une société envahie par des « barbares» que nous aurons nous-mêmes couvés ! C’est Monique qui a conclu pour notre trio :

- Alors plus de regrets ! Plus de discours ! Des propositions, des vraies ! Qu’allons-nous faire ?

Nous nous sommes regardés. Qui allait reprendre la parole ?

Alain semblait nous solliciter. Ce n’était plus un témoignage qui était demandé mais bien un début de réponse.

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Victor Coudesabot |
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